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mardi 21 juillet 2015 à 06:22

Du côté de la librairie…

Envie de lire… des coups de coeur



 

 

Envie de lire…

 

des coups de coeur

 

 

 

 

Allez, c’est l’été ! Avant la rentrée littéraire, voici quelques pépites trouvées de ci-delà, qui m’ont fait rire ou pleurer, qui m’ont amusée, et que j’aimerai partager avec vous pour cet été !

 

 

 

 

 

 

 

Commençons par le jubilatoire Ric-Rac, qui, au départ, ne m’attirait pas forcément, mais qui m’a attrapé dès les premiers pages. Jeanyf , son père Pierryf et son oncle Jackyf vivent à La Sourle, un trou paumé quelque part en France. Le père peint sa femme Yvette disparue quelques temps plus tôt sur tous les supports qu’il trouve : sols, plafonds, intérieur des toilettes… la sculpte les pieds du lit de son fils Jeanyf qui se rêvait footballeur et doit renoncer faute de centimètres suffisant. Jeanyf, il court. Il court dans la forêt pour rejoindre le bar du village, il court pour échapper à son fou de cousin Soubirou qui professe nu comme un ver, il court devant ses nouveaux voisins sado-maso et leur fille en particulier.

 

 

 

Avec une verve à mourir de rire, des situations déjantées et ubuesques, des descentes d’anges venus aidés le jeune homme en jurant comme des chartiers, tout est là. Des chutes dans les rivières de crotte au descriptif des étranges commandes de « matériel » faites aux artisans locaux, en passant par le délire de Pierryf et ses décorations farfelues, l’écriture est piquante, virevoltante, drôle et tendre à la fois. A lire et à rire !!

 

 

livre 2107154

 

 

 

 

Arnaud Le Guilcher. Ric-Rac. Paris : Robert Laffont, 2015. 263 p. 18 €

 

 

 

 

Dans un autre style, la tendresse d’Agnès Bihl nous accompagne tout au long de « La vie rêvée des autres ». Piquante histoire là aussi que celle de Mado, 77 ans, qui rêve de quitter une maison de retraite qui l’infantilise et la conduit droit à la mort. Ses deux amis Ferdinand et Jacky, vieux briscards perdus dans leur vie qui se termine, décident de l’enlever pour lui redonner vie. Las, ils sont captés par l’aide-soignante Fatoumata, qui contre toute attente va les accompagner dans cette fuite vers l’avenir. Perdus dans un petit village breton, ils vont reconstruire une vie faite de souvenir mais aussi de projets.

 

 

 

Délicieux moment que celui passé en compagnie de ces êtres, tous délicats et marqués par des histoires terribles, bancales, monotones ou sans avenir. Délicieuses rencontres que celles de ces vieux que notre société isole dans des maisons sans âme, et qui ne demandent qu’à poursuivre, à leur rythme, la vie qui leur convient, avec ses tracas et des angoisses, mais aussi ses joies et des légèreté. Un vrai bol d’espoir et de sourires.

 

 

 

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Agnès Bihl. La vie rêvée des autres. Paris : Don Quichotte, 2015. 260 p. 18.90 €

 

 

 

 

Après le 1er et le 3ème âge, un coup de cœur pour ce sympathique roman d’Adèle Bréau, parfait pour les quarantenai(e) s du 2ème âge qui se reconnaîtront, tout ou partie, dans l’histoire de ces quatre couples. Mathilde, Alice, Lucie et Eva sont amies depuis vingt ans. Chacune a mené sa barque là où elle a pu, et toutes se retrouvent dans le tourbillon des années couches-lessive-carrière-vie sexuelle-mari là ou pas-rides là !

 

 

 

L’une flanche et jette son mari dehors, l’autre tente de concilier silhouette et grossesse, les soirées arrosées deviennent dures à gérer, les patrons ne passent aucune varicelle ni absence de nounou. Du vécu, du bien dit, du ressenti, à savourer parce qu’au moins un passage du livre nous parle, parce que nous avons toutes vécues au moins une des situations… Et pour faire plaisir aux mâles, touchés par cette même quarantaine, on remet le couvert dans un second livre qui s’annonce tout aussi sympathique… Les jeux de garçons…. Tout un programme ! A lire en duo cet été !

 

 

 

 

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Adèle Bréau. La cour des grandes. Paris : JC Lattès, 2015. 470 p. 19 €

 

 

 

 

Encore un petit OVNI qui prend la forme d’une caravane… Logement « provisoire qui dure » des Chamodot : Emile, sa mère et son père, qui attendent la construction de leur maison à Montargis. Emile est blond, parce que sa mère la teint les cheveux. Emile est amoureux de Pauline, une violoniste du lycée qui l’invite à venir l’entendre jouer à Venise. Emile a un père VRP, représentant quoi, la honte ! Emile a aussi un frère, Fabrice, qui va lui fourrer sa copine Natacha dans le duvet et emprunter une moto pour l’emmener au concert…

 

 

 

Car Emile est surtout parti à Venise pour voir jouer sa dulcinée. En caravane. Avec papa-maman-frangin-Natacha… Histoire rocambolesque et tendre s’il en est, nous voici parti avec cette famille inclassable et attachante pour un périple d’où Emile reviendra un peu différent. Extraits : « Ma mère peut être aussi douce. Et je sais qu’elle veut profondément mon bien. Même si ça passe souvent par me faire peur. Ou mal. Ca peut paraître contradictoire, mais la vie elle va souvent dans plein de directions à la fois, il y a du bien dans le mal, et réciproquement, on n’arrive pas à faire la part des choses, je m’en suis rendu compte récemment, c’est un problème qui doit mener tout droit à la philosophie. Ou à l’asile, ça dépend ».

 

 

Autre petite citation que je trouve très belle : « Finalement, j’avais sans doute désespéré trop vite : vivre, ça en valait la peine, et parfois, dans des instants comme celui-ci, ça en valait aussi la joie ».

 

 

 

 

livre 2107155

 

 

 

Ivan Calbérac. Venise n’est pas en Italie. Paris : Flammarion, 2015. 284 p. 18 €

 

 

 

 

Et cette petite phrase me permet de rebondir sur un tout autre livre, très court, moins gai, mais qui me tient à cœur car j’admire profondément la Dame qui l’a écrit. « Et tu n’es pas revenu » trace, en quelques pages, toute l’histoire d’amour entre Marceline Loridan-Ivens, rescapée des camps de la mort, et son père, qui n’en a pas réchappé. Paroles de petite fille dans la bouche de cette femme âgée de 86 ans, ressenti de celle qui a laissé sa vie là-bas, même si elle en est revenue, lucidité terrible de la fille qui revient sans son père et qui fait face à sa mère… Marceline parle à son père tout au long de ce court texte poignant et extrêmement fort, revient sur son départ, son retour et les bribes de souvenirs des derniers instants vécus ensemble avec beaucoup de pudeur.

 

 

 

L’absence d’accueil de sa mère à son retour, le suicide de ses frère et sœur « morts aussi dans le camp sans y être allés »… Elle les explique, les excuse presque et explique le fossé qui s’est créé entre elle et les autres. Très lucide, sans animosité mais avec beaucoup d’amour, elle lâche ce père entre les pages, nous l’offre, ainsi que son amour pour lui, toujours là des années plus tard. « T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur ».

 

 

 

 

livre 2107153

 

 

 

 

Marceline Loridan-Ivens. Et tu n’es pas revenu. Paris : Grasset, 2015. 108 p. 12.90 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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