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mardi 8 décembre 2015 à 17:05

Vers la municipalisation du refus du droit d’asile ? (Chalon-sur-Saône)

Communiqué de François Portefaix



Un communiqué et une photo qui nous ont été envoyés :

 

« Nous sommes nombreux à dénoncer depuis longtemps les attaques répétées contre le droit d’asile auxquelles se livrent les gouvernements de droite comme de gauche chez nous depuis des années, et dont la réforme de l’asile votée récemment est le dernier avatar. Mais une nouveauté remarquable nous semble être la prise de position récente de M.le Maire de Chalon Sur Saône dans les colonnes du quotidien départemental  du 3/12/2015.

 

Instruit sans doute par l’exemple récent de sa collègue de Montceau-Les-Mines fin octobre dernier, et stimulé par l’approche des élections régionales, M.le Maire y déclare pour commencer « s’opposer avec force à la venue et à l’installation de nouveaux déboutés du droit d’asile dans notre commune » en provenance de Calais. Première surprise : M. le Maire de Chalon Sur Saône semble ne pas bien savoir que les réfugiés que le gouvernement français essaie actuellement de refouler loin de Calais (et par des moyens attentatoires à leurs droits, largement mis en cause ces derniers temps par la Cimade, les organisations membres de l’Observatoire de l’Enfermement des Etrangers, et jusqu’à la Contrôleuse des Lieux d’Enfermement elle-même) ne sont pas simplement des déboutés : ce sont surtout des réfugiés qui essaient de gagner l’Angleterre pour y demander l’asile, et qui se retrouvent bloqués à Calais. Nous conseillons d’ores et déjà à M.le Maire de Chalon Sur Saône de se renseigner plus précisément sur le statut exact des gens de Calais dont il parle.

 

Reprenons le propos de M.le Maire. Il argue de la présence d’un trop grand nombre de déboutés du droit d’asile à Chalon, déboutés « qui ont vocation » à quitter notre territoire, reprenant ainsi au passage le tic de langage bien connu de M.Valls quand ce dernier s’exprime sur le même sujet, et que M.le Maire semble accuser quand même implicitement de ne pas faire son travail en n’expulsant pas assez. Qu’il se rassure : M.Valls fait des efforts pour être encore plus « républicain », et l’Etat d’Urgence va lui rendre la tâche bien plus aisée. Peu importe que ces déboutés ne puissent en aucune façon revenir dans les pays qu’ils ont fuis – sinon au péril de leur vie – pays dont le gouvernement français fait semblant d’ignorer ce qui s’y passe vraiment et force les gens à fuir.

 

M.le Maire continue en déclarant que « ces nouveaux irréguliers (re-sic) venus de Calais n’offrent pas de garanties suffisantes d’intégration sur notre sol ». Outre que l’on se demande ce que M.le Maire de Chalon Sur Saône peut bien en connaître vraiment, pourquoi des Syriens, Irakiens, Erythréens et Afghans fuyant les horreurs de leurs pays en guerre, ne s’intégreraient-ils pas en France ? Nous sommes frappés encore une fois de la similitude de ses propos avec ce qu’il n’y a pas si longtemps, M.Valls a osé proférer sur l’inaptitude des Rroms à s’intégrer chez nous….

 

Mais arrivons-en au meilleur. Tout soudain, à la ligne et la main sur le cœur, M.le Maire de Chalon Sur Saône déclare que « [Sa] mission est de protéger les chalonnaises et les chalonnais contre la constitution de ‘centres d’hébergement’ sur le territoire communal ». Et ce petit bijou : « Chalon Sur Saône n’a pas vocation (re-sic) à devenir une zone de non-droit ».

 

Rappelons ici à M.le Maire de Chalon Sur Saône que la France est signataire de la Convention de Genève sur les Réfugiés en date de 1951 ; que cette Convention stipule que les demandeurs d’asile ont un droit absolu à un accueil digne, qui leur permette de présenter leur demande d’asile dans des conditions acceptables du point de vue de leurs droits au logement, à la santé et à l’éducation ; et que si les réfugiés de Calais susceptibles de venir ici sont bien des demandeurs d’asile, ils relèvent de cette convention. M.le Maire de Chalon Sur Saône essaie donc de surfer sur les peurs ambiantes pour gratter quelques voix. Son devoir est pourtant de respecter le droit d’asile, inscrit dans la constitution. Et puisqu’il parle du droit, autant qu’il reconnaisse un des plus importants de nos droits démocratiques, le droit d’asile, et l’ensemble de ses implications en matière d’accueil. Nous lui conseillons de montrer l’exemple de la lutte contre le non-droit en respectant lui-même le droit d’asile.

 

Mais ne soyons pas médisants. M.le Maire de Chalon Sur Saône veut bien accueillir « deux ou trois familles au plus » de réfugiés de guerre qui pourraient être hébergés à Chalon, et dont il entend d’ailleurs – sans rire – contrôler « les conditions d’entrée en France ». Un visa de l’Ambassade de France à Damas, à Bagdad, à Asmara ou à Kaboul sera-t-il exigé ? Ah M.le Maire de Chalon Sur Saône est vraiment trop généreux !

 

M.le Maire devrait pourtant comprendre une réalité très simple. A Chalon, les déboutés dont il parle sont nos voisins, leurs enfants sont les camarades de nos enfants, ils participent à la vie associative de la ville et sont présents dans toutes sortes d’activités avec nous et nos enfants: dans les chorales, les orchestres, les associations sportives, artistiques, culturelles, etc. ! A l’école, les enseignants louent la plupart du temps la motivation, la réussite de leurs enfants, et l’attention que portent leurs parents à leur réussite scolaire. Où est la soit-disant « menace » sur l’ordre public qu’ils feraient peser sur nous ?

 

Nous devons refuser avec la dernière fermeté les discours de ce type, qui veulent semer la peur, dresser les gens les uns contre les autres, et exciter la haine contre les étrangers. Comme toute politique de stigmatisation et de rejet, qu’elle soit de droite ou « de gauche », les propos tenus en ce sens aboutissent en fin de compte à renforcer le pire de la tradition politique de notre pays, comme on le voit bien en ce moment.

 

Au contraire : réaffirmons notre volonté de vivre dans une ville ouverte, accueillante aux étrangers qui fuient la misère, la guerre, les mafias au pouvoir, exactement comme nous le ferions si nous étions dans leur situation. Contre tous les discours rancis et les pratiques qui les visent, en France comme dans toute l’Europe, soyons solidaires d’eux, refusons résolument l’expulsion de celles et ceux qui sont déjà ici et exigeons leur régularisation, accueillons dignement celles et ceux qui arrivent.

 

Tous sont notre avenir.

 

 

François Portefaix

 

Chalon-sur-Saône 

 

Et la photo dont nous parlons plus haut :

 

MANIF 09 12 15

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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5 commentaires sur “Vers la municipalisation du refus du droit d’asile ? (Chalon-sur-Saône)”

  1. scania dit :

    C est bien de défiler dans la rue ( peut etre un jour de classe qui a ainsi été zappé ) mais il vaut encore mieux remuer son cul le dimanche et aller voter pour defendre ses idées .

  2. montcellienbis dit :

    Toute cette populace qui défile derrière cette belle banderole , proposons leur de prendre chez eux dans leur famille un migrant , pour le secourir , le loger , le nourrir , l’habiller , lui trouver un travail voila ce qui serait œuvre charitable gueuler en défilant n’apporte rien alors qu’en pensez vous , les bonnes âmes de Chalon ?
    jcrey