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dimanche 5 avril 2015 à 06:10

Musée de la Maison d’Ecole de Montceau-les-Mines

Aujourd’hui : LA CLASSE UNIQUE



 

Aujourd’hui :

 

LA CLASSE UNIQUE

 

UNE ORGANISATION PARTICULIERE :

 

Comme nous l’avons vu dans un article précédent, la Troisième République, avec son plan de construction de Maisons d’Ecole sur tout le territoire et notamment dans les campagnes, affiche son ambition à travers la « communale » : réunir tous les enfants sans distinction aucune pour les instruire et les préparer, par l’alphabétisation et le savoir à un avenir meilleur et pleinement patriotique et républicain.

 

 

 

 

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Programme mois par mois et matière par matière (Collection musée)

 

 

Beaucoup de communes, n’ayant pas un effectif scolaire suffisant pour ouvrir plusieurs classes, groupent les enfants dans une seule structure dite « classe unique ». En général, ces classes uniques sont souvent accueillies dans des mairies-écoles abritant en plus un logement de fonction pour l’enseignant, corrélation des fonctions pédagogiques et des activités administratives de l’instituteur-secrétaire de mairie.

 

 

On voit dans ces classes se côtoyer des enfants de tous âges (le plus souvent de 5 à 13 ans), dans des cours allant de la section enfantine (maternelle) au cours de fin d’études. Le nombre d’élèves, dans ces écoles à classe unique peut atteindre et dépasser les 40 ! Tout l’art consiste pour le maître ou la maîtresse de mettre au point un emploi du temps complexe qui permette la gestion de tous les cours simultanément, il faut être partout à la fois! Malgré toute sa bonne volonté, l’enseignant est obligé de faire des choix et il se consacre le plus possible aux grands, futurs candidats au Certificat d’Etudes et aux petits du cours préparatoire qu’il faut à tout prix « dégrossir » en lecture pour qu’ils acquièrent une certaine autonomie au sein de la classe. Pour le reste, le maître fait souvent appel à ses meilleurs élèves pour l’aider comme moniteurs auprès des autres divisions.

 

Pour le bon fonctionnement de la classe, une discipline de fer doit régner et des punitions draconiennes (peu tolérables de nos jours) menacent les élèves dissipés : tapes, oreilles tirées, coups de baguette sur les doigts, mises à genoux ou au coin, bonnet d’âne, tours de cour (« pelote »), cahiers au dos, conjugaisons, retenues à midi ou le soir…

 

 

 

UN OUTIL D’IMPLANTATION DE LA TOUTE JEUNE REPUBLIQUE :

 

 

La classe unique est la même sur tout le territoire. Elle est issue de la centralisation française : les horaires, les programmes, les méthodes, les exercices obéissent à des normes nationales et un réseau centralisé d’inspection veille à leur application. Elle est aussi issue de l’uniformité administrative : les mêmes registres matricules inscrivent les élèves à l’école tandis que les diplômes de Certificat d’Etudes suivent un même modèle. Les réseaux commerciaux pèsent, eux aussi, en faveur de l’uniformité : dans une large mesure, le matériel scolaires provient des mêmes fournisseurs nationaux, les tableaux de lecture de Gabet et Gillard sont édités par Hachette, « L’alcool, voilà l’ennemi » par Colin, la collection de cahiers à récits patriotiques de la guerre de 1870 vient des frères Garnier et que dire des livres comme « Le Tour de la France par deux enfants » ? La centralisation comme le caractère national du marché des fournitures scolaires sont des facteurs d’uniformité puissants.

 

 

 

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Centralisation des fournitures scolaires : aquarelle de l’architecte Dulac, plan réglementaire d’un pupitre pour l’école de La Grande Verrière (collection Pirou)

 

 

L’intérêt de l’école primaire pour l’Etat centralisateur et jacobin tient précisément à ce qu’elle traite de la même manière tous les petits français, quelle que soit leur origine. C’est parce que l’école est identique partout qu’elle constitue un appareil idéologique d’Etat. Cela signifie-t-il que l’école n’accorde aucune place aux réalités du terrain ? Dans l’esprit oui mais dans les faits, nier les différences, ou les passer sous silence, ne sera pas nécessairement la meilleure manière de poursuivre l’unification nationale et donc, il s’avère souvent préférable de reconnaître les particularismes divers, de les accepter comme des richesses naturelles, pour mieux les situer, et les subordonner à un ensemble qui les dépasse. C’est ainsi que l’école primaire reconnaît généralement les différences qui séparent les classes sociales, pour les déclarer inévitables, et faire croire en même temps à la possibilité de les surmonter par le travail, l’épargne et les vertus domestiques. De la même façon, à côté du patriotisme français, peut-être moins guerrier qu’on ne le dit souvent, l’école exalte les inventeurs, les penseurs, les savants, les bienfaiteurs de l’humanité régionaux bien d’avantage que les généraux à travers « Le Tour de la France par deux enfants », livre de lecture et de morale édité à des millions d’exemplaires. L’école primaire développe (malgré elle ?) le culte de la « petite patrie » régionale.

 

 

 

 

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« Le Tour de la France par Deux Enfants » de G. Bruno, 1877 (collection musée)

 

 

 

La classe unique (regroupant tous les niveaux dans une même classe, Grande Section, CP, CE, CM) a vécu. Les dernières de la périphérie de Montceau étaient les écoles de Mary et de Mont-Saint-Vincent dans laquelle j’ai enseigné durant 15 ans. J’y ai participé au passage en RPI en 1988 (Regroupement Pédagogique Intercommunal) avec Madame Margot alors institutrice à Mary. Nés dans les années 70, ces regroupements répondaient à deux nécessités. D’une part, ils devaient prévenir la fermeture des écoles rurales dont les effectifs devenaient insuffisants pour qu’un poste d’enseignant soit maintenu et ce grâce à la scolarisation d’élèves plus jeunes (4 ans) et, d’autre part, ils permettaient d’améliorer les conditions de travail des institutrices et des instituteurs.

 

Qu’ils soient dispersés (une classe dans chaque commune) ou concentrés (un nouveau bâtiment scolaire mutualisé construit sur un centre géographique évitant de trop longs transports scolaires), les RPI demandaient une grande adhésion des partenaires (communes, parents d’élèves) à un projet collectif qui induisait des rapports sociaux nouveaux du fait du brassage des écoliers de plusieurs communes ainsi répartis en cycle d’enseignement.

 

Entre 1974 et 1976, 635 RPI avec classes maternelles ont été ouverts dans des communes de moins de 500 habitants. Leur nombre passa à 4000 en 1993. Le développement de ces groupements fut largement favorisé par la décentralisation votée en 1983 et qui répartissait les compétences entre les communes et aussi aidé par les circulaires sur les « actions en faveur de la petite enfance » notamment celles concernant la scolarisation précoce en zone rurale.

 

Les RPI n’ont cessé d’évoluer et de s’adapter aux contraintes actuelles et ont offert une solution aux besoins des campagnes. Il reste à savoir si ils résisteront à l’exigence de plus en plus forte de la société en matière d’éducation, mais aussi à la mise en place des communautés de communes et des fluctuations démographiques qui en découlent.

 

 

 

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Classe unique de Mont-Saint-Vincent, photographie de classe (collection musée)

 

 

 

Patrick PLUCHOT
Président de la Maison d’Ecole
Collection Ecomusée de la CUCM-Musée de France

 

 

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