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vendredi 16 septembre 2016 à 07:27

I have a dream

Ou une des ses associations d’idée….



 

Vous connaissez ce sentiment « je connais ce lieu, je suis déjà venu ? Quand ? Pourquoi ? » Vous savez cette impression « je reconnais les parfums, les bruits, l’ambiance » ou « je connais cette femme, si, je la connais, mais pour l’instant je ne me rappelle pas qui c’est »

 

 

Et là, brusquement, on se fout un coup de poing dans la paume de la main « mais bon dieu, mais c’est bien sur ! » (Aïe, pas si fort !) « C’est Nelly ! … Ah oui, Nelly, l’auteure, l’écrivaine, la romancière… mais si, tu sais bien… Nelly »

 

 

Sauf que des Nelly, avec ma culture étalée comme de la confiture sur une tartine, j’en connais des tas, des auteures, des écrivaines, des romancières, des scénaristes, etc.…

 

 

Nelly Sachs une écrivaine allemande, euh non décédée il y a 46 ans à l’âge de presque 80 balais ; Nelly Arcan, née Isabelle Fortier, une auteure sulfureuse québécoise, pas ça non plus elle s’est suicidée ; Nelly Allard une actrice, scénariste et romancière française, nan, nan, nan… ; Nelly Boisnard ? Nelly Kaplan ? Nelly Kaprièlian ? Nelly Sachs (prix Nobel 1966) ?, Nelly Fouillet connue sous le nom de Claire Sainte-Soline ? La cantatrice Nelly Melba pour qui fut créée la fameuse pêche ?

 

 

Nelly 28 08 16

 

Non, non, non et non… Nelly ?

 

 

Ah oui, cette auteure à la hauteur, cette écrivaine pas du tout vaine, cette romancière pas fière… Nelly Desplanches.

 

 

Vous connaissez Cosette de Victor Hugo, Denise Baudu de Zola, mère courage de Bertolt Brecht, J.K. Rowling, une mère célibataire qui vivait de l’aide sociale lorsqu’elle a commencé à écrire le premier roman « Harry Potter » ? Vous connaissez tout ça ? c’est bien, vous avez des lettres, mais ça ne vous servira à rien pour comprendre Nelly Desplanches… et pourtant… et pourtant… vous n’aimerez que sa plume.

 

 

Vous avez votre stock de kleenex avec vous ? C’est plus sage…

 

 

Elle avait 16 ans quand elle a quitté l’école, à son âme défendante sans aucun doute, prise en main par un destin implacable qui conduisait les filles loin des études pour les cantonner à la vie active prématurée. Ah ! Combien de jeunes filles en fleurs furent ainsi fauchées à l’aube de leur vie de femmes pour devenir ouvrière. Jeunes de maintenant représentez vous à 16 ans sortis du lycée pour aller travailler à l’usine Gerbe sur les métiers de tricotage des chaussettes. Vous voyez bien ?

 

Mais lorsque l’on a fait des bas on ne peut que connaître des hauts… Très drôle, si, je vous assure… Non ?!? Ah ?

 

 

Mais ce ne fut pas pour tout de suite, une main vigilante freinait ses ambitions. Elle fut successivement vendeuse aux Nouvelles Galeries, hôtesse de caisse à Géant. Et là, sans doute le nom… géant, l’a poussée vers les cimes éthérées… j’en fais peut être un peu trop… Par le biais d’un Congé individuel de formation voila que notre Nelly (si nous pouvons à ce moment du récit dire « notre ») passe le bac (en même temps que son fils), intègre la faculté de Dijon pour obtenir une Capacité en Droit. 2 ans de droit et tout le reste de travers disait Coluche… mais elle non, elle passe un DEUST (diplôme d’études universitaires scientifiques et techniques) en gestion et médiation sociale. Des bas au DEUST faut pas manquer un rang et bien compter ses mailles… Puis, au diable les varices comme dirait l’autre, elle obtient une Licence de formateur lui permettant d’enseigner. C’est y pas une revanche sur la chienne de vie de devenir prof ? Elle a donc exercé en tant que professeur de français dans différents établissements de la région. Les pauvres gosses… enfin c’est la vie…

 

Et arrivée à ce stade c’est fiesta intellectuelle à tous les étages, la porte ouverte à toutes les fenêtres de la création… on rédige, on narre, on introspectise, on se recherche, on se livre, on publie  un premier livre : « Le banc d’infamie pour toute récompense », récit autobiographique destiné à mettre en garde les fraudeurs (volontaires ou non) et les conséquences dramatiques qui en découlent.

 

 

Il s’agit pour Nelly d’un exutoire débouchant sur beaucoup de contacts, de connexions avec beaucoup de personnes se reconnaissaient à travers son témoignage. Là aussi revanche sur la vie, le sentiment de déclassement, l’impression que depuis l’enfance on s’appelait « silence »…

 

 

Nelly c’est Jeanne d’Arc, sans les voix, quoique.

 

 

Dès qu’elle a eu un crayon en main, ça marche moins bien avec une saucisse de Strasbourg, elle a développé un goût frémissant de l’écriture, et surtout l’énorme envie galopante et picaresque de défendre la veuve et l’orphelin ! Une denrée à la fois en baisse et en mutation…

 

Premier exploit dans ce sens, la publication de son excellent « Le banc d’infamie pour toute récompense ». La justicière pointe derrière l’auteure, la mère perce au travers de la citoyenne responsable.

 

 

Son livre, intitulé « Feignants de profs ! » était destiné aux parents qui pensent, pour beaucoup, si quand même, que la profession de prof se résume à 3 mois de vacances, 17h de cours et autant de pauses-récréation-machine à café. Ah, les bolos.

 

 

C’est vrai que dans notre société clivée où la parole s’est libérée mais où toute réflexion a été congelée par les politiques populistes, il est tellement bon d’avoir les fonctionnaires et les enseignants comme boucs émissaires.

 

 

Faut dire aussi que c’est jouissif de s’exonérer de nos propres manques en les transférant sur les autres. Et puis au moins il n’y a pas à réfléchir… Quel beau slogan qui se met bien en bouche comme un soda bien sucré ou un vrai faux bon cru, un donut sirupeux et plein d’huile de palme… « Feignants de profs »… J’aime bien, ça vous fait genre gars concerné en mode panurge avec déclinaison branchée et tendance grégaire. Vous savez comme cet instinct grégaire qui pousse les œufs à se mettre par 6 dans une boite.

 

 

Malheureusement, ce sont surtout les profs qui l’ont lu ! Dommage… parce que son témoignage n’est pas une légende, mais bel et bien la retranscription de ce qui se passe réellement dans les établissements scolaires.

 

 

Ouais, bon, on s’en fout, bon alors passons à autre chose.

 

 

Le style… excellent, vivant, fluide. Le fond est construit, profond, mis en perspective… c’est du sincère et du réel de chez réel. La construction intelligente des livres rend la lecture instructive certes, ne jamais négliger cet aspect, mais aussi ludique.

 

Même un amateur de San Antonio et de James Joyce comme moi y a trouvé son compte.

 

 

Au fait pourquoi en suis-je arrivé là dans cet article… Ah oui, l’autre jour je croise une jeune femme blonde, un peu coiffure playmobile, radieuse et souriante, et je me suis dis « je connais cette femme, si, je la connais, mais pour l’instant je ne me rappelle pas qui c’est ». Et là, brusquement, je me suis foutu un coup de poing dans la paume de la main « mais bon dieu, mais c’est bien sur ! » (Aïe, pas si fort !) « C’est Nelly ! … Ah oui, Nelly, l’auteure, l’écrivaine, la romancière… mais si, tu sais bien… Nelly ».

 

 

Vous avez pris des notes, je ne répète pas ? Bon… Votre mission maintenant si vous l’acceptez, en fait vous n’avez que le choix de l’accepter, c’est de vous procurer ses bouquins au plus vite et de profiter que vous n’êtes plus en vacances pour les lire, les dévorer, les savourer.

 

Si jamais vous voyez son nom à l’affiche d’une séance de dédicace, d’un salon du livre, vous foncez… attendez quand même que ce soit le jour et l’heure, mais vous foncez… vous ne le regretterez pas.

 

 

C’est bon, je peux y aller ?

 

 

Gilles Desnoix

 

 

 

 

 

 

 



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