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lundi 11 mai 2015 à 05:49

Maman, maman, je r’deviens petit garçon

Hommage à une grande dame : Patachou !



 

Parce qu’elle est morte on parle d’elle, on nous dresse des rétrospectives à la télé, à la radio. Même France musique consacre du temps à Patachou et du coup, parce que ma date de péremption approche, je me suis remis à compulser mes souvenirs musicaux.

 

patachou brassens 09 06 15

 

 

Là j’écoutais Patachou et Brassens dans une chanson de ce dernier. Dans le même temps, vous savez à quel point maintenant nous écoutons et intervenons sur plusieurs médias à la fois, une chaine en continu déversait, avec tout le pathos nécessaire, une interview en boucle de la mère d’un jeune mort au moyen orient*. Le télescopage m’a glacé le sang.

 

 

« Maman, maman, en faisant cette chanson

 

 

Maman, maman, je r’deviens petit garçon

 

Alors je suis sage en classe

 

Et, pour te fair’ plaisir

 

J’obtiens les meilleures places

 

Ton désir

 

Maman, maman, je préfère à mes jeux fous

 

Maman, maman, demeurer sur tes genoux

 

Et, sans un mot dire, entendre tes refrains charmants

 

Maman, maman, maman, maman »

 

 

« Nous ne nous doutions pas qu’il s’était radicalisé,

 

c’était encore qu’un gamin,

 

qui aimait la musique, les jeux avec ses copains,

 

qui buvait de temps à autre une bière,

 

on n’a rien vu venir »

 

ILLUSTRATION OEIL QUI PLEURE 09 05 15

 

 

Comme a dit la mère de Zacarias Moussaoui « quand j’ai appris que mon fils pouvait être impliqué (dans les attentats du World Trade Center), j’ai cru que le ciel me tombait sur la tête. »

 

 

Le désespoir sans fond de cette mère, ce désert d’amour absorbant aussitôt sorties toutes les larmes de son corps au-delà même de ce qu’il peut produire, cette détresse sans limite fait écho en négatif à la chanson.

 

 

Où subsiste le désir de plaire à sa mère, où trouve-t-on l’identification au désir de réussite maternel ? Comment peut-on à ce point ne plus entendre, ni écouter les refrains charmants d’une mère aimante et attentive pour se plonger dans le deuil et la mort ?

 

Pourquoi ne sommes-nous plus capables de faire des chansons qui nous rendent à l’état de petit garçon et donc capables de ne plus faire de peine aux autres.

 

 

Papa, papa, en faisant cette chanson
Papa, papa, je r’deviens petit garçon
Et je t’entends sous l’orage
User tout ton humour
Pour redonner du courage
A nos cœurs lourds
Papa, papa, il n’y eut pas entre nous
Papa, papa, de tendresse ou de mots doux
Pourtant on s’aimait, bien qu’on ne se l’avouât pas
Papa, papa, papa, papa

 

 

 

« Son père était sévère, mais il travaillait tout le temps, alors il fallait qu’il soit encore plus attentif. Les garçons étaient gentils, aimants, turbulents, alors forcément… Vous savez les garçons et leurs pères. Mais il y avait de l’amour quand même. Mais la différence de génération…»

 

 

 

Bien sûr tout a changé en 63 ans depuis que cette chanson a été interprétée par Patachou et Georges Brassens. Les relations père fils ont du se transformer, mais pas forcément au point de se déplacer sur le plan idéologique, théocratique et politique.

 

 

Dans le même temps nous continuons de payer la mise à l’écart des pères pour la mise en avant des grands frères, l’éclatement des familles et les démissions individuelles pour l’adoption de comportements collectifs virtuels. Quelque part nous en sommes bien responsables par action ou par omission ou par mise en réseau social.

 

 

 

Maman, papa, en faisant cette chanson
Maman, papa, je r’deviens petit garçon
Et, grâce à cet artifice
Soudain je comprends
Le prix de vos sacrifices
Mes parents
Maman, papa, toujours je regretterai
Maman, papa, de vous avoir fait pleurer
Au temps où nos cœurs ne se comprenaient encor pas
Maman, papa, maman, papa

 

 

 

« Vous savez la vie est dure, la crise est là. Pourtant nous avons fait tout ce que nous pouvions pour qu’ils n’aient pas à rougir de la comparaison avec d’autres enfants à l’école. Mais maintenant ils ne voient pas ça, ce n’est pas comme de notre temps. Les gosses veulent tout, tout de suite, et ne se soucient pas du prix, enfin si, c’est même un critère avec les marques, alors aller là-bas, comme ça on ne comprend pas »

 

 

 

Oui, mais là, à vouloir se référer aux efforts faits, c’est comme demander de la reconnaissance pour la naissance. Le fait que les cœurs ne se comprennent pas n’est en rien un indice de sclérose ou de révolte. C’est ce qui depuis les débuts de l’homme pousse ce dernier en avant. Trouver sa voie demande souvent des affrontements et ceux-ci des larmes. Et les jeunes générations, si elles sont très individualistes et très matérialistes ne le sont pas forcément plus que les anciennes, ou alors autrement, sinon le frigo, la machine à laver, la voiture, le caméscope, la télé n’auraient pas connu l’essor qui a été le leur.

 

 

 

Pour conclure j’ai l’impression que notre innocence c’est envolée, que les mots sont devenus plus lourds, que cette chanson a été entachée, je ne l’écouterai plus avec la même légèreté benoite.

 

 

* J’ai mélangé plusieurs interviews sur plusieurs chaines dans plusieurs affaires afin de donner un panorama plus complet.

 

 

Gilles Desnoix

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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