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vendredi 17 avril 2015 Ă  11:47

Humour

La goutte d’eau qui fait déborder les coupures de compteurs



 

 

« Bon Jeannot tu coupes ! »

 

« T’es sûr, je laisse pas goutter ? »

 

« Non tu coupes »

 

« Donc je laisse pas goutter »

 

« Ben non Jeannot, tu coupes »

 

 

Ça c’est le dialogue des fontainiers venu sévir chez la Famille X, des mauvais payeurs qui n’honorent plus leurs quittances d’eau depuis un bon moment.

 

Au gré des amendements, des lois, des décrets une fois on coupe tout, une autre fois on laisse couler un filet d’eau, une autre fois encore on ne coupe plus en hiver.

 

François Brottes, PS, a fait voter une loi, le 15 avril 2013, qui interdit tout au long de l’annĂ©e de couper l’alimentation en eau dans une rĂ©sidence principale et institue le principe de trĂŞve hivernale pour l’Ă©lectricitĂ© et le gaz et pour tous les consommateurs sans distinction de revenus.

 

Donc « Jeannot tu ne laisses pas goutter et tu ne coupes pas »

 

« Ah bon, alors je fais rien ? »

 

« Tu ne fais rien »

 

« Ah bon »

 

 

 

gilles 1714152

 

 

Mais ne voilĂ -t-il pas que le sĂ©nat, lors de l’examen du projet de loi sur la transition Ă©nergĂ©tique, a rĂ©tabli les coupures gĂ©nĂ©rales parce le dit Christian Cambon, sĂ©nateur UMP, auteur de l’amendement, «comportements non-citoyens», et inciter des consommateurs de mauvaise foi Ă  ne pas payer. » D’ailleurs il insiste : «si les impayĂ©s sont trop nombreux, le prix de l’eau risque d’augmenter. Comment pourrait faire un petit syndicat d’eau d’une dizaine de communes? Ceux qui militent contre l’amendement soutiennent la hausse des prix». Ça couine Ă  gauche et le robinet goutte dangereusement.

 

 

Le sĂ©nateur UMP dĂ©fend sa position avec fermetĂ©. «Il ne s’agit en aucun cas de revenir sur la protection de l’accès Ă  l’eau pour les personnes en difficultĂ©, protĂ©gĂ©es, non imposables, et bĂ©nĂ©ficiaires de l’action des centres communaux d’action sociale (CCAS).»

 

 

« Donc chef je coupe ? »

 

« Euh laisse goutter pour l’instant, Jeannot »

 

 

 

 

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Pour arranger le tout et brouiller les pistes voilĂ -t-il pas que derechef les dĂ©putĂ©s, ce jour, nous redĂ©posent un amendement pour revenir Ă  la loi Brottes. LĂ  c’est clair non ? Vous croyez ? Les dĂ©putĂ©s ont donnĂ© aux distributeurs d’eau la possibilitĂ© de rĂ©duire le dĂ©bit, comme pour l’Ă©lectricitĂ©.

 

« Donc je laisse goutter chef ? »

 

« Laisse tomber surtout ! »

 

 

 

gilles 1714153

 

 

 

 

Bon, mĂŞme pour l’aspirine, et lĂ  ça devient nĂ©cessaire il faut de l’eau, alors ne coupez pas. Mais comme le dit Brottes « Si l’article introduit par le SĂ©nat se justifie sur le plan thĂ©orique (pourquoi permettre Ă  des mĂ©nages aisĂ©s +mauvais payeurs+ d’Ă©viter les coupures?), l’interdiction de coupure d’eau sans condition de ressources rĂ©pond Ă  la nĂ©cessitĂ© d’ĂŞtre pragmatique. Les personnes confrontĂ©es au risque d’une coupure d’eau sont dans une situation d’urgence, la plupart du temps non prĂ©visible »

 

Comme d’habitude nous verrons si le verre est à moitié vide ou à moitié plein lorsque les textes auront été définitivement adoptés, ainsi que les décrets d’application afférents.

 

Des procès ont eu lieu ou sont en cours contre les grands distributeurs des concessions d’eau. Et la SAUR a introduit d’une question prioritaire de constitutionnalitĂ© auprès du Conseil constitutionnel concernant la loi Brottes de 2013. Que diront les sages ? Allez savoir, ils ne doivent pas savoir ce que c’est que de ne pas pouvoir payer leur eau. Mais lĂ  aussi nous verrons s’il y a loin de la coupe (d’eau) aux lèvres.

 

« Oui, mais alors on laisse couler, chef ? »

 

 

Gilles Desnoix

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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