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vendredi 13 avril 2018 à 10:26

Justice : comparution immédiate d’un habitant de Saint-Vallier…

.. 12 mois de prison dont 7 fermes !



 

Pierre X a 31 ans, il vit là où il est né, à Saint-Vallier, et il ne sait plus ce qu’est de vivre sans le recours aux drogues, il ne sait pas ce qu’est vivre en disposant d’un peu de liberté. Un pauvre diable, arrivé menotté dans le box parce qu’il n’avait pas déféré à la convocation au commissariat de Montceau à 10 heures le matin-même de ce lundi 9 avril : sa voiture étant confisquée, il devait prendre un taxi, il a téléphoné, mais les forces de l’ordre sont venues le chercher. Pauvre diable.

 

Malheureux

 

 

Malheureux, sans conteste, mais dangereux. Malheureux de replonger à chaque tentative de sevrage, « à la moindre anicroche » dira maître Dijoux pour sa défense. Par anicroche, entendre ce qui nous fait tous vaciller, les épreuves que l’on doit forcément affronter et vivre, au cours d’une existence. Dans le cas de Pierre, ce fut un grave accident de la route, il y a 6 ans, qui le fit basculer du cannabis sur l’héroïne. Plus récemment, la fausse couche de sa compagne (il pleure tout le chagrin du monde), puis l’agression de l’ex de sa compagne (« il m’a démis l’épaule », il pleure toute l’injustice de l’univers). Bref, Pierre a des capacités d’encaissement proches de zéro et ce qu’il consomme ne l’aide pas à élaborer quoi que ce soit.

 

 

Dangereux

 

 

Dangereux : le 3 avril dernier il est contrôlé au volant, positif au cannabis, à la morphine, à la cocaïne. « Altération franche du comportement. » Il est en état de récidive légale, et détient de surcroît de la cocaïne, de l’héroïne, et du cannabis, dont une partie planquée dans son caleçon. Pierre avait tout de même, et c’est un tour de force, réussit à se sortir de l’héroïne, lorsqu’il avait été hospitalisé à Dracy. « Il a fallu la garde à vue pour réaliser que je m’y étais remis. Je suis allé à l’hôpital trois fois volontairement, mais à chaque fois j’ai repris. » Il est volubile, Pierre, avec un débit saccadé. Il est tout blanc, aussi. Il a froid, il est en manque : il n’a pas eu le temps de prendre sa méthadone ce matin, il ne pensait pas être ainsi embarqué puis tenu en geôle et jugé dans la foulée.

 

 

« Il me faut un encadrement »

 

 

Les policiers affirment qu’il a jeté, lors du contrôle, un pochon contenant 23 grammes de cocaïne. « Ben oui, ils disent que je l’ai jeté mais moi j’ai rien jeté », souffle le prévenu. Maître Dijoux demande comment il aurait acheté pour 2000 euros de came, vu sa situation. Evidemment en matière de situation on sait que tout est possible, et que la drogue mène à d’autres formes de délinquance, mais il semble que pour celui-ci le problème soit ailleurs : « Il me faut un encadrement. » En 2012, une voiture a grillé un stop, percuté Pierre, et l’a envoyé en soins lourds pendant 6 mois. Le conducteur était drogué, Pierre aussi. Il en a gardé un handicap (évalué à 51 %), ce qui n’arrange rien de rien. La présidente Catala observe que l’accident n’a pas servi à lui faire prendre conscience de la dangerosité au volant des gens dont les états de conscience et les réflexes sont altérés par des toxiques (réalité qu’ils contestent tous, du reste : c’est bon pour les autres, mais pour eux, tout baigne, si, si).

 

 

« Le jeu n’en vaut pas la chandelle »

 

 

Marie Gicquaud, substitut du procureur, tient compte du dernier rapport de fin de sursis mis à l’épreuve, un rapport « très encourageant », « il a particulièrement bien respecté les éléments attachés à cette mesure de justice ». Elle requiert une peine mixte et son maintien en détention. Le prévenu vacille et tangue : la prison. Il s’est marié en janvier. Sa femme était venue à l’audience mais les heures passaient et elle a dû rentrer, elle a des enfants à la maison. « Des fois on ne se rend pas compte de ce qu’on fait, disait-il, mais le jeu n’en vaut pas la chandelle. » Maître Dijoux insiste sur l’évidence : « Avant d’être un délinquant, c’est quelqu’un qui souffre d’une pathologie. »

 

 

« Je vais vous le prouver »

 

 

Quelqu’un qui souffre, et qui a démontré qu’il a essayé, oui, de se sortir de sa prison, même s’il n’a pas encore les capacités pour tenir sur ses jambes tout seul. Le tribunal ne décerne pas de mandat de dépôt. Pierre ressemble alors à un jeune chien tout fou d’être content, il lance enfin un sourire, un sourire simplement heureux, pour une fois.

 

Il est condamné à 12 mois de prison dont 7 mois ferme, le reste est assorti d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, un encadrement, donc. Son permis de conduire est annulé, « vous êtes trop dangereux tant que vous n’êtes pas soigné », et il n’a plus de voiture. Il doit engager des soins, pour motiver sa demande d’aménagement de peine. Tout ça de Saint-Vallier. Il n’a jamais été si près d’être incarcéré, mais prend le tribunal pour un interlocuteur valable : « Je vais vous le prouver », lance-t-il aux juges.

 

 

FSA

 

 

tribunal 2208172

 

 

 

 


 

 

 



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