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dimanche 24 janvier 2016 à 08:04

A Gauche ! …c’est par où ?

Problème d’orientation ou de désorientation ?



Plus on voit ce qu’on voit, plus on entend ce qu’on entend, plus on lit ce qu’on lit, plus je me dis qu’on a raison de penser ce qu’on pense. Il y a des moments ou lorsque l’on a tout dit et que l’on reste sans voix il faut le crier bien fort. Je suis agacé, un tantinet chafouin.

 

 

« La gauche n’est plus dans la gauche ma pauvre dame Michu ! ».Je la trouve même maladroite.

 

A longueur d’information continue on nous assène des interrogations sur ce qui est de gauche, sur ce qui reste de la gauche, sur ce qui demeure des valeurs de gauche. Et ce ne sont pas que des personnes de droite qui s’interrogent. Ça devient lancinant, lassant et désorientant.

 

Depuis 1983 on n’arrête pas d’enlever les pelures de l’oignon et de s’interroger sur la santé de ce dernier.

 

Autour de moi tout le monde fonctionne encore avec des notions qui semblent avoir complètement disparu, la gauche et la droite.

 

On ne parle même plus du centre qui lui a été phagocyté par la droite ou sert de bandage herniaire à certains rosissants fluctuants Et puis il y a maintenant ce qu’il est convenu d’appeler l’extrême droite en plus.

 

Mais l’on continue à parler de droite et de gauche comme si tout avait été figé et que les valeurs n’avaient pas été bradées à l’encan.

 

D’ailleurs l’appellation gauche pour des partis politiques qui seraient plus sociaux, solidaires, progressistes que la droite a-t-elle encore une quelconque signification populaire hors microcosme politicien ?

 

D’abord pourquoi la gauche ? Oui je sais on vous a tout dit là-dessus, ou presque, ou vous pensez savoir…

 

Gauche… Sinistra, Izquierda, lewo, esquerda, links, left, aristerá, vasakule, venstre, balra, d’fhág, sol, sisa, vänster, levý, zalyshylosya, kwesokunxele dans un certain nombre langues. Tout le monde répète que les termes droite et gauche en politique proviennent de la Révolution française. Oui mais non. C’est plus simple donc plus compliqué que ça.

 

Bien sûr que lors des travaux de la constituante, en 1789, les députés opposés au fait d’accorder au Roi un véto aux lois se regroupèrent à gauche dans les gradins. Ils furent aussi appelés Montagnards, sans doute parce qu’ils étaient haut perchés au-dessus des députés moins antiroyalistes et plus mesurés appelés « la plaine » ou « le marais ». Mais on parlait plus des Montagnards et des Girondins que de la gauche et de la droite.

 

 

Pourtant dans l’imaginaire et parce que Michelet est passé par là, c’est l’explication qui l’a emporté. Et puis Empire, Royauté, Restauration, Etat français ont aimé véhiculer cette image de partis dits révolutionnaires. Pour eux la gauche c’est le diable, le chat noir qui traverse de gauche à droite.

 

 

Et quand je dis le diable, je ne blague pas. Pas besoin d’eau bénite, de crucifix, de chapelet et d’ail, mais l’histoire de la chrétienté a installé le diable et la gauche dans le même panier. Voire le même bucher.

 

 

Si vous lisez les évangiles, sinon faites-vous les lire par quelqu’un, Matthieu dit « Il mettra les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche… Ensuite, il dira à ceux qui seront à sa gauche : retirez-vous de moi, maudits, allez donc dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. »

 

Donc les brebis sont de droite, souvent on dit que ce sont les moutons de panurge, et les boucs de gauche. Rien à voir avec le bouc de Robert Hue. Donc vous voudrez bien prendre note que le christianisme est pour la main droite. Est-ce cela qui amena une certaine surdité dans le domaine social ? Je plaisante…

 

 

Les bonnets pointus de l’inquisition avaient une dent contre les gauchers qu’ils voyaient d’un mauvais œil et leur faisaient dresser l’oreille. Tout ça parce que le fourchu à sabots était pour eux forcément gaucher, et que ses esprits maudits nous espionnaient par-dessus notre épaule… gauche… bon une pincée de sel pour les aveugler.

 

Pendant le moyen âge on attachait la main gauche dans le dos des garçons pour qu’ils ne deviennent pas gauchers. En même temps c’était le moyen âge…

 

 

Les petits plaisantins qui ont laissé des recueils de blagues au cours des temps et dont personne n’a conservé les noms nous ont légué quelques expressions poilantes du genre : être gauche ou avoir deux mains gauches pour les maladroits, se lever du pied gauche pour les ronchons pas sympathiques, en mettre à gauche pour les amateurs de paradis fiscaux, passer l’arme à gauche pour ceux qui manquent de savoir vivre, épouser de la main gauche, pour ceux qui ont une grosse envie mais sont dans l’illégitimité. Ne pas confondre avec le mariage de la main gauche pour ceux qui sont dans la mésalliance (un prince et cendrillon, un patron du CAC40 et une égérie télévisuelle). La main du cœur (qui est à gauche) est une exception mais c’est celle de l’alliance ce qui voudrait indiquer que le mariage est quelque part une œuvre du diable.

Les mêmes, on savait se marrer à l’époque, nous ont laissé des expressions favorables comme : droiture, bras droit, tout droit sorti de, droiture morale, un homme ou un esprit droit, un jugement droit, etc…

 

 

Vous vous rappelez la traduction de gauche en plusieurs langues, en Italien, venant du latin on dit sinistra, ce qui a donné sinistre en Français… un sinistre individu, de sinistres desseins, etc.

 

 

Bon pour revenir à nos blancs moutons c’est plus tard que le partage des partis a été qualifié entre gauche et droite par eux-mêmes, les chroniqueurs et les historiens, et si, ma brave dame.

 

 

En fait après la guerre de 1970 et la défaite de 1871 le partage s’est fait entre royalistes et républicains, avec un centre puissant divisé entre centre droit et centre gauche. Ces deux fractions n’arrêtant pas de se polliniser entre elles et les partis de droite ou de gauche.

 

Les républicains caractérisent la gauche qui deviendra socialiste, communiste, et débordera sur l’extrême gauche. Il y avait là des valeurs contraires à celles de la droite, un humanisme et un utopisme que l’on ne trouvait que dans ce cadran de la politique. On ne se posait aucune question à l’époque, les juges et les grands maîtres de forges non plus d’ailleurs.
Maintenant tout le monde est républicain de gauche comme de droite comme du centre, même d’extrême droite, et dieu n’y reconnait même plus les siens si ça se trouve.

 

Aujourd’hui à part dans les discours politiques, et les appareils politiques le distinguo semble avoir totalement disparu pour le commun des mortels, les gens de terrain qui se battent comme des chiens pour faire évoluer les choses.
Ecoutez les yeux bandés certains discours gouvernementaux de plusieurs époques récentes avec gauche ou droite ou relisez les sans savoir qui furent les orateurs et souvent vous aurez du mal à dire qui les a prononcés.

 

Un premier ministre dit que la gauche est morte, un autre dit que la droite agonise, tous les commentateurs disent que les logiciels des uns et des autres sont totalement obsolètes, mais pourtant depuis des années ce sont toujours les mêmes que nous voyons, entendons, subissons et les urnes se vident de plus en plus… Alors ?

 

Ces derniers temps avec tous les discours à rebrousse-poil de gauche même les chats noirs ne savent plus de quel côté traverser. On va vers le burn-out des félidés.

 

Sans cesse on nous rappelle que les valeurs fondamentales de la gauche sont: égalité, fraternité, solidarité, progrès, équité, justice, liberté, démocratie. Ces trois dernières valeurs étant partagées, avec une autre lecture par la droite. Cette dernière est réputée véhiculer les valeurs suivantes : autorité, identité nationale, ordre social, sécurité, conservatisme, tradition.
Mais tout ceci c’était avant que la politique soit une manière de faire de l’économie autrement.

 

Plus je m’interroge sur les significations d’idées muries au cours des siècles, plus je me rends compte que les appellations, les noms, sont en politique comme en gastronomie, ils ne garantissent pas la qualité des produits et le libellé du menu ne correspond pas forcément à ce que l’on pouvait attendre du met dans son assiette.

 

 

Donc si la gauche n’est plus dans la gauche ma pauvre dame Michu, « ousqu’on » en est ? J’aimerais bien qu’on me le dise, GPS SVP ! <surtout je souhaite vivement que l’on cesse à la radio, à la télévision et dans les autres média que l’on cesse de jongler avec les concepts sans les définir pour le commun des mortels, comme si l’on était entre initiés, que l’on arrête de brasser les idées hors sol en se rendant compte que tout un chacun est plus préoccupé par l’impact des décisions politiques sur sa vie et celle de sa famille que par les querelles et les intrigues de cour.

 

 

Ah, une dernière minute : « De notre envoyé spécial sur la rose:

 

« Ne pas oublier le proverbe « que ma main gauche ignore ce que fait ma main droite ». Dernière illustration en date: l’annonce par le 1er ministre de la suppression de la primaire à gauche pour les présidentielles. »

 

 

Moi, en fait, j’aimerais bien qu’à force d’être entendu par les responsables je sois réellement écouté. Ce qui est fou c’est qu’à force de ne pas être vraiment entendu on en devient sourd à ce que nous disent ceux qui nous entendent si bien.

 

 

Gilles Desnoix

 

 

 

 

 

 



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5 commentaires sur “A Gauche ! …c’est par où ?”

  1. Daniel Z dit :

    Magnifiquement exprimé, M.Desnoix .
    Amitiés

  2. 71Zorro dit :

    Une fois de plus : chapeau bas Monsieur Desnoix. A vous lire, voilà que je me laisse prendre au jeu des commentaires !
    A force de voir les citoyens voter au 1er tour pour le FN, en ayant comme alibi  » c’est pour montrer mon mécontentement à la gauche et à la droite ».
    A force de voir le ballon de baudruche se dégonfler au 2ème tour, en ayant comme alibi  » Ah ben nan, j’vas quand même pas voter pour eux » !!!
    Et bien je dis, pour une fois, ayons une bonne paire de c……s et votons pour le FN à fond la caisse. Quand ils seront au pouvoir, ils seront super et on pourra dire :  » mais pourquoi on les a tant diabolisés, pourquoi j’ai pas voté plus vite pour eux jusqu’au bout « ?
    Ou alors ils seront archi nuls et on pourra les foutre dehors une bonne fois pour toute, en faisant une grève nationale s’il le faut, un second mai 68 en ayant comme alibi :  » Ben, on vous a donné le pouvoir, vous avez eu votre chance, vous avez été nuls alors dégagez » Et on ne votera plus jamais pour eux…
    C’est peut-être un peu simpliste mais je reste persuadé que c’est une bonne solution…. Enfin….c’que j’en dis….
    Bravo encore Montceau-News.

  3. Kikidilui dit :

    A mon avis Zorro,on aura un mai 68,avant l’arrivée du FN,d’ailleurs,ce sera surement le néo mai 68,qui va engendrer l’arrivée du FN…

  4. loupblanc dit :

    un régal de lecture , un pur moment de plaisir dans ce monde déjanté. Toutes mes félicitations .