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mardi 15 mars 2016 à 05:01

Lecture d’un dimanche si gris

La peine de la mort et la mort de la peine



Avez-vous lu le livre de Damien Echols « La vie après la mort » ? Par un dimanche après-midi gris, c’est le genre de bouquin qui se fond dans l’ambiance ou qui vous plombe le moral pour 3 jours.

 

 

Quoi qu’il en soit c’est un livre qui raconte une histoire à l’américaine de flics ripoux qui fabriquent des preuves, des juges qui savent que l’histoire est bidonnée mais qui pour complaire à l’opinion publique condamnent à mort des adolescents.

 

Ça remonte à mars 1993 et à la mort atroce de trois enfants de 8 ans, à proximité de West Memphis, dans l’Arkansas. Les « West Memphis Three » sont : Damien Echols (18ans) qui a été condamné à la peine de mort, Jessie Misskelley, Jr.( 17 ans) qui a reçu la peine d’emprisonnement à perpétuité plus deux peines de prison de 20 ans, et Jason Baldwin (16 ans) qui a écopé d’une peine d’emprisonnement à perpétuité.

 

Un combat de longue haleine a été entrepris par des comités de soutien et des personnalités importantes. Il a fallu attendre 2007 pour que les avocats remettent une nouvelle ordonnance corrigée d’Habeas corpus qui sera examinée par la Cour suprême de l’Arkansas en 2010. En août 2011 ils font un plaidoyer Alford (une magouille juridique américaine qui permet de ne pas dire que les juges se sont trompés et que les cops sont des pourris).

 

Ainsi ils peuvent faire valoir leur innocence tout en reconnaissant que la poursuite détient suffisamment de preuves pour les faire condamner. Faut être habitué au double langage pour suivre… Le juge accepte les plaidoyers et condamne les trois hommes au temps déjà fait en prison. Ils ont été relâchés avec sursis de 10 ans, ayant été emprisonnés 18 ans et 78 jours.

 

 

Des cas comme ça il y en a des pleines brouettes dans ce pays qui condamne toujours à mort et exécute toujours ses condamnés.

 

 

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Du coup ayant le moral après cette lecture je me suis dit « au fait quels sont les pays qui condamnent encore à mort ? » C’est pas beau à voir, voilà la liste de ceux qui ont conservé la peine capitale dans leur arsenal juridique et qui l’appliquent (car il y en d’autres qui ne l’ont pas abolie mais ne l’applique pas) :

 

 

 

Afghanistan, Arabie Saoudite, Bahreïn, Bangladesh, Biélorussie, Botswana, Chine, Corée du Nord, Égypte, Émirats Arabes Unis, États-Unis, Éthiopie, Gambie, Guinée Équatoriale, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Japon, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Malaisie, Nigéria, Oman, Ouganda, Pakistan, Palestine, Qatar, Grenadines, Saint-Kitts-et-Nevis, Sierra Leone, Singapour, Somalie, Soudan, Soudan du Sud, Syrie, Taïwan, Tchad, Thaïlande, Vietnam, Yémen, soit 43 pays qui pratiquent la peine de mort au 21ème siècle.

 

 

Bien sûr il y a les pays performants dans ce domaine comme la chine, la Corée du nord, mais ils refusent de partager leurs statistiques. Alors on dit, mais que ne dit-on pas ? On dit qu’il pourrait s’agir de 4 à 10 000 condamnations à mort par an en Chine. En Corée du nord, entre ceux qui sont fusillés, lancés avec un missile et/ou affamés à mort, on ne compte plus les squelettes qui blanchissent à l’air libre.

 

 

 

22 pays (on ne parle pas de la chine et de la Corée du Nord) ont procédé à des exécutions en 2014 (603), et si leur nombre a baissé de 22%, les condamnations (2464) ont augmenté de 28%. Sur les 603 exécutions on en trouve 35 pour les états unis, 90 pour l’Arabie Saoudite, 289 pour l’Iran, 61 pour l’Irak, 23 pour le soudan, 22 pour le Yémen, 14 pour la somalie, 15 pour l’Egypte, 11 pour la Jordanie, 9 pour la guinée équatoriale, 7 pour le Pakistan, 6 pour l’Afghanistan, 5 pour Taïwan3 pour le Belarusse ou le Japon ou le Vietnam, 2 pour la Malaisie ou l’Etat Palestinien ou Singapour,1 pour les Emirats Arabes Unis.

 

 

 

Juste par goût de taquiner je me suis dit mais est-ce que notre beau pays et ses gouvernants ont des contacts d’amitié avec ces décapiteurs en rond ?

Et…ô surprise… sous la président de Nicolas Sarkozy, outre bien sur notre ami Kadhafi, l’émir du Qatar, le Roi Abdullah II Ibn Hussein de Jordanie, Denis Sassou-Nguesso, Président de la République du Congo, le Cheik Khalifa bin Zayyed Al Nahyan, des Emirats arabes unis

 

 

 

Et notre président actuel : Hamed ben Issa Al Khalifa, le Premier ministre du Qatar, le fils du roi Abdallah d’Arabie Saoudite, Abdallah II de Jordanie, le prince héritier d’Abou Dhabi. J’oubliais notre ami prince Mohammed ben Nayef, le prince héritier d’Arabie que notre président a décoré en catimini par principe de réciprocité semble-t-il.

 

 

90 personnes décolletées ou lapidées en 2014 sans compter ceux qui ont eu les mains ou les pieds tranchés, reçus 100 coups de fouet, etc…

 

Ah, j’oubliais… l’ONU a nommé l’Arabie saoudite à la tête de son « groupe consultatif » des droits de l’homme… c’est de l’humour noir…

 

 

Aux Etats Unis les gosses avaient été condamnés parce qu’ils appartenaient à une basse classe sociale, les « amis » de la France ne sont pas condamnés parce qu’ils sont puissants. A la peine de mort on applique la sentence de la fable de La Fontaine «  les animaux morts de la peste » : « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».

 

 

Nous sommes partis d’une histoire dramatique, nous avons bifurqué sur la peine de mort dans le monde et nous avons abouti sur les renoncements de nos dirigeants aux grands principes en matière de droits de l’homme… C’est vrai que ce dimanche 13 mars 2016 a été si gris…

 

 

Gilles Desnoix

 

 


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