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dimanche 30 juillet 2017 à 06:37

La vie peu commune de Guy Mezery (Blanzy)

Episode 3



 

 

 

 

 

Voici le 3e épisode d’une partie de la vie pas banale de Guy Mezery. Une vie passée à s’efforcer d’être un homme comme les autres, reconnu et aimé malgré l’abandon, la famille d’accueil, le foyer… Une vie qu’il a couchée sur le papier, pour ses descendants.

 

 

 

« Emmène ton bâtard, je ne veux pas le voir ! »

 

 

 

Force est de constater que Guy Mezery n’a pas eu une enfance facile. Et qu’il n’a pas été particulièrement choyé, non plus. Ni par sa mère, ni par sa grand-mère, Eugénie. Cette dernière n’avait-elle-pas eu cette phrase destructrice, lorsque la jeune Andrée-Marie lui a présenté son fils Guy : « Emmène ton bâtard, je ne veux pas le voir ! ». Difficile d’être reconnu et aimé dans ces conditions !

 

 

 

On comprend mieux sa motivation à se démarquer, à briller et à être encore plus « extraordinaire » que tout un chacun. Tout au long de sa vie personnelle et professionnelle, Guy Mezery n’a eu de cesse d’exister, d’être un homme comme les autres. Et il se trouve qu’il a plutôt bien réussi.

 

 

Bon ! En même temps, la grand-mère Eugénie en a avalé aussi, des couleuvres, hein ! Tiens, un exemple : pendant qu’elle accouchait, son mari n’avait rien trouvé de mieux que de faire des galipettes avec Gisèle, la fille qu’elle avait eue avec Arsène Mezery.

 

 

Ça va ? Vous suivez toujours ? Bien….

 

 

 

Matricule 275243.

 

 

 

Mais revenons un instant sur le fameux carnet de pupille de l’assistance. Le témoin de la vie de Guy, de sa naissance à ses 18 ans. Indispensable pour grapiller quelques bribes de son histoire (surtout lorsque l’on devient parent à son tour). « Mais vraiment que des bribes » dira le principal intéressé. Précisant « qu’il ne lui apprend pas grand-chose de ses origines ».

 

 

En fait, Guy Mézery a eu non pas un, mais deux carnets. Il a été admis une première fois en juin 1946 comme pupille de l’assistance, puis récupéré par sa mère en février 1947, pour y revenir définitivement le 8 mars 1948.

 

 

Tout d’abord enregistré dans la catégorie « RT » (recueilli temporairement) à compter du 8 mars 1948, le 10 août 1957, la catégorie est muée en « A ». Abandonné… Guy devient alors le matricule 275243.

 

 

 

L’explication est la suivante : en 1957, sa mère entame des démarches d’abandon de ses enfants. Car l’administration, écoutant les arguments de la très bienveillante institutrice Melle Chauve, avait fait pression sur la mère de Guy, la poussant à abandonner les enfants, pour donner plus de chance à celui-ci d’intégrer une école militaire.

 

 

 

Emancipé par le mariage

 

 

 

Dix huit ans et un mois… Emancipé par le mariage, le jeune Guy devient chef de famille. Quand il promène sa fille Isabelle dans son landau, « le roi n’est pas son cousin » dit-il. De quoi faire pâlir ses anciens amis du foyer de Vaugirard. Qui jalousaient sa liberté et son air heureux…

 

 

Avec beaucoup d’humour, Guy raconte qu’en mai 1964, l’armée française « l’invite à passer quelques temps en sa compagnie ». Le deuxième bébé est en route, et fier comme un jeune coq, le futur papa se présente confiant, devant les autorités militaires, persuadé qu’il allait être dispensé de service militaire. Las ! Guy devra faire 12 mois au lieu de 16, sur la base aérienne de Creil, dans l’Oise.

 

 

Il sera affecté à la tour de contrôle comme aide-secrétaire, puis comme barman, préposé aux balises de secours, puis téléphoniste en salle d’approche, chauffeur…

Rien de bien pénible puisque Guy compare cette période à « neuf mois de colonie de vacances ».

 

 

Retour à la vie civile

 

 

 

Après la récréation, retour à la vie civile, avec la reprise pour Guy Mezery, de son poste de rectifieur à la SNECMA, à Boulogne-Billancourt. Vous savez, vers les studios de cinéma et de télé ! Déménagement à Sainte-Geneviève des Bois où là, c’est le grand luxe pour la petite famille, qui s’est agrandie avec la naissance de Marc, en novembre 1966. Bel appartement, voiture, garage, télévision (en noir et blanc) réfrigérateur, machine à laver… Bref ! Le bonheur…

 

 

 

Devenu syndicaliste (CGT), Guy et ses camarades entament une grève pour obtenir une augmentation. Ils tiendront cinq semaines et obtiendront 17% d’augmentation ! Une grève qui a pesé lourd dans la balance en 1969, puisque l’homme n’a pas été retenu pour un poste de metteur au point sur réacteur. Et ce, malgré un stage et un concours final. Les chefs ont la mémoire longue… Surtout le chef Cadot… qui n’en était pas un (de cadeau). Bye-bye la SNECMA…

 

 

Mieux au travail qu’à la maison

 

 

 

Trois heures dans les transports, huit heures à l’usine. Guy change plusieurs fois d’employeur. La famille se retrouve à Bourges en 1973. A la maison, lasse d’attendre son homme, Madame s’ennuie et comprend très vite que Guy se sent mieux au travail avec l’arrivée d’une nouvelle secrétaire, qu’avec elle à la maison ! Il faut dire que ladite secrétaire est pétillante, pleine d’énergie et qu’elle ressemble à Romy Schneider adolescente ! Le mariage va rapidement prendre l’eau…

 

 

Tant et si bien que l’épouse regagne Paris, mettant fin à dix ans de vie conjugale et de sacrifices divers, pour construire enfin une vraie famille. Mais les trois enfants sont restés près de leur père à Bourges.

 

 

 

Fils attentionné malgré l’abandon

 

 

Un père qui n’a pas tardé à refaire sa vie avec la jeune secrétaire, maman d’une fille née d’un premier mariage. « Courageuse au point de s’encombrer d’un bonhomme ayant déjà trois gamins » dit-il. Et qui plus est, capable en quelques coups de fil, de retrouver…la mère de Guy ! Qui lui, n’en éprouvait pas plus le besoin que cela… Il a 30 ans et d’autres chats à fouetter.

 

 

 

Pourtant, pendant les trente années suivantes, il entretiendra une relation fils-mère quasi normale, comme si l’abandon, la famille d’accueil, n’avaient jamais existé. « Un fils attentionné qui n’a jamais oublié un anniversaire, ni une fête des mères » dira Guy.

 

 

 

Il a reçu sa mère chez lui et l’a traitée « comme une reine ». En 2005, il lui propose de venir vivre dans sa maison, dans l’appartement du rez-de-chaussée. Mais Andrée-Marie, qui a maintenant 80 ans, refuse et préfère rester dans son appartement au 3e étage de Maisons- Alfort. « Peut-être a-t-elle eu peur d’être obligée de dévoiler tous ses secrets ! » suppute Guy.

 

 

 

De ce jour, les relations entre la mère et le fils se sont interrompues aussi vite qu’elles s’étaient nouées. Andrée-Marie est décédée en 2016, dans un établissement pour personnes âgées, dans l’indifférence la plus totale.

 

 

1978, l’année de tous les changements

 

 

Juin 1978, Guy divorce de sa première épouse et passe à nouveau devant M. le maire en…août de la même année. En septembre, il intègre l’usine Michelin de Clermont-Ferrand. Il ne le sait pas encore, mais il y restera 27 ans.

 

 

A suivre…

 

 

ND

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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