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" Pour mon compte je rentrais du
régiment, après un an passé en Afrique du Nord, j’avais repris mon job de
sidérurgiste et pour la première fois j’ai eu le DROIT de m’exprimer sur nos
conditions de travail, j’ai même rencontré mon PATRON, je lui ai même parlé
en tête à tête, quel exploit !
Je suis allé quelques jours à Paris voir sur place comment ça se passait,
j’ai rencontré des étudiants au Quartier Latin qui considéraient les «
ouvriers » comme leurs égaux, comme des gens responsables et ayant quelque
chose à dire. Même les hommes en bleu de chauffe existaient.
Aux accords de Grenelle, nous avons obtenu des augmentations de salaire
substantielles, pour nous qui travaillions 56 heures, nous avons eu droit à
des jours de récup (re-baptisés RTT au 21è siècle) dont nous n’avons que
très peu disposé avant 1972, année des grandes grèves de la sidérurgie. Déjà
ce qu’on avait reçu d’une main était repris de l’autre (aujourd’hui devenu
monétisation des RTT).
Et puis aussi l’expression syndicale plus libre, la chasse aux sorcières
était provisoirement suspendue.
Pour nous les jeunes, les filles de notre âge ne seraient plus des femmes de
ménage, mais des collègues de travail égales, situation inacceptable et
jamais acceptée par le noyau dur du patronat.
Quarante ans après, en quelques mois nous nous retrouvons comme en avril 68,
tout est remis en cause, voire complètement disparu.
On propose par exemple des concertations sur le code du travail
inacceptables, avec une date pour aboutir à un accord, sinon Mr le Président
légiférera.
Seulement aujourd’hui nous sommes dans l’incapacité de réagir, la plus
grande partie des forces vives de production ayant été délocalisées. Qui, à
part les transports publics ou privés peuvent « bloquer » tout le territoire
? Que pourront faire les étudiants avec des universités chaperonnées par les
industrielles qui feront leur « marché » en fonction de la docilité du
diplômé ?
Pendant un mois le pot de terre a fait trembler la bourgeoisie, qui avec
patience et l’aide du Général De Gaulle, fort de l’appui tacite du Général
Massu et de l’armée, a repris les rênes et ne les relâchera pas avant très
longtemps ".
Michel Rat
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