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lundi 4 avril 2016 à 07:23

Interview de Christophe Sirugue (Politique)

La période est troublée, le propos est clair



 

 

La période actuelle se distingue par une agitation sociale, politique et institutionnelle. Mille questions et cinq fois plus de réponses agitent les conversations et les discours. Chacun a son avis, certains ont des avis sur tout et d’autres surtout des avis, mais cela ne suffit pas pour expliquer ce qui se passe, se prépare, va advenir.

 

 

Nous avons rendu compte du mécontentement populaire en relatant les manifestations et grèves.

 

 

C Sirugue 03 04 16

 

La ville de Montceau appartient à la circonscription du député Christophe Sirugue, qui après en avoir refusé la responsabilité est devenu le rapporteur de la loi Travail, dite Loi El Khomri, qui jette les gens dans la rue et agite le microcosme politico-syndical.

 

Montceau News a pour mission d’informer et d’éclairer ses lecteurs. Nous sommes donc allés interviewer le Député sur les sujets brûlants qui interpellent et inquiètent les Français et principalement les Montcelliens. Il nous a reçus ce samedi matin à sa permanence.

 

Montceau News : Alors que l’ancien ministre du travail, qui a préféré redevenir Maire de Dijon, « tacle » la loi El Khomri et la méthodologie suivie par le premier ministre, qui est en première ligne dans ce domaine, vous êtes devenu le rapporteur de ce texte. Vous dites que vous œuvrerez à l’amender, vous aviez émis de sérieuses réserves sur ce texte et ses dispositions… Pouvez-vous nous éclairer sur votre démarche et ce que l’on peut en attendre ?

 

C. Sirugue : « La première version du texte était inacceptable. Je l’ai écrit au 1er ministre avec la Présidente des affaires sociales de l’assemblée nationale. Nous avons listé l’ensemble des points de profond désaccord. Le 1er ministre a répondu en levant une partie importante de nos inquiétudes, même s’il reste des éléments à faire évoluer. Je ne suis pas partisan du retrait du texte car il comprend bien d’autres sujets que celui du code du travail qui est mis systématiquement en avant. J’ai pris acte des évolutions du projet, mais je suis persuadé qu’il faut encore le faire évoluer, il convient de corriger les éléments insatisfaisants. Pour moi il ne peut y avoir de critiques sans proposition et donc sans mise en œuvre. C’est dans ce sens, et parce que c’est de l’intérieur que l’on fait évoluer les choses que j’ai choisi d’accepter la responsabilité de rapporteur de la loi travail.
Il faut tenir compte de l’évolution profonde des comportements, pas uniquement en politique d’ailleurs, qui privilégie l’individualisme par rapport au collectif, ce qui est très préjudiciable. Quant aux attitudes des uns et des autres, même dans mon camp, je regrette profondément que beaucoup privilégient l’autopromotion plutôt que les enjeux collectifs.« 

 

Montceau News  Dans votre lettre mensuelle, sur votre page Facebook vous mettez en valeur ce qui a été fait de positif par le gouvernement et le travail parlementaire. Pourtant le Président de la République n’a jamais été aussi bas dans l’estime des Français, le premier ministre non plus. Une large majorité des Français pense que la politique suivie est aux antipodes parfaits des promesses du discours du Bourget. N’avez-vous pas l’impression de prêcher dans le désert ? Certains avancent que vous agissez ainsi en prévision des législatives de 2017, qu’avez-vous à leur répondre ?

 

C. Sirugue : « Il ne s’agit certainement pas de méthode Coué. Mais je ne peux cautionner la tendance actuelle d’une partie de la classe politique de réagir dans l’immédiateté absolue sans privilégier un regard global. Il y a de réelles difficultés, je ne souhaite pas les cacher, mais elles ne doivent pas rejeter dans l’ombre les actions positives mises en place. Je ne m’interdis pas de dire que sur plusieurs sujets les gouvernements de gauche ont bien travaillé. Il ne s’agit pas non plus de délivrer un antidote mais de faire un compte-rendu honnête des actions effectuées et de mon mandat. Vous savez, faire des choses bien ça apparaît comme normal pour tout le monde, mais le faire savoir c’est quand même mieux. »

 

Montceau News  Le Président de la République vient de clore le feuilleton du congrès de Versailles sur l’état d’urgence et la déchéance de nationalité. Chacun chez soi possède déjà tous les éléments de langage de la droite comme de la gauche. Même sans imagination particulière chacun pouvait rédiger au mot près ce qui allait être dit par les uns et par les autres dès la fin de l’allocution du Président mercredi dernier. Vous aviez fait part de vos doutes et de vos objections. Que vous inspire ce revirement symptomatique d’une fin de mandat où l’on semble empiler les textes les plus clivants et les plus controversés ?

 

C. Sirugue : « C’est un triste feuilleton, vraiment. Il faut ramener la question à l’aune de notre vécu lors des attentats. Comme vous le savez je n’ai pas voté la déchéance de nationalité et je reste ferme sur ma position.

 

Le Président a cherché les outils pour rassurer la population. L’Assemblée Nationale et le Sénat n’ayant pas trouvé d’accord, le Président est allé au bout des possibilités constitutionnelles. Pour ma part je ne suis pas certain qu’il y ait eu besoin de tout ce temps et de tous ces débats sur un sujet dont je ne suis pas convaincu qu’il devait être posé. A mon avis il aurait fallu simplement faire évoluer certains éléments de la loi existante simplement sans aller jusqu’à la constitutionnalisation.

 

Bien sûr, on peut se poser des questions sur le calendrier et le fait de déposer des textes aussi importants en fin de mandat. Mais la question du calendrier est la résultante en grande partie de l’institution du quinquennat en remplacement du septennat.

 

Nous sommes en fait, dans ce temps plus court, sans cesse en période électorale. Ce qui met en place une personnalisation poussée du débat politique. Il s’agit d’une profonde modification du rapport au temps politique.

 

En revenant sur la loi El Khomri, si nous étions dans un septennat nous aurions encore 3 ans devant nous et rien n’aurait la même signification. Je suis d’accord que la manière dont le texte a été amené est catastrophique, avec un grand manque de concertation.

 

Mais maintenant, il est devenu impossible d’afficher la réalité des objectifs, de rester solide sur des positions concrètes « droit dans ses bottes ».

 

Comme je l’ai dit tout à l’heure le texte a changé, il doit encore être amendé, mais les craintes et les interrogations, qui sont celles de la première mouture, restent et polluent le débat. Pour retrouver la sérénité et l’objectivité il faudrait purger le débat de tout ce qui a précédé et des postures des uns et des autres. Ce n’est plus possible, la réalité est perdue de vue et tout est devenu subjectif.

 

Personne ne dit réellement ce qu’il y a dans ce texte. Il a pour but de trouver une adéquation entre une indispensable souplesse pour les entreprises, surtout les plus petites, dans un monde économique bouleversé et une consolidation ou un développement des droits des salariés. Personne ne parle de ça.

 

On met en avant que ce texte doit créer de l’emploi, ce n’est pas cela. Même s’il peut y concourir, ce n’est pas sa finalité. On dit que le code du travail est un frein à l’embauche, là aussi c’est une sottise, sa finalité n’est pas du tout celle-ci, il n’a pas pour but de créer de l’emploi.

 

Qui débat des propositions de lutte contre les travailleurs détachés ?

 

Qui aborde le sujet du droit de déconnexion ? C’est un mode de fonctionnement, d’organisation qui met gravement en péril la santé et les droits des salariés.

 

Qui informe le public sur le compte personnel activité ? Qui explique de quoi il s’agit réellement ?

 

Encore une fois c’est le rôle du rapporteur d’aborder ces sujets de fond qui sont contenus dans le projet de loi.

 

Oui aux interrogations, oui aux questions qui se posent sur le fait que l’on privilégie les grandes entreprises au détriment de l’attention que l’on devrait porter aux petites qui sont créatrices d’emploi, non à la dérégulation du droit du travail. »

 

 

Montceau News : Votre circonscription est née d’une réforme qu’en 2010 Bruno Le Roux présentait comme « scandaleuse » et qui a amené la disparition de la circonscription dont le député sortant était Didier Mathus. Comment depuis 4 ans cette circonscription a-t-elle vécu ? A-t-elle une réelle homogénéité ? Y a-t-il eu osmose avec les habitants de l’ancienne circonscription ?

 

 

C. Sirugue : « Il y a des liens à compléter, à construire entre les deux bassins de la circonscription, entre le Grand Chalon et le bassin minier. Cette circonscription a été créée pour favoriser la victoire des candidats de la majorité nationale de 2010, la droite. C’est indéniable. Et je suis très inquiet de ce que la droite a fait depuis 2014. Elle a interrompu l’entente construite entre nos deux bassins, l’impérative cohérence et la complémentarité de nos territoires.

 

La droite Montcellienne joue un mauvais jeu dans le cadre des modifications de la carte de l’intercommunalité. Elle n’a pas pris en compte l’importance capitale du redécoupage. Pour moi il s’agit d’une vision étriquée ne tenant absolument pas compte des intérêts des territoires. Je note une absence de vision, de projet politique. Nous sommes là dans le déclaratif et les apparences, mais que font-ils concrètement pour tirer nos territoires vers le haut ? A la hauteur des enjeux qui s’offrent à nous.« 

 

Montceau News : d’accord, mais le Préfet a validé la carte, il a donc donné raison aux arguments présentés par les élus majoritaires.

 

C. Sirugue : « Le Préfet a tenu la position émise par la CDCI majoritairement à droite, donc il s’agit d’une position partisane. Le Préfet aurait pu interpeler la commission plus fort sur les conséquences d’un tel découpage. Mais ces Préfets qui passent empêchent souvent la mise en œuvre de solutions solides et pérennes. Il n’est pas nécessaire de rappeler le précédent de la communauté de communes du Mont Saint Vincent. »

 

 

Montceau News : Madame Le Maire, sa majorité avec elle, engage pleinement la ville dans la réalisation d’un centre pluridisciplinaire privé de santé, vous avez activement soutenu le projet d’un centre pluridisciplinaire de santé salarié, vous l’avez même fait avancer. La « gauche rassemblée » composant la plus importante des minorités du Conseil municipale émet de grosses réserves sur le dossier privé soutenu par la Ville : quelle est votre position en ce domaine ?

 

 

C. Sirugue : Il existe une réelle difficulté sur notre territoire en ce qui concerne la présence et le développement de la médecine de proximité. Donc tous les projets qui participent à apporter des solutions doivent être soutenus. Le projet de la CARMI est aussi une solution positive, audacieuse, mais je soutiens aussi la création du centre pluridisciplinaire privé. Mais attention, ce type de dossier doit reposer sur l’intérêt général pour aboutir et ne pas servir de faire valoir politique.

 

Je me souviens d’une réunion en mairie, la seule à laquelle j’ai été invité d’ailleurs, où le projet privé disposait de tous les praticiens mais manquait de locaux. 6 mois après la ville proposait des locaux semble-t-il adaptés, en présentant un projet d’après elle crédible, qui me laisse quand même dubitatif.

 

Je suis à la disposition de l’équipe municipale pour l’aider, mais depuis cette fameuse réunion je n’ai jamais été re-consulté. Sur le dossier CARMI par contre j’ai pu accompagner toute la démarche. Pour mobiliser tout le monde autour du projet faut-il encore qu’il soit clair. Mais moi je suis partant.« 

 

 

Propos recueillis pour Montceau News par Gilles Desnoix

 

 


C Sirugue 03 04 161

 

 

 

 



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5 commentaires sur “Interview de Christophe Sirugue (Politique)”

  1. talaouano dit :

    Dans le privé quand nous faisons des erreurs nous sommes immédiatement sanctionnés, pareil pour vous et votre gouvernement que vous soutenez, sanction aux prochaine législative et présidentielle, ne vous inquiétez pas , il y a votre ami Thevenoud qui revient en force avec son livre (quel honte) pour vous sauver, vous vous moquez trop du peuple, vous êtes a des années lumières de comprendre nos attentes…restez humble pendant le reste de votre fin de mandat merci.
    Vos priorités sont les noms des régions, la reforme de l’orthographe, la reforme de la loi du travail que même la droite dure n’aurait pas osé faire, la déchéance de nationalité…. et nous peuple nous disons quid du chômage, la misère social chez les jeunes et seniors….

  2. lenoir dit :

    le fameux mr thevenoud honte a la classe politique et ui ose dedicacer son livre a montceau

    • Daniel Z dit :

      Pour moi, Lenoir, oser écrire : «  »Il a pour but …. une consolidation ou un développement des droits des salariés » », c’est du même tonneau.

      A si, peut être dans un domaine :
      «  »La liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses, ne peut connaître de restrictions que si elles sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché. «  »

      Autant dire semer la pagaïe dans les entreprises.
      Un manque de clairvoyance, naïveté ou pire, un délire idéologique ?

      Pour gouverner, il faut des capacités afin de prévoir…..
      A défaut, reste le bricolage ; « on » lance des projets et quand « ça foire » « on » lance autre chose…..

      Dossier CARMI : question : une tentative pour sauver un régime condamné ?

      Amitiés

  3. sillabruno dit :

    « la question du calendrier est la résultante en grande partie de l’institution du quinquennat en remplacement du septennat… »
    Christophe Sirugue semble regretter le septennat présidentiel. N’oublions pas que lors du référendum sur le quinquennat présidentiel en septembre 2000, le socialiste Lionel Jospin, chef du gouvernement, s’était prononcé pour. Le Parti communiste français s’était prononcé contre.

  4. montcellienbis dit :

    M.Sirughe pas de problème dans peu de temps vous serez libre de travailler et vous serez sous la loi que vous osez défendre