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mardi 1 août 2017 à 04:30

TRIBUNAL : Trafic de stups au Plessis

Prison ferme et interdiction de revenir à Montceau-les-Mines



 

 

 

 

Le chef du Parquet du TGI de Chalon-sur-Saône en personne va requérir. Il se lève, « je vais raconter ce dossier comme je l’ai vécu » dit-il au tribunal, puis il s’assied sur la rambarde qui longe sa place, l’histoire va commencer.

 

Dans le box, M.M., 22 ans. Il comparaît pour trafic d’herbe et de résine de cannabis, et puis pour détention d’arme, un pistolet à grenaille. Comment la police l’a-t-il coincé ? Parce que début juin, les policiers interviennent au Plessis et voient débouler « un projectile » : en fait une sacoche, lancée d’un immeuble, contenant le kit du petit trafiquant, argent liquide compris, et un révolver dont la chute va déclencher un tir. Sur l’ensemble : l’ADN de M.M.

 

 

« La zone du Plessis fait l’objet d’une surveillance particulière »

 

 

Ecoutons le procureur de la République dérouler les faits :

 

« J’ai 2 groupements locaux de traitement de la délinquance (GLTD) : un au quartier du Stade, à Chalon, l’autre au Plessis, à Montceau. Les GLTD mobilisent les élus, les services sociaux et la police, pour essayer de mettre un terme aux troubles dans ces quartiers. Donc, la zone du Plessis fait l’objet d’une surveillance particulière. Les fauteurs de troubles sont en petits groupes, ils ne sont pas très nombreux. Les mineurs font surtout des dégradations, et les majeurs trafiquent. Le 6 juin dernier, les policiers arrivent car des habitants se plaignent de dégradations. Ils ne sont pas là pour M.M. à ce moment là. Et au moment où ils interviennent, ils sont violemment pris à partie par M.M., violemment. Et puis survient cet incident : la sacoche tombe et on entend un coup de feu. On investigue, on comprend qu’une des cartouches a été percutée lors du choc de l’arme par terre, et donc je prescris aux services d’enquête de faire un petit ADN. Et là, ô surprise ! On trouve sur la queue de détente, l’ADN de monsieur, et sur et à l’intérieur de la sacoche aussi. Sur la balance de précision aussi, et uniquement le sien. Sur l’arme on trouve aussi celui de son vendeur, J. F. Alors j’ai relu son comportement à l’aune de cette découverte, et j’ai demandé une recherche ADN sur les stups. Ça a un coût ! Des milliers d’euros ! Et on y trouve ? L’ADN de monsieur. »

 

 

« Il voudrait nous faire croire qu’il a une moralité qui lui interdit de revendre pendant le ramadan »

 

 

M.M., pendant l’instruction, exposait qu’il avait toujours mieux gagné sa croûte en travaillant légalement qu’en revendant des stups. Et puis aussi qu’il ne revendait jamais pendant le ramadan. Qu’il le faisait pour survivre, pendant une carence de missions d’intérim, parce que sa mère croule sous les dettes et que son père est parti il y a longtemps sans se soucier.

 

 

 

Il a commencé par tout nier lors de sa première audition, dont le procureur lit de longs extraits, avant de faire une envolée d’inspiration marxiste (Marx prenait l’exemple de la police travaillant, en arrêtant tous les voleurs et criminels, à sa propre disparition) : « Ce que je souhaite, c’est de ne plus avoir de travail. Mais on ne peut donner sa chance qu’à quelqu’un qui ne se moque pas du monde et qui donne des gages. Quel gage donne monsieur ? Quelqu’un qui voudrait nous faire croire qu’il a une moralité qui lui interdit de revendre pendant le ramadan » et dont la sacoche est au Plessis le 6 juin, puis qu’on retrouve le 12 juillet avec une nouvelle sacoche et des stups dedans, « avec ce niveau de malhonnêteté il faudrait lui faire confiance ? Mais ce n’est pas sérieux. » Le procureur plante ses yeux excédés dans ceux de M.M., au regard bas.

 

 

 

« Vous serez écroué, monsieur, et vous le serez à chaque fois, c’est une promesse »

 

« Ce que je crois, c’est qu’à l’arrivée des policiers, le 6 juin, il a eu la trouille. Il a attrapé un jeune, lui a filé sa sacoche en lui disant ‘monte !’, et il a fait diversion en bas avec les policiers, mais que le gamin, devant le contenu brûlant (cannabis et arme, ndr) a paniqué et a jeté le tout par une fenêtre. C’est une récidive de récidive, vous serez écroué, monsieur, et vous le serez à chaque fois, c’est une promesse. Mais je serai modéré aujourd’hui, je demande 18 mois de prison dont 6 mois avec sursis et un SME. »

 

 

La défense : « on sait quel potentiel offre la prison pour créer des réseaux »

 

 

Fin de l’histoire pour le ministère public. La défense se lève. Maître Diry se demande s’il a eu le même dossier que le parquet dans les mains, car dans la procédure à laquelle il a eu accès, rien n’indique la présence de son client sur la scène du 6 juin. L’avocat, lui, reprend les éléments de la 2ème audition au cours de laquelle M.M. reconnaît sa délinquance.

 

Il doute fort que, vu « les conditions de vie dans ces cités », on s’amuse à balancer 468 euros par la fenêtre. Il demande la relaxe sur la « détention » d’arme, car si il est prouvé que M.M. l’a eue entre les mains, rien ne prouve qu’il l’ait proprement détenue. « Monsieur M. veut partir de Montceau. On nous dit qu’il n’est pas idiot. Sa famille se mobilise, son père lui a fait un contrat de travail pour sa pizzeria à Argenteuil. Sa fiancée est enceinte. Il n’a jamais été condamné que par le tribunal pour enfants. Et on vous demande une solution logique : éviter l’incarcération à un jeune de 22 ans, quand on sait quel potentiel offre la prison pour créer des réseaux. »

 

 

Décision du tribunal : 18 mois de prison dont 10 avec sursis assortis d’un suivi mise à l’épreuve de 2 ans. Interdiction de paraître à Montceau-les-Mines.

 

 

 

Florence Saint-Arroman

 

 

 

 

Tribunal Chalon 11 07 17

 

 



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