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mercredi 1 avril 2015 à 06:48

Musée de la Maison d’Ecole de Montceau-les-Mines

Aujourd’hui : LA MAISON D'ECOLE



 

 

Aujourd’hui :

 

LA MAISON D’ECOLE

 

 

 

SOUVENIR DE « NOTRE » ECOLE :

 

Chaque commune, ou presque, conserve l’image émouvante de « sa » maison d’école, symbole d’égalité et de mixité sociale et à travers elle, les « anciens petits écoliers » ont la nostalgie d’un paradis perdu.

 

 

 

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Maison d’école, carte postale (collection musée)

 

 

Adultes, ces « anciens » se découvrent soudain des souvenirs communs à défaut de valeurs communes : ils partagent tous d’avoir été élèves, placés dans une situation identique de subordination par rapport à des maîtres « sévères mais justes », alors même que les familles, et donc l’éducation reçue, établissaient de solides distinctions entre les enfants selon leur classe sociale d’origine.

 

 

L’école républicaine prétendait malgré tout les rassembler tous et leur donner, durant quelques années d’instruction publique, les rudiments indispensables à leur rôle futur de citoyens-producteurs. Si cette école n’appartient pas encore totalement à un monde oublié, force est de constater que le développement accéléré de ce que naguère encore on appelait « l’école parallèle » nous oblige à admettre que les bancs de l’école ne sont plus les lieux exclusifs de la transmission du savoir. Les coutumes rurales d’une France désormais industrielle et tertiaire ont fait long feu et les médias multiples apportent la contradiction.

 

 

 

LES BÂTIMENTS DES MAISONS D’ECOLE-MAIRIE :

 

 

 

A partir de quand, dans telle commune ou dans telle région, apparaît la Maison d’Ecole, en tant qu’édifice spécifique ? Après la loi Guizot sont construites des écoles-presbytères, puis, la loi de 1879 donne naissance aux écoles-mairies juste après qu’une loi de 1878 ne crée la Caisse des écoles. C’est cependant la loi du 20 mars 1883, complétée par les textes de 1887, qui établit une véritable politique de construction des Maisons d’Ecole, bâtiments spécifiques à l’enseignement.

 

 

Dans l’esprit, la loi du 28 juin 1833 (Guizot) instituait la notion d’école publique, mais ce sont les dernières années du siècle qui voient surgir partout des locaux exclusivement réservés à l’éducation. Le type et le décor architectural (grange ou palais scolaire) dépendra dans un premier temps des élites sociales qui poussent à l’édification des Maisons d’Ecole. Malgré tout, le nombre des écoles publiques laïques ainsi créées va passer de 51 732 en 1881 à plus de 69 000 en 1914. Si les différentes constructions connaissent les fortunes diverses des budgets communaux (quelquefois simple maisonnette, quelquefois véritable château…), des principes généraux sont imposés :

 

– l’épaisseur des murs ne sera, dans aucun cas inférieure à 0,40m pour les moellons et 0,35m pour la brique,
– les matériaux trop perméables seront exclus de la construction. La tuile sera employée pour la toiture de préférence à l’ardoise et au métal,
– le sol du rez-de-chaussée sera exhaussé de 0,60 à 0,70m au-dessus du niveau extérieur,
– si le plancher du rez-de-chaussée ne peut être établi sur cave, il sera isolé du sol par des espaces vides.

 

 

De plus, on adjoint souvent aux bâtiments des sanitaires, un préau, une cour et un jardin. Aucun détail n’échappe aux architectes scolaires.

 

 

 

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Aquarelle de l’architecte Dulac, plan du portail de l’école de Saint-Bérain-sur-Dheune (collection Pirou)

 

 

 

Il serait illusoire de croire qu’à partir de la victoire des républicains et de la loi de 1878 la France se soit couverte de « palais scolaires » à l’image de la Maison d’Ecole qui abrite notre musée. Les municipalités républicaines sont bien souvent plus chiches qu’à Montceau. Leurs adversaires dénoncent des bâtiments trop somptueux pour n’accueillir que des enfants et ils s’efforcent, de leur côté, de construire au moindre coût, par sens paysan et petit-bourgeois de l’économie, et par sens politique du danger qu’il y aurait à paraître gaspiller l’argent des contribuables.

 

 

Dans d’autres régions de la France, en tout cas, les maisons d’école sont à la fois plus anciennes et plus modestes. A côté de bâtisses neuves, on compte beaucoup d’anciennes écoles construites à la suite de la loi Guizot (28 juin 1833) et jusqu’aux années 1860, remaniées et agrandies. Si l’architecture scolaire de Dulac à Montceau est plus ambitieuse, c’est peut-être que l’école y est l’enjeu d’un débat plus vif : l’implantation de l’école publique et laïque à la place d’une école de la Mine privée et catholique.

 

 

A l’évidence, la République a voulu bâtir le plus largement possible des écoles à la manière dont les explorateurs plantent un drapeau sur une terre conquise, ou encore à la manière dont l’Assemblée de Versailles a décidé la construction du Sacré-Cœur de Montmartre, ou à la manière dont l’Eglise catholique a érigé des croix monumentales au sommet de certaines collines. Ces écoles sont une proclamation, un défi, un manifeste.

 

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Classe unique (collection musée)

 

 

LES MAISONS D’ECOLE : « VEHICULES DE L’IDEE REPUBLICAINE ? » :

 

 

Il importe de bien connaître ce lieu d’enseignement que représente la maison d’école afin d’en transmettre, un siècle et demi plus tard, une image plus exacte, plus contrastée et, finalement, plus pertinente.

 

La répartition des sexes, par exemple, de part et d’autre d’un mur, ou celle des élèves dans la classe obéissent à une logique implacable. Le préau remplit une fonction analogue à celle du porche de l’église des Temps Modernes : c’est un lieu d’abri et de disciplines des corps à la fois. Les réunions électorales qui s’y tiennent épisodiquement ne continuent-elles pas les traditionnelles assemblées de paroisse d’antan ?

 

La salle de classe de 1880, comme celle conservée à Montceau, nous rend immédiate sa signification républicaine : dominant la pièce et sa population enfantine, l’estrade et la chair du maître, image vivante de l’autorité sociale. Derrière, on trouve le tableau noir (la couleur du sérieux : celle des soutanes des clercs comme celle des habits des membres du Tiers-Etat) où s’inscrivent la date et les leçons du jour, à recopier soigneusement. Au-dessus du tableau, suspendues à deux clous, les planches didactiques, à gauche, la petite armoire vitrée du compendium métrique et à droite, la grande armoire de la « bibliothèque scolaire », au sommet de laquelle est souvent remisé le globe terrestre des leçons de géographie.

 

Face au mur du savoir ainsi mis en scène, on trouve les pupitres, rangés sur cinq ou six rangs parallèles, multi- ou bi-places qui définissent silencieusement la qualité des élèves : ceux de la première division aux premiers rangs, ceux de la troisième au fond, ceux de la seconde entre les deux. Aux élèves, par leur travail et leur application, de mériter leur place dans l’espace magistral. Ainsi se justifie la cérémonie hebdomadaire de la proclamation publique des résultats : chacun sait « ce qu’il vaut » par son assignation à une place proche ou éloignée du bureau du maître, le point d’origine de cet espace clos.

 

Le cancre se définit alors par son extraordinaire stabilité spatiale, puisqu’il ne bouge jamais du dernier rang… Il est donc inapte à toute progression, à toute mobilité sociale ultérieure. Le bon élève bénéficie au contraire de la meilleure place, près des tableaux et des explications du maître, loin des dissipations en tout genre des « habitués du fond ». La qualité de la vue, importante de nos jours, est un paramètre indifférent dans la répartition des élèves dans la classe.

 

Comment les élèves percevaient-ils subjectivement cette répartition autoritaire, revêtue de toutes les apparences de la justice distributive ? Quelles relations subtiles reliaient les « rangs du fond » à ceux qui leur tournaient continuellement le dos ? Retrouvait-on à la récréation les clivages entre les divisions ? Le statut de magistère du maître l’autorisait-il à parcourir les rangs et selon quelle fréquence ? Les réponses à ces questions d’ethnologues n’ont pu provenir que des témoignages des « anciens », à prendre avec toutes les précautions d’usage car les souvenirs scolaires tournent très vite à l’épopée, même parmi les personnes les plus dignes de foi.

 

 

 

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Aquarelle de l’architecte Dulac, façade de l’école de Tramayes (collection Pirou)

 

 

 

 

 

Patrick PLUCHOT
Président de la Maison d’Ecole
Collection Ecomusée de la CUCM-Musée de France

 

 

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