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mardi 4 décembre 2018 à 05:44

Il avait failli renverser un policier à Montceau….

... le verdict !



 




 

 

« J’avais déjà fait deux tours de Montceau avec mon gyrophare orange, alors c’est peut-être pour ça… ». C’est peut-être pour ça mais pas seulement que monsieur X, conducteur d’engins à la retraite s’est retrouvé « en slip sur la chaussée et menotté », au rond-point du Magny vers 18 heures, ce samedi 1er décembre.

1,4 gramme d’alcool par litre de sang : le prévenu soutient qu’il n’a pas vu du tout le commandant de police qui se tenait sur le bas-côté (il déviait des véhicules pour leur éviter d’être bloqués). Le commandant de police, lui, a vu la Kangoo indûment dotée d’un gyrophare orange accélérer en arrivant sur lui, il a bondi pour l’esquiver, prévenu la patrouille la plus proche de l’incident. Pendant ces quelques secondes, monsieur X, lui, est allé se garer 100 mètres plus loin, vers un arrêt de bus, et il est sorti tranquillement de sa voiture, gilet jaune sur le torse, pour aller rejoindre les autres… la patrouille lui a sauté dessus. La suite ? « Je suis devenu méchant » : « bandes de connards, vous n’avez pas de couilles », il se débat. Il est très corpulent, il entraîne les policiers dans sa chute, son pantalon glisse (d’où le slip, visible). Il défonce la portière arrière droite du véhicule dans lequel on l’embarque, et remet ça en arrivant au commissariat, sur les cojones, savoir qui en a ou pas. « C’est juste qu’au commissariat, y en a un qui m’a dit : ‘tu vas pas nous casser les couilles’, alors j’ai répondu que pour ça, il faudrait déjà en avoir ! », dit le prévenu à la barre.

 

Une histoire de boule(s) dans un monde parallèle

Tout ça, c’est quand même un peu « parce que j’ai pas d’ boule ! » s’emballe-t-il à plusieurs reprises. Ben oui, la boule qu’ont les cafetiers pour servir le pastis par doses : lui, il n’en n’a pas. A partir de là, savoir s’il avait bu un, deux, trois pastis, bien malin qui peut le déterminer. Lui il ne saurait dire, mais allez savoir si cette fameuse boule aurait changé son destin. Il souffre, cet homme de comparaître devant un tribunal correctionnel pour la première fois, et de recevoir non seulement des leçons de morale, mais aussi de droit alors que « si encore les policiers m’avaient dit : ‘allez viens avec nous, tranquille, on va parler’ » au lieu de lui sauter dessus, de lui passer les pinces manu militari, et de ne pas tolérer de se faire insulter et malmener, tout se serait bien passé ? Dans quel univers se croyait-il ? On ne saura pas. Seule explication à son emportement enragé : « Les menottes me faisaient trop mal. »

 

Sécuriser, c’est la priorité

 

Lui tout à son affaire. Les policiers, tout à la leur. Choc de deux situations qui baignaient pourtant ce jour-là dans le même contexte, mais ancrées si différemment que monsieur X a bien du mal à entendre que la loi interdit de prendre le volant après deux verres raisonnables d’alcool (« raisonnables » parce que sans boule, n’est-ce pas, on peut s’en verser une pinte sans même s’en apercevoir), à entendre également que des policiers qui sont sur des opérations de sécurisation et font des journées à rallonge dans des contextes imprévisibles ne prendront pas le temps de « discuter » si un collègue, gradé ou pas, vient d’être mis en danger par qui que ce soit. On sécurise d’abord, on discute ensuite. Aucun témoignage de personnes portant leurs gilets jaunes au dossier, en la faveur de monsieur X.

 

« Mais monsieur, arrêtez ! Vous avez quel âge ? – 70 ans »

 

Le prévenu tente un peu la discute avec le tribunal, mais la présidente Delatronchette ne lui en laissera pas l’occasion. « Je suis là parce que je voulais défendre… – On n’est pas là pour en parler, monsieur, c’est pas une arène politique, ici. » Elle centre ses questions sur la consommation d’alcool, puisque l’absence de boule pour mesurer les doses de Ricard est certes une chose, mais enfin il avait bu du vin (« du bon vin ») et « peut-être une bière chez la copine, mais j’en suis pas certain ». « Ce qui fait froid dans le dos, monsieur, c’est que vous minimisez votre responsabilité. – Mais je savais pas, je savais pas… – Mais monsieur, arrêtez ! Vous avez quel âge ? – 70 ans, s’exclame-t-il. » Silence…

 

Pourquoi le gyrophare ? « Pour qu’on me voie »

 

70 ans. Une vie de travailleur, d’homme marié, de père de famille. Son fils est là, pour soutenir et remmener son vieux père à la santé bien entamée (gros problèmes d’asthme, besoin d’oxygène) qui s’en était allé « faire des tours de Montceau » avec un gyrophare sur le toit de sa voiture, engagé, à 70 ans, dans un mouvement populaire de protestation, mais ce n’est pas l’objet de l’audience. Au fait, pourquoi le gyrophare ? « Pour qu’on me voie. » C’est interdit, c’est réservé aux véhicules de secours. « Ben… oui, mais eux ils sont bleus. » La présidente lui demande encore : « Est-ce que vous buvez souvent ? » La réponse fuse, instantanée : « Tous les jours, un pastis ou deux. – Ou trois ou quatre ? le provoque un peu la juge. – Ben je sais pas, j’ai pas d’boule ! » L’ombre de Fernand Reynaud plane sur la salle, et l’on se retient à grand peine de rire.

 

« Les fonctionnaires de police sont là pour assurer la sécurité de tous »

 

Maître Marceau porte la parole des policiers, rappelle leurs conditions de travail, « stressantes », rappelle qu’une voiture c’est une tonne d’acier et que le gradé a eu peur de se faire percuter, « et monsieur s’étonne de la vivacité de l’interpellation » (à ce moment même, le portable du prévenu se met à sonner). Maître Faure-Révillet, pour la défense, insiste sur le fait que son client n’a pas vécu la même histoire : « Il n’a pas vu le policier, et il va simplement se garer plus loin, et là on lui saute dessus. Il a eu peur, il n’a rien compris. » La substitut du procureur, Marie Gicquaud, rappelle ce fait : « Les fonctionnaires de police sont là pour assurer la sécurité de tous. La tentation est grande, dans ces mouvements, de vouloir s’affranchir de l’autorité de l’Etat, il faut sanctionner les comportements dangereux. Le commandant déviait les véhicules qui arrivaient : tout le monde le voyait, sauf monsieur X ? » Elle requiert 8 mois de prison dont 4 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve, suspension du permis de conduire pendant 10 mois.

 

Extrait du box : il n’entendait pas le tribunal

 

Monsieur X est un homme corpulent, il marche avec des béquilles, il a le souffle court d’avoir sa capacité respiratoire altérée, de plus il est sourd. Du box dans lequel il était entré sous escorte, il voyait bien que la présidente lui parlait mais il ne comprenait rien à ce qu’elle lui disait. « Vous n’êtes pas obligée de le faire comparaître dans le box », remarque l’avocate. « Je sais, je sais (ton agacé) » Quelques minutes plus tard, le tribunal demande à l’escorte de faire entrer le prévenu dans la salle. Il faut descendre, puis remonter, on va aller les chercher pour leur montrer le chemin. Monsieur X est entré dans la salle très essoufflé de cette trotte supplémentaire. On lui demande s’il veut un délai pour préparer sa défense (il a été initié en 48 heures au parcours du combattant garde à vue – déferrement – jugement), et sur un ton fataliste il répond : « Oh non, c’est pas la peine ! »

 

2 ans de mise à l’épreuve, permis suspendu, indemnités pour les victimes

 

Le tribunal le condamne à 8 mois de prison entièrement assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans : obligation de soins « en rapport avec l’alcool », indemniser les victimes, faire un stage de sensibilisation routière. Son permis de conduire est suspendu pour 10 mois, exécution provisoire, la suspension est immédiate. Il a vraiment les boules, pour le coup. Il encaisse une dernière louche : « Votre gyrophare, vous n’avez pas à vous en servir dans ces conditions-là, c’est interdit. »

 

Florence Saint-Arroman

 

Il devra verser 500 euros à la victime principale, et 300 euros à chacun des 4 policiers victimes d’outrage et de rébellion. 

 

 

 

tribunal 2208172




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