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mercredi 9 mars 2016 à 07:20

L’humour à mort de Daniel Leconte

Nous étions Charlie, souvenons-nous !




«C’est dans l’écoute des survivants que Daniel Leconte excelle : Coco, mais aussi Riss, le directeur de la rédaction, ou Eric Portheault, le cogérant. » nous dit Pierre Murat dans sa critique de Télérama sur le film documentaire « l’Humour à mort ».

 

 

Mais la cinquantaine de spectateurs venus ce mardi 8 mars au cinéma Morvan du Creusot se rendent compte que cela va autrement plus loin, autrement plus profondément.

 

 

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Daniel Leconte est là, présent appuyé contre le mur, le micro à la main et il échange avec l’assemblée à la suite du film comme il l’avait fait en introduction. C’est quelqu’un qui s’exprime directement, sans ambages, mais avec cette douce conviction de ceux qui luttent essentiellement avec leur esprit et leur courage intellectuel.

 

 

Lui on ne le présente plus, il fait partie du paysage audiovisuel dans ses parties les plus intéressantes, dans ces contrées que seuls les médias intellectuellement curieux et honnêtes fréquentent. Il y a un univers à la Cousteau qui nous a fait découvrir la nature, la mer et nos propres insuffisances, un vaste univers à la Claude Lansman, un continent à la Raymond Depardon, des révélations de contrées humaines inexplorées à la Patrick Rotman, et enfin les quêtes initiatiques, visionnaires et révélatrices de Daniel Leconte.

 

 

Le documentaire sur les évènement des 7 au 9 janvier 2015, au travers des portraits et témoignages des membres vivants ou morts de Charlie Hebdo, nous renvoie l’image de nous-même dans ce que nous avons de meilleur et de plus fraternel… la transcendance le 11 janvier 2015 des drames des 7, 8 et 9 janvier 2015.

 

 

En redémarrant du procès intenté en 2007 à Charlie hebdo le film nous replonge dans une histoire où les fous ne sont pas ceux qui caricaturent mais ceux qui répondent aux crayons par des armes de guerre. Les témoignages sont prenants, prégnants, bouleversants. « Il me fallait les faire parler dans l’émotion avant qu’ils se répandent ailleurs, que leur parole soit rare, pas dévaluée »

 

 

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Cela se ressent à fleur de peau, de regard, comme lorsque Coco pleure sans s’en rendre compte et que ses larmes coulent comme ses mots habillant une double douleur, une marque au fer rouge dans sa conscience et son histoire personnelle.

 

 

Et il y a la parole d’Elisabeth Badinter qui est notre interprète, comme la prêtresse qui sert d’intercetrice pour nous éclairer dans les voies impénétrables de l’âme humaine, de la barbarie et des lâchetés humaines.

 

Et c’est heureux qu’elle soit là, car elle nous dit notre peine, elle nous donne les mots pour l’affronter et donc la comprendre.

 

C’est habile, bien que le mot intelligent convienne mieux, à Daniel Leconte, d’avoir cousu ainsi l’histoire qu’il nous narre grâce au fil d’Ariane de cette grande figure de la philosophie.

 

 

Après le succès mondial de son premier film « c’est dur d’être aimé par des cons », il ne voulait pas revenir sur le sujet des attentats de janvier, bien que ceux-ci soient en droite ligne les fils du procès de 2007. C’est son fils Emmanuel qui a su convaincre son père de réaliser ce film.

Dans quel but faire ce film ? Avons-nous demandé.

 

 

« Je savais la soif des gens de retrouver ces instants de communion nationale, de voir et revoir les évènements de cette année 2015. Je voulais faire un film proche d’eux, qui leur parlerait d’eux aussi. Mais dans mes rêves les plus fous, avec le film « c’est dur d’être aimé par des cons » ou ce dernier « l’Humour à mort » je voudrais qu’ils soient projetés dans tous les lycées de France. Pour moi ce film devrait servir à ça. Mais avec les évènements de novembre un bon nombre de distributeurs ont lâché. Par peur pour eux ou leur public-je peux le comprendre-, par raisons idéologiques –anti Philippe Val comme le réseau Utopia- cela je ne peux l’admettre. En France nous disposons de 24 salles, alors qu’en Allemagne il y en a 80 qui le passent. Nous avons été reçus avec enthousiasme à Toronto, Copenhague, Dresde, etc. L’Education Nationale fait barrage, bien que je sois intervenu auprès du Cabinet de la ministre plusieurs fois. »

 

 

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Dans la salle on s’amuse du fait que le film ne soit pas présenté à Ryad… On se rappelle des paroles d’Elisabeth Badinter dans le film « surtout pas de vague, on ne peut nommer le crime car il faudrait nommer tout le reste ensuite… ».

 

 

Si dans le film on ne voit pas Patrick Peloux c’est que ce dernier après avoir été volontaire s’est retiré. Daniel Leconte explique que tout ceci est très compliqué. Ce qu’il regrette infiniment c’est de n’avoir pas pu interviewer Luz, mais lui a choisi de se mettre en retrait. Mais tous revivent dans ce film magnifique, intelligent et empathique. Le réalisateur, ami avec Cabu, Riss, Philippe Val les connait tellement qu’il sait nous les montrer autrement qu’en simple journaliste ou documentariste.

 

 

François Hollande lui a écrit il y a une dizaine de jours qu’il avait vu ses deux films et que ces derniers nous montrent où il faut aller. L’art de la phrase à la François Hollande qui dans le même temps remet la légion d’honneur au représentant d’un pays qui vient de décapiter 70 personnes depuis le début de l’année.

 

 

Ce film devrait être projeté dans tous les lycées, les enseignants doivent s’en emparer. Il devrait aussi être réclamé par tous ceux qui comme à Montceau ont défilé en se disant Charlie.

 

 

Donc tous aux séances de l’Humour à mort…

 

 

Gilles Desnoix

 

 

Daniel Leconte c’est au minimum cette filmographie, mais c’est beaucoup plus : Filmographie : Carnaval, 1980, Refuzniks ou la liberté refusée, 1982., Voyage à l’intérieur de la résistance polonaise, 1984, Corse : Un dimanche pas comme les autres’, 1984, Les esprits sont tombés dans la boite’, 1985, L’Angleterre à l’heure de Madame Tatcher’, 1986, La deuxième vie de Klaus Barbie, 1986. (Bolivie), L’Afrique malade du Sida, 1987, Entre deux mondes, 1989. (Europe, U.S.A., Israël), Le rêve perdu de Nicolas Vassiliévitch Kazakov, 1991, Le palais des illusions- La passion selon Staline, Natacha, Tatiana et Lena Les enfants de l’utopie, Les amants de Tokyo Bay, 1992, Tanger, 36ème parallèle, 1993, Quelle était verte ma campagne, 1993, Le monde selon Bouddha, 1993, My name is Angie, 1994, Klein : un cas allemand, 1995, Les soldats de Dieu, 1995, Les enfants du Bon Dieu ou La vie quotidienne au Vatican, 1995, Bons baisers de Berlin, 1995, Que la Reine sauve la BBC…, 1996, To Beef or not to beef, 1996, Les troubadours de l’info, 1997, Scènes de classe en Bavière, 1997, L’affaire Boeing, 1997, Gouverner, c’est choisir ?, 1997, Lénine si tu savais…, 1998, Le pope, le communiste et le manager (2ème partie), Le Tsar, le docteur du tsar et l’espion, 1998, 42, été meurtrier 1998 , Sélection FIPA 99 , Avant la guerre, 1999, Boris Eltsine, l’enfance d’un chef, 2001, La faute à Lénine, 2001, Que reste-t-il du rêve américain ?, 2001, Afghanistan la guerre pour de vrai, 2002 coréalisé avec Damien Degueldre, Vous avez dit antisémite ?, 2003 coréalisé Barbara Necek, Fidel Castro, l’enfance d’un chef, 2004, C’est dur d’être aimé par des cons, 2008, Carlos, 2010, Le Bal des Menteurs, 2011, Le Grand Bal des Menteurs, 2011, Pasqua par Pasqua 2015, L’humour à mort 2015

 

 

 




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