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mercredi 30 septembre 2015 à 06:15

Du côté de la librairie…

Envie de lire… des destins



 

 

Bien sûr, chaque livre parle d’un destin. Peut-être que ceux qui suivent le font plus que d’autres, sous forme de romans ou de témoignages. Certains sont brillants, d’autres révoltants. A vous de voir…

 

 

 

 

 

 

Poignant témoignage que celui de Frédéric Bardé, atteint de SLA, plus connue sous le nom de maladie de Charcot. Rapidement, cet homme va voir sa santé se dégrader, sans espoir de guérison ou même d’amélioration. Au fil des pages, nous suivons la perte progressive de son autonomie, mais également toute la réflexion qui l’accompagne. Passionné de lectures, et au fur et à mesure qu’il lui devient impossible de même tourner les pages, il va livrer dans ce livre ses réflexion sur ceux qui le font vibrer. On ressent cette passion qui lui permet de tenir encore debout, de réfléchir, de se questionner sur ce que sera la suite. Sans misérabilisme, il raconte cette énergie physique qui le fuit en même temps que son énergie mentale prend de plus en plus de place. Admirable.

 

 

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Frédéric Badré. La grande santé. Paris : Seuil, 2015. 195 p. 17.50 €

 

 

 

Drôle de composition que celle de Wladimir Kaminer. Sorte d’OVNI de la rentrée littéraire, Russensiko dévoile les arrière-cours de Berlin au lendemain (et surlendemain !) de la chute du mur. Juif russe, il traverse la frontière dans les années 90 et découvre un monde d’immigrés tous plus farfelus et improbables les uns que les autres. La partie Ouest de la ville accueille une faune bigarrée et cosmopolite, vouée à la débrouille, dans une ville en mouvement. Etrange succession de portraits traités de manière humoristique, cet ouvrage donne une lecture bien étrange mais assez truculente d’une ville dont on ne perçoit pas vraiment les contours, mais qui foisonne de personnages capables de s’adapter à tout. Une bonne dose de dérision autour de l’ère soviétique et de l’intégration allemande !

 

 

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Wladimir Kaminer. Russendisko Paris : Gaïa, 2015. 155 p. 16 €

 

 

 

Autre époque et autre style, nous voici partis en 1905 sur les traces de Claire, fille d’un maître papetier. Celle-ci a accueilli Faustine, orpheline de mère, qui lui a été confiée par son père, Jean, dont elle est secrètement amoureuse. Celui-ci réapparait au bras d’une femme tapageuse qui souhaite récupérer la fillette. Mais Claire, qui s’y est attachée, ne l’entend pas de cette oreille. Dans ce second opus qui suit « Le moulin du loup », Marie-Bernadette Dupuy nous conduit, à son habitude, dans ces terres de France du siècle dernier pleines d’âpreté. Mêlant habilement les descriptions sur les modes de vie de la famille et la poursuite des aventures de Claire et de Jean, elle décrit également les changements qui vont commencer à bouleverser cette époque, comme l’arrivée de l’automobile. Les drames de la vie, la guerre, les difficultés du métier de papetier (très bien décrit) font partie intégrante de cette saga familiale qui fait la part belle à l’évolution de la femme. Une lecture parfaite pour les férues de lecture du terroir.

 

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Marie-Bernadette Dupuy. Le chemin des falaises. Paris : Presses de la Cité, 2015. Coll. Terres de France. 603 p. 13.50 €

 

 

 

Roman léger que celui proposé par Corinne Javelaud. Nous y découvrons Anaïs Gersaud, jeune veuve qui, au début des années folles, vient d’hériter de la Villa Saphir et rencontre un séduisant peintre américain, James Ingram. Mais l’histoire n’est pas simple : la jeune femme se débat entre les interrogations qui persistent autour du décès de son mari, et le fait qu’elle ne connaisse pas son propre père. Quittant le vignoble familial de Cognac, elle va traverser l’Atlantique afin de tenter de dénouer les secrets qui l’entourent. Une lecture légère, sans prétention, bien écrite.

 

 

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Corinne Javelaud. La dame de la Villa Saphir. Paris : Roman City, 2015.  240 p. 18 €

 

 

 

Après la région de Cognac, la proposition suivante nous entraîne au Havre, dans les années 40. William Perrin, futur grand bandit se fait les dents en commettant des vols, puis devient proxénète à 15 ans en proposant des filles aux militaires du Débarquement. De braquages en pillage de coffre, le Français va détrousser nombres de banques et de magasins avant de quitter la France dans les années 60 où il sera l’un des protagonistes de la French Connection. Passant du trafic de stupéfiants aux casses, il sera arrêté plusieurs fois sur les deux continents.

 

 

Que penser d’un tel livre ? Bien sûr, on peut se divertir de lire les rocambolesques « aventures » d’un voyou que l’on pourrait coller dans un bon film d’action… Mais cet homme a agressé, volé, dealé, et très probablement conduit de nombreux jeunes sur des pentes dangereuses, voire mortelles. Faire l’apologie du vol, vanter l’intérêt du crime m’a mis vraiment mal à l’aise. Quand je lis « Le luxe, quand t’es né dans la zone, c’est de ne pas être obligé de travailler pour gagner des figues et être raide tout le temps », ça me hérisse le poil et me semble irrespectueux des efforts que font tant de personnes pour s’en sortit. Alors M. Perrin, faites-moi plaisir : dites-nous donc si vous allez vivre vos derniers jours avec les droits d’auteur de ce « livre » ? Ce serait dommage de rentrer dans ce système que vous dénoncez et détruisez depuis si longtemps…

 

 

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William Perrin avec Frédéric Ploquin. Mémoires d’un vrai voyou. Paris : Fayard, 2015. 327 p. 18.80 €

 

 

Et pour terminer, ressorti des piles de service de presse, « L’ancêtre en solitude » m’a apporté un très beau moment de lecture. Au milieu du 19è siècle, Louise est achetée par la veuve d’un planteur guadeloupéen. Sa fille, Hortensia, n’est plus sensée être esclave puisque l’abolition est passée par là, mais le quotidien reste immuable. Plus tard arrive Mariotte, qui deviendra narratrice de ce récit. Etrange ballet de femmes esclaves vivant un quotidien infâmant où elles ont une place à la fois centrale, mais aussi accessoire si on reste sur les critères de l’époque. Mêlant réalisme, poésie, sortilège et conte, l’auteure nous narre cette vie créole pleine de couleurs, qui côtoie la condition humaine dans toute sa laideur. Emouvant et poétique.

 

 

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Simone et André Schwarz-Bart. L’ancêtre en solitude. Paris : Seuil, 2015. 230 p. 18 €

 

 

 

 

 

 

 



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