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mercredi 27 avril 2016 à 06:49

Fellag à l’embarcadère, tout le monde s’est laissé embarquer

Une heure et demie d’un intense plaisir



Si vous aimez la poésie, le sens des mots, les images mentales ; si vous vous régalez de l’humour subtil, de l’ironie et de l’autodérision ; si vous faites vôtre la sincérité, la simplicité et l’universalité… alors vous n’avez aucune excuse de ne pas avoir été présent ce soir à l’Embarcadère. Eh oui…

Plus de 500 personnes vous attendaient pourtant. Et si vous êtes venus vous n’avez pu qu’aimer, rire, et vous réconcilier avec vous-même et votre histoire.

 

 

 

Sur scène se trouve le prix Raymond-Devos de la langue française, le prix de la Francophonie décerné par la SACD, le prix de l’Humour noir, pour Un bateau pour l’Australie, le nommé aux Molières pour seul(e) en scène, et tant d’autres prix cinématographiques et autres…sur scène se trouve le seul, l’unique, le subtil Fellag dans son nouveau spectacle « Bled Runner ».

 

 

 

Il présente ce spectacle comme une sorte de carte de ses créations, son itinéraire d’humoriste. « Pour boucler une longue boucle entamée avec Djurdjurassique Bled (1995), j’ai intitulé mon nouveau spectacle Bled Runner. Il sera constitué de textes puisés dans la matière de tous les spectacles que j’ai écrits pour la scène depuis maintenant vingt ans. »

 

 

 

Ce n’est, pourtant, ni un bilan, ni un best of, ni un condensé, ni une compilation.

 

 

 

 

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C’est en fait un pèlerinage qui nous est offert. Si j’osais je dirais un « musardage ou une musarderie ». Peut-être même la conclusion d’une période ouvrant sur une autre.

 

 

 

Fellag sur scène n’est qu’un des osselets de la main géniale de cet être protéiforme, prolifique et n’ayant pas encore utilisé complètement toutes les cordes de ses multiples talents.

 

 

 

Qu’on en juge par un simple résumé des productions de cet artiste immense. Il a écrit et produit 14 spectacles (dont 3 en DVD) en 30 ans et jamais rien de négligeable. Les Aventures de Tchop, à Alger, Cocktail Khorotov, spectacle en dialecte algérien, SOS Labès, Un bateau pour l’Australie (DVD), Delirium, à Tunis, Djurdjurassique Bled, Rue des petites daurades, Le Syndrome de la page 12, Che bella la vita !, Opéra d’Casbah, Le Dernier Chameau (DVD), Tous les Algériens sont des mécaniciens, Petits chocs des civilisations, Bled Runner.

 

 

 

Dans ses spectacles il met une tendresse, une ironie douce, un amour de l’homme, de la vérité, de la sincérité. Il se moque de ses compatriotes Algériens comme peu de Français sauraient se moquer d’eux-mêmes, en mettant en exergue leurs travers, leurs défauts, leurs faiblesses sans jamais porter de jugement toujours en peintre naturaliste de la vérité. Et surtout avec beaucoup d’indulgence et d’amour C’est à la fois un philosophe et un anthropologue, un penseur et un analyste, un observateur et un poète, un chroniqueur et un humoriste.

 

 

 

Comme l’a bien dit Jocelyne Buchalik, l’Adjointe à la culture « je ne peux pas dire que j’ai trop rit… parce que c’était vraiment très subtil ».

 

 

En effet on rit beaucoup parce que l’homme, ses textes, les images mentales qu’il fait naître sont très drôles, et en même temps son art est si subtil, il dit des choses si graves ou si terribles, si affligeantes ou si tristes, que l’on en pourrait rire jaune.

 

 

Et malgré tout, sans retenue, on s’abandonne à la magie de son verbe.

 

 

Ce n’est pas pour rien que ce linguiste aguerri a reçu le prix Raymond Devos. C’est aussi un magicien des mots.

 

 

C’est même mieux, il nous a parlé de son enfance et adolescence passées au cinéma, pour nous il lève le rideau rouge de notre esprit. Nous nous faisons un film en le voyant. Nous le voyons lui bien sûr, mais surtout nous voyons les scènes qu’il décrit comme si nous y étions… Et cela se produit même, ou peut-être surtout, lorsque les femmes sont figurées par des robes suspendues depuis les cintres.

 

 

Fellag, nous le suivons en famille depuis « Un bateau pour l’Australie », il fait partie de notre univers mental. C’est notre Charlot, notre Buster Keaton à nous.

 

 

 

De ses 5 ans à son arrivée en France fin 1994 nous suivons le Mohamed, fils de, fils de, fils de, fils de, etc. C’est infiniment caustique et drôle, et pourtant ce qu’il décrit est le nom de plein de choses graves et inacceptables. Mais ce chroniqueur poli qui tique, ce grand reporter à terre, ce correspondant de naguère « Embedded » nous amène sur les théâtres d’opérations. Nous sommes observateurs aux premières loges d’une tranche de l’humanité si intimement mêlée à notre propre histoire, à la déclinaison de notre récit national commune. Nous assistons, mais nous insistons aussi, il ne va jamais trop loin.

 

 

 

Mais il ne peut être résumé à ses 14 spectacles. Rendons-lui un peu justice. On ne le voit quasiment jamais à la télé, il ne fait pas de promo comme la plupart des artistes, il ne se médiatise pas… et pourtant quel homme…

 

 

 

C’est un metteur en scène : Comment réussir un bon petit couscous de Fellag, interprété par Bruno Ricci, Tous les Algériens sont des mécaniciens, mise en scène avec Marianne Épin.

 

 

C’est aussi un formidable acteur qui a joué dans 17 films en 33 ans (dont deux voix pour le chat du rabbin et Zarafa) ; Liberté, la nuit de Philippe Garrel,  Hassan Niya de Ghaouti Ben Dedouche,  De Hollywood à Tamanrasset de Mahmoud Zemmouri,  Le Gone du Chaâba de Christophe Ruggia, Inch’Allah dimanche de Yamina Benguigui, Fleurs de sang de Myriam Mézières, Momo mambo de Laïla Marrakchi, Voisins, voisines de Malik Chibane, Maklouf, Michou d’Auber de Thomas Gilou, L’Ennemi intime de Florent Emilio Siri, Les Barons de Nabil Ben Yadir, Il reste du jambon ?, d’Anne De Petrini, Dernier étage, gauche, gauche d’Angelo Cianci, :Le Chat du rabbin de Joann Sfar et Antoine Delesvaux (voix), Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, Zarafa de Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie (voix), Ce que le jour doit à la nuit de Alexandre Arcady. On peut y ajouter 4 téléfilms : Rue des figuiers de Yasmina Yahiaoui, La Veuve tatouée de Virginie Sauveur, Ni reprise, ni échangée de Josée Dayan, Je vous ai compris de Franck Chiche.

 

 

Nous avons dit acteur, mais sur scène il prouve à quel point c’est aussi un excellent comédien.

 

 

C’est également un écrivain et un conteur avec 8 ouvrages publiés : Djurdjurassique Bled, textes de scène, Rue des petites daurades, roman, C’est à Alger, couverture de Slimane Ould Mohand, Comment réussir un bon petit couscous suivi de Manuel bref et circoncis des relations franco-algériennes, Le Dernier Chameau et autres histoires, nouvelles, L’Allumeur de rêves berbères, illustrations de Slimane Ould Mohand, Le Mécano du vendredi, illustrations de Jacques Ferrandez, Un espoir, des espoirs.

 

 

Et cette plume se retrouve dans le spectacle, dans le sens de la description, dans l’art de suggérer, dans les raccourcis ahurissants qui vous projettent d’une image dans une autre opposée en un mot ou une mimique. Quel artiste !!!

 

 

 

Quel plaisir, quels plaisirs, les spectateurs de l’embarcadère ont éprouvé. Les applaudissements en ont largement témoigné.

 

 

 

A voir et à revoir à l’infini. Et si possible plus encore.

 

 

 

Et l’homme donc, aimable, simple, humble mais si empathique… que du bonheur en fait.

 

 

 

Ah, au fait j’ai bien aimé le spectacle…

 

 

 

Gilles Desnoix

 

 

 

 

 

 

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