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lundi 11 mai 2015 à 05:50

Herboristes : un métier (art) envoie de disparition ?

Tiens, je vais me payer une petite verveine.



 

 

 

Tiens, je vais me payer une petite verveine…

 

 

 

Les pubs qui pleuvent dans ma boite à lettre, ma boite à mails, ma boite vocale, ma boité à SMS et MMS m’incitent, me supplient presque, me culpabilisent aussi, surtout me montrent mon incompétence totale à vivre harmonieusement en bonne santé et donc à coûter moins cher à la collectivité.

 

 

 

 

 

Ces pubs fleurent bon parfois la lavande, la sauge, le thym. D’autres fois on vient vous parler de Thé vert qui qui augmente les dépenses énergétiques et aide à brûler les réserves de graisses, du konjac coupe-faim naturel très efficace, le jus de bouleau qui stimule l’élimination et le drainage des toxines.

 

 

Pour la circulation veineuse il y a la vigne rouge, le fragon, le cassis, le marron d’inde, l’hamamélis. Pour dyspepsie, saignements, traitement des rhumes prenez donc de l’achillée millefeuille, si vous avez des aigreurs avalez de l’Acore ça vous calmera l’estomac et stimulera vos sécrétions gastriques. Mais pour les diarrhées légères et les hémorroïdes, les jambes lourdes, les maux de bouche et de gorge, les pertes vaginales et les douleurs dentaires il y a la benoîte commune.

 

Les troubles digestifs et intestinaux se maîtrisent avec le charbon végétal.

 

 

 

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Et puis tout le monde vous assène ses productions, vous vante les mérites de ses gélules, de ses feuilles séchées, de ses décoctions, de ses huiles essentielles. Et il y a toujours un moine tibétain, un sage chinois, un chamane quelconque derrière des thérapies novatrices, des soins ancestraux mais révolutionnaires. Des masses de témoignages vous montrent les bienfaits de la nature et des plantes élevées, cueillies à la main, et préparées avec amour et science chez untel ou unetelle.

 

 

Du coup je me dis « mais que fais je pour moi ? Vaste question…

 

 

Dans mon petit coin, avec ma petite valise, enfin mon petit bagage, j’écoute, je lis, je regarde et perplexe je me demande de quoi qu’on me cause.

 

D’abord se soigner par les plantes c’est de la phytothérapie. Pour les béotiens comme moi, ça vient de Phyto (plantes) et de therapeía (soigner, cure).

 

Et ce n’est pas de maintenant. Avant les grands groupes pharmaceutiques qui inondent le monde de leurs médicaments, on se soignait naturellement. 3000 ans av. J.-C a été rédigé le premier texte connu sur la médecine par les plantes.

 

 

En France, la phytothérapie est une médecine, donc elle est soumise aux mêmes règles que l’Allopathie. Il convient de ne pas la confondre avec l’homéopathie, qui utilise aussi des plantes, mais pas pareil. Elle repose sur trois principes : la similitude, l’individualisation des cas et l’infinitésimal. Je suis adepte, mais là je vais prendre une aspirine.

 

 

Pour résumer il y a donc des phytothérapeutes et ils sont médecins généralistes ayant été formés à cette pratique. Mais ils ne font pas les médicaments, ils ne les préparent pas, vous ne sortez pas de chez eux avec un cornet plein de feuilles diverses et odorantes. Mais alors c’est qui qui les fait ? Hein, elle est bonne la question. C’est l’herboriste, non ?

 

 

Ben non ! Et si en même temps. Il faut être pharmacien pour « herboriser » ? Enfin il y a peut-être encore des herboristes ancienne méthode mais ils doivent être centenaires et « gatouiller » un peu. Donc il existe encore des herboristes qui fournissent les traitements concoctés par les Phytothérapeutes, mais ils sont forcément pharmaciens. C’est plus des petites vieilles qui vont à la pleine lune recherches les simples.

 

 

Mais pourquoi les herboristes ont-ils disparus, mais pourquoi faut être pharmacien et en fait c’est quoi être herboriste. Et le gars qui fait la gentiane, la verte, la jaune, il est herboriste lui ?

 

 

Et ben non, d’abord c’est un moine, en fait deux, et ils sont distillateurs et liquoristes. Ils emploient 180 plantes dans une recette encore secrète pour distiller leur « liqueur de santé ». Tiens au fait, 193 plantes font l’objet d’une liste donnant aux seuls pharmaciens le droit de les vendre.

 

 

Donc c’est quoi un herboriste ? Un gars, une fille qui a fait des études de pharmacien, qui est établi dans une officine et qui est le digne héritier d’une longue lignée.

 

 

Tenez-vous bien, si l’herboristerie existe depuis la plus haute antiquité, voire même depuis la préhistoire, c’est seulement (enfin il s’agit d’une figure de style) en 1312 que le métier a été reconnu et au 15ème siècle la corporation des herboristes.

 

A partir de là tout va mal avec les apothicaires (ancêtres des pharmaciens) qui veulent la suppression de l’herboriste et autres charlatans. On y va à coup de procès et de buchers. Dans ce temps-là on ne plaisantait pas avec les décoctions.

 

 

 

A partir de 1778 il existe en France un diplôme d’herboriste. Du côté des potards on fulmine, on ronge son bâton de Zan, on a le caducée qui se hérisse. Ça fait maintenant plus de quatre siècles que les apothicaires devenus depuis un an pharmaciens (1777) veulent foutre le feu aux herbes sèches pour en être débarrassés. Mieux, en 1927, l’école nationale d’herboristerie de Paris est créée. Là le mortier est plein, la cornue déborde, va falloir une vraie saignée pour guérir le malade.

 

 

 

Il est parfaitement inadmissible pour les « rince-fioles » qu’un autre qu’eux tienne une officine, puisse y vendre des plantes ainsi que des mélanges et des préparations à base de plantes et surtout définir et inscrire la posologie.

 

 

 

Alors, enfin, par des temps troublés, dans des circonstances exceptionnelles, sous de funestes auspices, enfin six siècles plus tard la coupe d’Hygie (insigne des pharmaciens) supplante le caducée à feuilles. En créant le Conseil supérieur de la pharmacie, l’Etat français, dans le cadre de sa révolution nationale, supprime purement et simplement la profession d’herboriste. Voilà la messe est dite, on range son herbier et on passe les diplômes.

 

 

Le gouvernement provisoire de la république française, en 1945, a supprimé les corporations, créé l’ordre national des pharmaciens en conservant le Conseil supérieur de la pharmacie et acté la disparition des herboristes. Seuls les herboristes diplômés d’avant 1941 pouvaient continuer à exercer leur métier. Ce qui fait qu’en 2011 il ne restait plus qu’un herboriste âgé il est vrai de 91 ans. Exerçait-il encore ?

 

 

 

De nos jours, là maintenant, tout de suite, là, il existe un mouvement vigoureux pour recréer la profession d’herboriste en France. En Belgique et au Canada l’herboristerie est un vrai métier, avec université ou écoles spécialisées.

 

 

L’Europe avec son sens inné de ce qu’il faut faire pour complaire au lobby des laboratoires pharmaceutique et de la chimie a décidé en 2011 de donner un coup de plus à l’herboristerie en soumettant les produits à base de plantes au même régime que les médicaments conventionnels.

 

 

D’abord autorisation de mise sur le marché (AMM), puis passage devant l’Agence européenne des médicaments. En plus il faut que ces produits démontrent qu’ils sont efficaces, sûrs, et correspondent à un usage médical établi.

 

 

Elles doivent être très efficaces ces petites plantes pour que tout le monde depuis si longtemps leur en veuille à ce point. Mais bon, je vais quand même me faire une petite verveine.

 

 

Gilles Desnoix

 

 


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Un commentaire sur “Herboristes : un métier (art) envoie de disparition ?”

  1. Nonmerci dit :

    Bravo pour cet article Mr G Desnoix,et tous en général. Ils sont plein de bons sens.
    Nous nous faisons des tisanes avec de la verveine et de la menthe fraîchement cueillie,ça a un autre goût !
    Comme vous êtes sympa,un petit truc : la ciboulette se met en fleur en ce moment,prenez-en une tête que vous égrènerez sur vos salades ou crudités.