400 Choristes, une centaine de musiciens au Gymnase Jean Bouveri (Montceau-les-Mines)
Dogora déploie son univers
Montceau peut être fier d’accueillir un homme de cette trempe, de ce niveau.
Quelque part Etienne Perruchon c’est JRR Tolkien, Frank Herbert, Isaac Asimov, Daniel Tammet, Robin Milner, Robert Heinlein, etc… Mais c’est aussi chacun de nous adolescent ou très jeune qui forcément invente des récits post apocalyptiques, post révolution.
Mais les Dogoriens ne sont pas des hobbits. Ils sont l’autre image du miroir de nous-mêmes. La sublime intelligence de ce récit, de cette œuvre musicale, de cette œuvre chorale, c’est qu’elle est basée sur une transposition de l’indicible, que les bourreaux furent des enfants et que ce sont eux qui charpentent le chant et passent en quelque sorte le relais aux adultes. Ils sont la fin d’un monde et l’avenir du nouveau.
Là il faut une once de clarification.
Un jour Etienne Perruchon travaillait sur des poèmes de Peter Turini qu’il devait mettre en musique. Il disposait de la musique mais pas des textes. C’est le syndrome de Strawberry Fields Forever de Beatles.
Mais Perruchon c’est de la même étoffe que Tolkien, Jules Verne. Il ne fait pas que du grommelo en inventant le brozzof rebaptisé Dogorien, il invente une histoire, une mythologie, que dis-je un univers. Sans univers pas de langage, sans langage pas d’histoire, mais sans les deux autres pas de langage. Je vous ai donné la recette à vous maintenant…
Quelque part, un fondu, un imaginatif à l’état natif, tombe sous le charme de cette œuvre et de tout ce qu’elle véhicule de transcendantal. S’il y a bien un grand malade sur terre capable de vous transcender quelque chose c’est Patrice Leconte.
Cet homme est le frangin blagueur des Bronzés, le mari de la coiffeuse, le père de la fille sur le pont, l’avocat de Monsieur Hire, l’officiant de la Veuve de Saint Pierre.
Et puis il y a les collaborations avec Etienne Perruchon sur certains films comme les Bronzés 3 et le sublime, l’envoutant et le « glaçamment » onirique « Dogora : Ouvrons les yeux ».
C’est un voyage à fleur de peau et d’œil, comme un codicille de Bophana de Rithy Panh, La Déchirure de Roland Joffé, Cambodge-Les clés d’un Royaume d’ Emmanuel Braquet.
Etienne Perruchon avait écrit une pièce de 28 minutes, pour le film de Patrick Leconte il a dû lui donner une autre ampleur, sublimer son imagination et ainsi, sans rien perdre de la substantifique moelle arriver à une œuvre envoutante de 70 minutes.
21 chants équilibrés pour lesquels le « nez » musical a composé un parfum aux touches de Chostakovitch, Prokofiev, Éric Satie, Gershwin, Jean Sibelius, Edward Benjamin Britten et Indochine. (Peut être une touche folk, mais rien…un soupçon)
Et cet homme, pour lequel j’ai pris deux minutes afin de vous le présenter, est là ce soir dans les gradins du Gymnase Jean Bouveri.
Et la salle est pleine à craquer (en fait dehors les craquements entendus c’est le tonnerre qui s’en donne à cœur joie, la pluie qui mitraille la toiture). Les élus sont nombreux parmi l’assistance. Nous distinguons au premier rang Jocelyne Buchalik, Marie Claude Jarrot, Christiane Mathos, Marie Thérèse Frizot, Marie Noëlle Frizot, Marie Odile Rames.
Avant que le voyage commence ce ne sont pas les hôtesses qui viennent indiquer où sont les sorties de secours ou sous quel siège se trouve le gilet de sauvetage collectif, mais Jocelyne Buchalik, Marie Claude Jarrot, Christiane Mathos.
Jocelyne Buchalik nous vous avons fait part de sa joie profonde, intrinsèquement et culturellement, musicophilement sincère. Madame le Maire est plus littéraire et plus picaresque peut être. (Au sens de transgressivité de l’histoire comme l’ont fait Perruchon et Leconte). Elle parle de l’immersion dans un monde extraordinaire qu’il faut quelque part être fou pour l’avoir imaginé et écrit tant au sens musical que sémiologique.
« La bonne musique ne se trompe pas, elle vient du fond du cœur, pour permettre à chacun d’y trouver chagrin, bonheur et joie. C’est une fête de la musique avant l’heure, une fête du bonheur, /… C’est une démarche collective partagée en associant tous les talents musicaux, et ceux des choristes et des solistes, ./… un échange avec le goût de construire des choses ensemble, surtout des choses inatteignables. »
400 Choristes, une centaine de musiciens, de voix solistes sublimes, d’intervenants et des narrateurs bluffants. Le public de Jean Bouveri a reçu le même choc que des dizaines de milliers de gens ont reçu depuis 12 ans (en version longue). Des milliers de voix ont chanté les 21 chants dans la France entière. Jusqu’à l’éther de Dogora ?
Cette œuvre possède originellement cette particularité qu’elle a fait le lien entre deux siècles, deux millénaires. Elle a été composée en 199/2000 et a trouvé sa vie, son foisonnement, ses métamorphoses, son auto génération, dans ce 21ème siècle et troisième millénaire naissants.
Ce sera un concert qui fera date dans la vie culturelle Montcellienne, le public a apprécié et se souviendra. Voilà une sélection ambitieuse et audacieuse. Et même si le Gymnase n’est pas l’endroit le plus adéquat pour goûter une œuvre de cette qualité et au besoin d’acoustique absolue, ce fut un réel et franc succès.
Et ce qui fait énormément plaisir c’est la diversité du public par sa composition sociologique que par ses tranches d’âges.
Et si le Dogorien était plus universel que le Volapuk et /ou l’espéranto ?
Cette langue, car s’en est une, offre aux chanteurs et aux auditeurs de toutes confessions et de toutes cultures la possibilité, ante babélienne, de mettre un sens personnel et universel aux 21 chants. C’est un discours cohérent qui se dégage de la construction des refrains, des couplets, des leitmotive, des images musicales aussi, revenant comme des mots-clés des 3 niveaux de tout langage lexique/syntaxe/sémantique. L’oreille enregistre ainsi un discours audible, déchiffrable et porteur de sens : le Dogorien
Et si seules la musique et la voix humaine pouvait exorciser nos propres démons ?
Pour ceux qui veulent faire jouer la persistance auditive il y a le CD et rétinienne le DVD. Vous connaissez la formule « chez tous les bons disquaires et bonnes Vidéothèques »
Vous n’êtes pas venu, parce qu’il y avait foot, théâtre ou n’importe quoi à la télé, vous aviez peur de l’orage (ô désespoir !) ? Tant pis pour vous… vous avez manqué une soirée de très haute qualité.
Gilles Desnoix
9 commentaires sur “400 Choristes, une centaine de musiciens au Gymnase Jean Bouveri (Montceau-les-Mines)”
Existe-t-il une personne en France qui soit d’accord pour dire que cette musique n’est pas si géniale que cela…..?
Ce genre de musique n’est effectivement pas dite « musique savante » mais à au moins le mérite de rassembler des spectateurs qui ne seraient jamais aller dans un concert classique. L’occasion aussi de permettre à des élèves de pouvoir s’exprimer avec leurs instruments et d’être mis en valeur pour la première fois au sein d’un orchestre symphonique. Et enfin à de permettre à des enfants de découvrir de vrais instruments comme la harpe, la contrebasse, le cor anglais… quel bonheur de voir leurs yeux pétiller. Dans tout projet il y a toujours des détracteurs…. plus facile de ne rien faire….
Tout ce que vous dites là, et que je partage, on peut aussi le faire avec de la « vraie » musique, comme les carmina burana (cf le spectacle « j’avais 10 ans » donné à Montceau il y a un certain temps. Ce qui serait bien mieux, n’est-ce pas?
Pour ma part je ne me permettrais pas de juger de ce qui relève de « vraie » ou « fausse » musique. Je pense que « La MUSIQUE » est universelle et qu’elle est faite pour partager et faire partager des émotions. Je respecte vos goûts musicaux et j’apprécie aussi les carmina, Carmen de Bizet, la 5ème de Beethoven, le requiem de Mozart, Pierre Boulez, Queen, les Rolling stones, ….. Quel est le vrai du faux? Pour certains de ces compositeurs, n’ont ils pas eu eux aussi leur lot de critiques à leur époque? Et très sincèrement, je ne pense pas que les Carmina Burana soient réalisables avec des élèves de primaires pour les choeurs et de jeunes musiciens pour les solos d’orchestre même avec la bonne volonté de leurs professeurs, chose que permet la musique de Perruchon, de plus avec environ 1500 spectateurs pour les deux concerts.
Alors je vous invite comme je l’ai fait à suivre les cours de la Schola Cantorum, et là, vous saurez faire la différence entre « le bon grain de l’ivraie ».
Et « el sistema » au Vénézuela a prouvé que des enfants de 10 ans étaient en mesure d’interpréter la symphonie n°5 de Beethoven (en entier) : c’est juste une question d’organisation et de travail….. (voir le DVD qui leur est consacré)
J’ai encore mieux à vous proposer. Vous montez votre projet en vous inspirant de ce que vous me décrivez et je me ferais un plaisir d’en faire la promotion et venir y assister. Bon courage. .. Cordialement
Désolé de vous décevoir, je l’ai fait en mon temps, via le mécénat. Actuellement retraité, ce n’est plus moi qui ai les cordons de la bourse, la charge et la responsabilité en est à la génération suivante.
Ok, cette musique n’est pas sublime, pas non plus géniale? peut être, mais si elle est juste bien, fédératrice n’est ce pas suffisant? Quand est il de vos compositions?? sont elles joué souvent? vous avez du apprendre cela à la Schola Cantorum, non? Est ce donc dans cette école qu’il faut se rendre pour être capable de dire ce qu’est la « vrai » musique, il ne sert donc à rien d’en écouter et d’en pratiquer depuis des années, honte à moi j’ai perdu 35 ans de ma vie je n’est pas mis les pieds dans cette école.
Les concerts étaient très bien, même au Creusot ou encore une fois il y avait salle comble. Avec des enfants, des choristes, des musiciens amateur et professionnel ravi d’avoir réalisé un projet de cette ampleur.
A priori, il reste toujours au moins une personne à vouloir absolument être négatif sur un tel projet.
La prochaine fois renseignez vous et ne venez pas au concert.
Pour info les Carmina Burana seront donné a Autun l’année prochaine, ça vous fera une bonne sortie. pour écouter de la « vrai » musique. Avec un peu de chance vous trouverez bien une critique à faire. Manque de contrebasson, la clarinette mib un peu basse…
je vous laisse à votre passé formidable musicalement et je m’en retourne dans mon triste XXIème siècle ou des enfants sont ravis de faire de la « fausse » musique avec un vrai orchestre symphonique, des vrais chanteurs…
PS je vous invite à suivre de prêt les concerts donnés par les élèves du conservatoire de Montceau, ils jouent même de la « grande musique classique », toute l’année, mais aussi de la variété, un peu de rock(différents styles), de la musique trad, du contemporain , de la musique de rue, de la musique ancienne, ils dansent, ils chantent ils jouent… Aucun message de votre part lorsque ces concerts, auditions sont donnés, bizarre, non???
Bienvenu dans le débat Ajrarn. Être fédérateur n’est pas suffisant, car être instructif et fédérateur est encore mieux. Mes compositions ne sont pas jouées puisque je ne compose pas, je suis pianiste amateur.
(prendre des cours de composition ne signifie pas composer par la suite)
On peut se rendre dans plein d’autres écoles, (la schola n’est pas l’alpha et l’omega),le tout étant d’apprendre à écouter, analyser, comprendre, sentir, connaître, aimer, goûter, juger (comme on juge un bon vin d’une piquette)….
(La suite de vos propos est de la caricature de mes pensées).
oui, triste XXIème.
oui, il y a eu de fabuleux concerts à Montceau : violoncelle, trompette, chant, cordes, mais je ne suis pas du genre à m’exprimer sur tout….