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samedi 20 février 2016 à 16:31

Tribunal correctionnel de Chalon-sur-Saône …

... sexe, surprise et séquestration ! Une affaire qui concernait un montcellien !



 

 

 

 

Un rocambolesque « plan sexe » qui commence sur internet et se termine dans le lac de Torcy. Ce vendredi, Karim (prénom changé) comparaissait pour violences et séquestration, pour des faits qui remontaient à une nuit rocambolesque de novembre 2011. 

 

 

 

 

Survêtement, petit chignon de cheveux noir de jais, doudoune bleue et langue bien pendue. Karim (prénom changé) a une drôle d’histoire à raconter à la barre ce vendredi matin. Poursuivi pour violences et séquestration, il ne répondra finalement que de séquestration, la prescription des violences ayant été justement soulevée par son avocat. La victime n’est pas venue mais est représentée par Me Escot, du barreau mâconnais.

 

« Certaines nuits, à Montceau-les-Mines, sont visiblement agitées… », ironise, pince-sans-rire le procureur Rode au début de son réquisitoire. Le tribunal chalonnais doit trancher une situation absurde et quasi-surréaliste.

 

Le 26 septembre 2011, vers 6 h 15 du matin, la gendarmerie de Montceau reçoit un appel signalant une voiture en fuite avec une personne dans le coffre. Un peu plus tard, ils reçoivent aussi un coup de fil passé d’une cabine près du lac de Torcy. L’homme dit avoir été frappé, malmené puis emmené dans le coffre jusqu’au lac par un individu prénommé Karim ou Abdel. La victime porte un T-shirt ensanglanté et le bas de son pantalon est trempé. Les violences et l’enlèvement se sont déroulés à l’issue d’une nuit plutôt coquine où on croise un homme pris de boisson et ayant fumé pas mal de cannabis (Karim, le prévenu) en quête d’une relation sexuelle avec une femme, la femme (Sophie) qui se révèle être un transsexuel et Laurent, la victime qui a trempé dans le lac de Torcy.

 

Karim se présente passé minuit au domicile d’une certaine Sophie avec une bouteille de vodka qu’ils entament sans modération avant de passer au but principal de la visite.Karim a pianoté sur internet pour se trouver une relation sexuelle avec une femme après une soirée arrosée au Creusot. Deux autres personnes sont aussi présentes dans l’appartement montcellien, dont un mineur. Karim et Sophie s’isolent et la chose faite, Karim s’endort et a – dit-il – le déplaisir, de se réveiller un peu plus tard avec Laurent au-dessus de lui et s’apprêtant à lui « faire une fellation ». A ce moment-là, le sang de Karim ne fait qu’un tour, il apprend que quelqu’un dans l’appartement a le sida, et il réagit fortement. « J’ai été surpris et et je lui ai mis sans faire exprès un coup de genou, il est tombé sur la table. » D’où le visage ensanglanté… Laurent s’en tire avec une fracture du nez, un œil amoché et une interruption temporaire de travail estimé à 5 jours par le médecin qui l’a examiné en 2011. Insuffisant pour que la plainte pour violences soit recevables juridiquement. De toute façon, les faits de violences sont prescrits.

 

 

Karim, en verve à la barre, explique à la collégiale de juges qu’il voulait emmener Laurent à la gendarmerie pour déposer plainte contre lui. « Ce que tu m’as fait, je ne l’accepte pas, tu vas venir avec moi ! » lui aurait-il lancé. Laurent, d’après ses déclarations et témoignages l’a suivi docilement.

 

Ensuite, les déclarations entre prévenu et victime divergent encore. Karim dit avoir fait asseoir Laurent à la place du passager, Laurent assure qu’il a été poussé dans le coffre de la voiture et transporté jusqu’au lac de Torcy. Une fois sorti de l’habitacle, Karim lui aurait ordonné de traverser le lac à la nage (Rappel : nous sommes le 26 novembre 2011 à trois heures du matin). Et puis, Karim part, laissant Laurent dans le lac. Qui appelle les forces de l’ordre une fois sorti du plan d’eau. Des enquêteurs qui vont s’efforcer les mois suivants de dresser une sereine chronologie de cette nuit d’ivresse, de sexe et de drogue dont aucun des protagonistes ne semble avoir de souvenir précis et similaire. Et qui retrouveront Karim, 20 ans à peine au moment des faits, au Creusot puisqu’il est déjà fiché pour des délits liés au cannabis et à la conduite sous l’emprise de stupéfiants.

 

« Pour vous, la victime vous a agressé sexuellement, questionne la présidente Therme. Mais alors pourquoi ensuite avoir renoncé à votre dépôt de plante et pris la route de l’étang ? » Karim ne répond pas précisément. Il indique juste qu’il ne voulait pas que l’affaire se sache, qu’il avait une copine.

 

Et il était, comme tous à cette soirée, dans un état bizarre, entre alcool et joints. Il ne reconnaît ni les violences (prescrites) ni la séquestration.

 

« C’est un contexte de soirée très spécial, glauque », plaide Me Escot pour la partie civile. « A écouter le prévenu, on a l’impression qu’il a convié la victime à une promenade de courtoisie ! Il a été terrorisé. On lui a pris ses papiers et son portefeuille et il a été frappé une heure durant. » La victime souffre d’une maladie bipolaire, a déjà été suivi psychiatriquement et cette nuit fauve n’a rien arrangé. « Mon client a eu peur de mourir ce jour-là » résume l’avocate mâconnaise. Le procureur, lui, choisit le second degré : « quand on va déposer plainte, on n’a pas besoin de son agresseur à côté »Dans ma carrière, j’ai vu assez peu de victimes d’agression sexuelle qui montent en voiture avec leur agresseur pour aller au commissariat… C’est tout aussi logique, en novembre, que d’aller faire trempette à Torcy. La thèse du prévenu est insoutenable, il ment. lI n’assume pas d’avoir eu une relation sexuelle avec un homme ce soir-là. La deuxième partie de soirée est un déchaînement de violence. » Christophe Rode requiert une peine d’emprisonnement avec sursis sans quantifier et assortie d’une obligation de soigner la dépendance au cannabis.

 

 

Pour la défense, assurée par Me Gaunet, l’ironie est aussi en vogue : « Quelle belle soirée ! ». Son client est une victime, c’est sûr, « d’un viol, pire d’un viol en réunion préparé ! » sinon d’un « guet-apens ». Me Gaunet cogne sur la victime « qui n’en est pas une. Un bipolaire, alcoolique, qui n’assume pas son homosexualité. Mon client a découvert une certaine faune à cette soirée. Lui était venu pour avoir une relation sexuelle avec une femme. Mon client s’est senti honteux, piégé, il a réagi comme n’importe qui dans sa situation aurait réagi ».

 

Karim a été reconnu coupable des seuls faits de séquestration et a été condamné à six mois de prison avec sursis. La victime recevra 1500 € d’indemnisation pour le préjudice moral et Karim devra payer les frais de défense de sa victime.

 

F. G.

 

 

Tous les prénoms des protagonistes ont été changés.

 

 

illustration justice 20 02 16

 

 

 



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