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lundi 2 octobre 2017 à 13:47

REACTUALISE ce jeudi à 3 h 10 – Agression avec une hachette d’une femme par son mari à Montceau…

Daniel Parise est condamné à 25 ans de réclusion criminelle



 

 

Daniel Parise est condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour avoir tenté d’assassiner sa femme et l’un de ses fils le 23 septembre 2015 à Montceau les Mines.

 

Daniel Parise et son avocat entendent faire appel.

 

 

 REACTUALISE :

 

« Il a une personnalité dangereuse pour les autres. Je requiers une peine importante pour protéger les victimes, et la société. Je requiers 20 ans de réclusion criminelle, assortis d’un suivi socio-judiciaire. »
Madame Saenz-Cobo, avocate générale, au procès d’Assises qui juge Daniel Parise, est revenue sur la qualification criminelle : » double tentative d’assassinat », cela signifie intention de tuer avec préméditation. Le meurtre, c’est l’homicide sans préméditation.

 

 

 

 

On sait que Daniel Parise s’est défendu de tout calcul précédant ses actes, il s’est défendu aussi d’avoir jamais voulu tuer quiconque, l’avocate générale démontre le contraire :

 

 

Emploi d’une arme, une hache, utilisée du côté tranchant. Le moment : pendant le sommeil des victimes, « au moment où on est le plus vulnérable ». N. n’a pas pu se défendre. La force déployée : coups donnés « avec toute la force possible » disait hier le docteur Bègue, légiste à Dijon. « Dans ces conditions, assène l’avocate générale, avoir voulu discuter ou la faire taire, selon les moments, ça ne tient pas. La hache n’a pas servi à menacer. »
La préméditation ne fait aucun doute pour le ministère public : il s’était procuré la hache pour tuer. Des fameuses petites bouteilles d’eau, l’avocate générale dit bien qu’elles sont à la fois importantes et insignifiantes, elle pense néanmoins que Daniel a voulu affaiblir la vigilance des siens pour les tuer tous, et que JT lui aussi y serait passé si Julien ne s’était pas défendu.

 

« Monsieur Parise aime bien renverser les rôles. Il n’a pas agressé sa femme pour cette histoire de paternité, ça, c’est du pathos. Non, il l’a attaquée pour un motif plus banal et moins sympathique : sa famille l’encombrait, mais monsieur P. ne peut pas envisager, comme d’autres le font, de partir, tout simplement, car depuis quelques temps sa femme lui donne du fil à retordre : elle lui demande des comptes… Voyez-vous ça ! On ose demander des comptes à monsieur P., et c’est sa femme ! Insupportable. Il va passer en force, avec violence. » 
« Fonctionnement tout puissant », « ego surdimensionné », il va jusqu’à accuser son fils JT, « ça fait froid dans le dos, poursuit l’avocate générale, et toute la famille a pris un deuxième coup ». 

« Elle a pris perpétuité, N., elle ! »
Ce point rejoint le regard de Maître Oztürk qui intervient pour les victimes. Les trois fils et leur mère sont tous très émus, on voit pleurer JT pour la première fois pendant la plaidoirie. L’avocat fait droit, sans colère, sans agressivité, au gouffre qui les tous a engloutis un temps, pour les rendre à la vie sociale définitivement marqués : « Elle a pris perpétuité, N., elle ! Elle est invalide, elle n’est plus autonome. » L’avocat s’adresse aux jurés : « Jamais vous n’oublierez les gémissements de N. qui nous ont glacé le sang, on aurait dit les cris d’un animal blessé, traqué. » Il redresse les torts que l’accusé a voulu leur causer pendant l’instruction et pendant le procès, il rétablit N. dans sa dignité de femme (qui a toujours travaillé, contrairement à son mari, « et au retour, elle recevait mépris, humiliation, des coups, et pour finir, des coups de haches »).

 

 

J. le fils attaqué dans son sommeil : « Il ne va pas bien, mais comment voulez-vous qu’il aille bien ? Son petit garçon ne porte pas son nom de famille, il ne l’a pas voulu : il a peur qu’il soit contaminé. »

 

JT : « C’est un héros, il a sauvé son frère, il a porté secours à sa mère. Lui aussi sa vie a explosé. Il quitte la région pour trouver de l’apaisement, et ? Et de sa cellule, celui-ci a réussi à l’abîmer, en l’accusant. »

 

L., le fils aîné : « Lui c’est la béquille, il tient la famille. L’horreur il l’a vécu deux fois, une fois dans sa chair d’enfant de 5 ans, et dans la chair de sa mère le 23 septembre. »

 

 

« L’accusé n’a pas pris la mesure des choses, n’a pas pris conscience de la gravité de ses actes s’il croit qu’en les salissant encore, il en tirera un bénéfice pour lui-même. » Maître Oztürk est choqué, oui, de cette attitude : « Souvenez-vous, N. vient témoigner à la barre, elle parle enfin, dans la difficulté, et que dit-il ? Il l’a accusée de simuler ! »

 

 

 

« C’est un égaré ».

 

Maître Vermorel doit défendre Daniel Parise. Il va le faire dans l’apaisement, il assure des victimes de son entière considération pour le malheur qui leur est fait, et ne compte pas en contester la moindre fibre, en revanche il apporte de la mesure. Elle est la bienvenue dans un contexte émotionnel qui n’en a pas (aussi légitime soit-il), juste avant le temps du délibéré.

 

 

Daniel Parise est un « Sisyphe malheureux » dont la préméditation a été faite « dans un esprit égaré, par un esprit égaré ». L’avocat récuse le mot de « monstre » que l’on entend dans la salle : « L’outrance nuit à la raison, or vous aurez – les jurés – à prendre une décision en raison. » Claude Vermorel rappelle que nul ne peut préjuger ici de ce que des soins psychiatriques peuvent rendre possible, que l’intention en Daniel Parise de tuer son fils J. reste discutable, « il n’y a pas d’évidence ».
Quant à l’enfance martyre de Daniel, que nul ne conteste, pas même l’avocate générale (« Ce n’était pas une famille dans laquelle un enfant peut se construire, a-t-elle dit, et pourtant ils ont tous dû essayer de le faire. »), l’avocat y revient, car « un fils se construit avec l’image de son père » et le père de Daniel a l’image de la violence, de la cruauté et de l’abus sexuel (sur plusieurs de ses enfants). Pour tenir, l’accusé est devenu narcissique à un point pathologique et la jalousie reste un mobile plausible. Pas de certitude non plus sur ce point-là.

 

« Ce n’est pas une excuse, je ne l’excuse pas, je fais l’effort de le comprendre. » Daniel va être incarcéré à l’UHSA de Bron (au Vinatier) : il est vraiment malade.

L’audience s’était ouverte sur des mots de L., le fils aîné

 

 

Témoignage bouleversant, comme tous les autres, qui porte de surcroît en lui la question douloureuse et cruciale : « quel homme devenir quand on est le fils d’un père qui n’a pas été un père (protecteur, garant de la loi) » ?

 

L., qui avait fui le huis-clos familial pour enfin s’en protéger, lui dit : « Merci, parce que grâce à toi je suis devenu l’homme que je suis, un père aimant, protecteur, et qui respecte sa femme. Et merci de m’avoir rendu ma mère, pas dans l’état que j’aurais voulu, mais tu me l’as rendue parce que maintenant tu vas sortir de nos vies définitivement. »

 

L’audience se clôt sur les mots du père déchu, du père criminel

 

Il a l’autorisation de s’adresser à son épouse, et surtout à ses fils. Il les nomme un par un, demande pardon à N., puis : « Je vous ai fait du mal, je vous le demande, ne faites pas comme moi. Cette colère en moi me détruira, ne la laissez pas vous détruire. Ne la laissez pas, elle vous détruirait. »

 

Et puis il dérape, comme toujours, et invalide lui-même la portée de ces paroles, pourtant sincères en l’occurrence, et vraies.

 

 

Florence Saint-Arroman

 

 

Maître Millot-Morin, qui intervient pour la CPAM de Côte d’Or, donne aux jurés le montant de la créance provisoire pour les soins et interventions nécessaires à réparer autant que faire se peut les blessures infligées à N. : 42000 euros, et d’autres opérations sont à venir pour son œil perdu.

 

 

Le verdict sera rendu dans la soirée.

 

 

 

tribunal 0310172

 

 

 

 

3e et dernier jour de procès d’Assises ce mercredi 4 octobre. Daniel Parise ne lâche rien sur la question de la préméditation et hier a renvoyé la Cour dans ses cordes : « Vous me jugerez sur ce que j’ai fait, et pas sur ce que je n’ai pas fait, je vous le garantis. Sinon je rentre dans ma cellule et je me pends, y aura plus de procès, rien. »

 

 

 

Réactualisation : Madame l’avocate générale vient de requérir 20 ans de réclusion criminelle…

 

 

Pile en face de lui sur le banc des victimes, son épouse lui fait alors un magistral doigt d’honneur, ferme et résolu. La présidente rappelle tout le monde à l’ordre, sur le respect de principe qui doit prévaloir, mais ce procès restera marqué par les petits débordements constants, de part et d’autre, qui montrent bien que lorsqu’il n’y a jamais eu de respect, le symposium d’une Cour d’Assises échoue à l’imposer.

 

Et Daniel Parise fonce tête baissée : « Moi je les respecte (sic), alors, qu’ils me respectent. Je ne suis pas un chien, mais si on me prend pour un chien, je vais devenir un chien. »

 

 

Le 22 septembre 2015, une soirée quasi normale s’égrène lentement au 5 rue Romain Gary à Montceau. Le couple s’accroche sur la liaison que monsieur entretient depuis des mois, et qui rend dingue sa femme. Du reste, pour rendre coup pour coup, elle a mis en doute sa paternité pour son fils « préféré », et il dit que ça le ronge, que ça le rend fou, que ça lui a fait « perdre pied », mais ils n’en parlent pas ce soir-là. Au contraire ils s’apaisent et font l’amour « normalement ». Vers 4 heures du matin, l’enquête révèle que le portable de monsieur a lancé plusieurs appels vers sa liaison adultère. Daniel Parise dit n’en rien savoir, qu’il n’a pas téléphoné. La seule certitude c’est qu’après 5 heures, il est allé aux toilettes, puis a saisi une hachette qu’il avait planqué dans le cellier, a porté au moins 8 coups à sa femme qui dormait, et la laissant se vider de son sang, est allé s’en prendre à son fils J., qui s’est réveillé et défendu. JT a entendu du bruit, s’est levé, s’est trouvé face à son père armé d’une hachette maculée de sang. 

 

 

 

Déroute et chute d’une famille complète qui tenait tant bien que mal, et plutôt mal que bien, rongée de l’intérieur par les incestes, la violence, l’ignorance de ce qui fonde tout être humain, et ce, depuis au moins deux générations. 

 

 

On saigne avec ce fils de 24 ans qui a passé les jours suivants « à la rue ». On souffre avec cette mère qui pousse parfois des plaintes montées, oui, de l’enfer. On regarde ces trois fils face à leur géniteur, on s’interroge sur la présence du dernier né, un garçon lui aussi, au tribunal. On observe l’accusé se débattre, entre mauvaise foi, attaques, effondrements et déclarations d’amour aux siens. Son visage se creuse de jour en jour. 

 

 

Rue Romain Gary, le 23 septembre 2015 à Montceau-les-Mines, la vie a tenu à l’aube une funeste promesse : tout se paie. Mais que paient-ils exactement ?
Quelle part donner aux incestes, à ces crimes non sanglants qui flinguent et que l’accusé désigne quand il dit que le doute sur sa paternité fut « la goutte d’eau » ? Quelle part donner à l’adultère et son cortège de passions dévorantes ? Qu’était devenue N. à ses yeux , au moment où Daniel « a perdu pied » ? Avait-il froidement planifié les assassinats et projeté de faire disparaître toute sa famille, pris dans un tourbillon délirant avec cette femme d’Aix qui l’aurait sorti, croyait-il peut être, de « tout ça », le surendettement, la vie relationnelle abîmée, avilie, le chômage, les fantômes, tout ?

 

 

 

Ce matin, le médecin psychiatre Jean Canterino est sans appel : pas d’état délirant, pas d’amnésie, Daniel Parise a « incontestablement une personnalité de type état limite » à relier à « une enfance désastreuse », un « moi fragile, peu constitué ». L’état limite, explique le psychiatre, est un défaut de structuration extrêmement important, « comme un mur qui n’aurait pas de ciment ». 

 

Daniel Parise, comme on l’a entendu à l’audience, passe « d’un mode de fonctionnement à l’autre » : tantôt repentant, pleurant, accablé, tantôt dans le déni, faisant fi de l’autre et de la réalité.

 

Tout vient, selon cet expert, de « la façon dont il n’a pas pu se construire », c’est quelqu’un qui « ne tient pas le choc de la vie ». « Il n’y a pas eu de transmission » : la messe est dite.

 

Couple en crise = risque de perte = passage à l’acte, voilà la lecture du médecin psychiatre, qui conclut sur la « dangerosité criminelle nette », « il faut des soins et un traitement régulateur d’humeur », et veiller à ce que, une fois remis en liberté, l’accusé n’ait pas de contact avec des mineurs, « je pense en particulier à ses petits enfants ».

 

 

A sa suite, l’expert- psychologue Tony Arpin confirme : « Son père le séquestrait parfois des heures dans le noir, Daniel Parise est un homme qui ne peut toujours pas dormir dans le noir, il ne supporte pas d’être enfermé, en prison il a des crises d’angoisse qui vont jusqu’au malaise. » Et il souligne aussi ce fait, difficile sûrement à entendre pour le jeune concerné : L., l’aîné, n’était pas un enfant que les parents ont eu le temps de désirer. Son père reconnaît avoir été extrêmement dur avec lui, dans la culpabilité : il ne voulait pas être comme son propre père, et voilà que…

 

 

« Grandir dans le contexte que Daniel a connu, c’est grandir dans n’importe quoi ! avait dit le docteur Canterino. Il n’y a pas de place pour le sens : on crie pour ne pas pleurer. »

 

 

Florence Saint-Arroman

 

 

L., et la mère de N. ont demandé à parler un peu, puis les débats seront clos. A venir : les plaidoiries, et les réquisitions, puis ce sera le temps du délibéré.

 

 

Mercredi à 4 h 03 :

 

Il est 14 heures, ce mardi 3 octobre 2017, et le procès de Daniel Parise pour tentatives d’assassinats à la Cour d’Assises de Saône-et-Loire reprend. N., l’épouse victime de son mari, va déposer, assise, entourée de son fils aîné et de son avocat.

 

 

 

Ses graves blessures laissent des séquelles, et ce qui ne s’explique pas somatiquement est imputé au syndrome anxio-dépressif dont elle souffre. Elle bégaie lorsque l’émotion est vive, et lorsqu’elle est fatiguée. À peine elle commence que la charge dramatique enserre chacun, et l’accusé tombe dans les pommes. Une heure de suspension et une équipe du SAMU plus tard, l’audience reprend. On entend le bébé que sa maman tarde à sortir de la salle. N. lit ses notes :

 

« Je suis une femme détruite, j’ai perdu toute confiance en moi, je suis tout le temps triste. Je n’ai plus de sensations sur la partie gauche de mon visage, je suis invalide, je ne peux plus travailler. Les psychiatres ont parlé de pervers narcissiques dangereux et très manipulateur. Je voulais montrer mon œil à mon mari, il me fait tout le temps mal. J’ai des médicaments à prendre tout le temps. Je ne sais pas ce qui m’arrive. 

 

Mon mari me frappait beaucoup, il frappait mes enfants. JT et J. m’ont appris qu’il les frappait quand j’étais au travail, et on ne se disait rien parce que sinon c’était pire. J’ai beaucoup souffert dans ma vie. J’ai eu des moments heureux, je dis pas. Je ne pouvais pas partir. Il disait ‘si tu pars, je te retrouverai et je vous tuerai les enfants et toi’. Voilà. »

 

 

N. se met à bégayer, et monte sa main vers la joue de son fils : « Hein, L. ? J’aime mes enfants, moi, j’ai pas pu les protéger comme je voulais. J’ai été une mauvaise mère peut-être. » Elle pleure.

 

 

On a évoqué une emprise de son mari, elle semble le confirmer : « J’avais des douleurs à me rouler par terre, à cause de mes intestins, il me disait que j’avais tout le temps quelque chose, mais j’ai compris que ça venait de lui parce que depuis que je vis chez ma mère, je n’ai plus mal, je suis guérie de ça. »

 

Suit un déballage, sur les infidélités réelles ou supposées de son mari, qui l’auront minée jusqu’au bout.

 

 

La présidente Caroline Podevin lit un PV d’audition de la copine de JT qui a passé quelques semaines à Montceau cet été et qui témoigne des mauvaises relations du couple. Elle décrit un homme qui rabaisse sa femme, la sœur aînée de Daniel viendra à la barre raconter à son tour une femme surveillée et sans autonomie.

 

« Moi j’avais pas l’impression de la rabaisser. c’est mon parlé à moi. Je suis quelqu’un de cash, si j’ai choqué je m’en excuse. » Et l’accusé dérape encore, il le fera plusieurs fois, éclaboussant fils et femme en toute occasions : ils ne sont pas irréprochables non plus ! Certes, mais ils ne sont pas accusés de tentatives d’assassinats, eux, alors forcément il choque la salle. 

 

 

 

Daniel Parise est d’une fratrie de 8, 6 filles et 2 garçons. Il a coupé toute relation avec son frère Dv en 2009, lorsqu’il a appris que Dv avait violé L., son fils aîné, et que la police auditionnait tout le monde. Ce frère de 48 ans est cité comme témoin : il salit son frère, peut-être avec raison, comment savoir ? Il décrit Daniel comme un père cruel avec son fils aîné.

 

 

L’inceste est partout, les propos dégradants aussi. Maître Vermorel, avocat de l’accusé, se lève pour souligner que vu son crime commis contre L. lorsqu’il était petit, on ne saurait accorder un plein crédit à ses propos.

 

 

 

Plus tôt dans l’après-midi, Daniel Parise a eu longuement la parole. « Pour savoir qui l’on juge », on parcourt son enfance, sa jeunesse, sa vie jusqu’en 2015, et le tribunal essaie de repérer les faits saillants qui pourraient éclairer son passage à l’acte. Ce mystère : comment devient-on meurtrier ? Pourquoi ?
Et Daniel parle, parle, parle. Il raconte le père violent, le petit garçon qui pleurait en quittant la colonie de vacances « parce que je ne voulais pas rentrer à la maison ». Il raconte l’abus sexuel du père (qui travaillait à la mine), la mère aimée qui devient alcoolique, il pleure.
Il se ressaisit et prend plaisir, dirait-on, à évoquer sa jeunesse, pourtant marquée de deux tentatives de suicide. Il raconte à nouveau en sanglots la première fois qu’il s’est opposé physiquement à son père. Ses larmes lorsque celui-ci est mort : il ne lui avait jamais dit « je t’aime », et mourra sans l’avoir dit une seule fois à ce fils turbulent, renvoyé de toutes les écoles, qui à 16 ans travaillait.

 

 

On ne l’arrête plus : c’est son moment, il n’a plus vraiment à se défendre des accusations, on le considère dans son entier, et ça lui fait du bien, comme d’aller voir la psychologue tous les 15 jours (sic) : « quand je sors de chez elle, je pleure, et je dors, épuisé ». Daniel est un « grand fan » de rock, il y a initié N., ils se sont connus jeunes. Mais les parents de la jeune fille ne l’ont pas accepté, son beau-père le « rabaissait » sans cesse. Ils ne sont pas venus à leur mariage, en 1990.

 

 

En 2009 L. prend des précautions pour annoncer à son père que son oncle l’a violé. « J’ai mis ma tête contre le mur : y a tout qui est remonté. C’est comme si on me violait moi. Si mon frère avait été dans la maison, je l’aurais tué. » Daniel a des accès de violences qu’il ne s’explique pas, il cassait tout, « je ne sais même pas pourquoi je m’énervais ». Un policier lui conseille d’aller voir un psychologue, il ira 4 mois, le temps de la prise en charge des séances, pas davantage. » Les poursuites ont été abandonnées : il y avait prescription.

 

On apprend qu’il a surendetté son foyer, faisant des crédits pour payer des vacances. On entend un vilain lapsus : « ma femme traînait dans les bars », au lieu de « ma femme travaillait dans les bars ». Lui, depuis 2013, ne travaillait plus.

 

 

 

Son récit l’humanise mais on en a le vertige, et un peu de nausée à être en permanence convié à des spectacles qu’en ce 2ème jour de procès, on n’a plus envie de voir.
La salle sature d’émotions et de débordements, de malaises (un juge assesseur ce matin pendant la déposition du légiste, l’accusé en début d’après midi), de manifestations violentes des ressentiments, voire de haine, et de paroles à l’avenant. On regarde les jurés qui demain soir, après avoir écouté les experts psychiatres et les psychologues, les plaidoiries et les réquisitions, auront à trancher la question de la préméditation, et à fixer une peine à Daniel Parise, enfant martyr, mari pervers et père abusif, qui, le 23 septembre 2015 a défiguré sa femme à coups de hache, et traumatisé ses fils en en frappant un, lui aussi à la tête.

 

 

Florence Saint-Arroman

 

 

 

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Photo de la reconstitution 

 

 

 

 

Daniel Parise pleurait ce matin en reconnaissant avoir attaqué sa femme et l’un de ses fils avec une hachette alors qu’ils dormaient, au domicile familial de Montceau en septembre 2015. Il pleurait. Il sait par ailleurs qu’il encourt la réclusion criminelle à perpétuité parce qu’on lui reproche d’avoir en réalité voulu les tuer et, facteur aggravant, avec préméditation. Et cela, il le conteste.

 

 

 

Réactualisation

 

La Cour appelle Mme N. à la barre. Assise. Émue. Trop. Elle bégaie elle hoquette. Tout le monde en est comme pétrifié, saisi. Cette femme blessée et souffrante finit au prix d’un effort qui nous tient en haleine par expirer « je me suis réveillée à l’hôpital de Dijon« … Un bruit sourd. L’accusé s’est effondré.

 

L’escorte l’evacue immédiatement.

 

L’audience est suspendue.

 

 

« J’ai un fils maintenant, et tu ne le verras jamais », jetait J. hier à son père, accusé de tentatives d’assassinat sur sa femme et ce fils-là, J., 24 ans. « Tu ne le verras jamais », banni de la famille, exclu de sa place de grand-père, il s’agit de faire mal, encore et encore. Et puis finalement le bébé était là ce matin dans la salle des Assises : finalement, le voir sans pouvoir le toucher serait encore plus douloureux ?

 

C’est un beau petit garçon de 11 mois que sa grand-mère regarde avec tendresse, ses oncles et son jeune père avec amour et fierté. Un bébé, la vie, l’avenir, la relève, un espoir. Pas besoin de faire un dessin (encore que) : le poids que porte d’ores et déjà ce bébé est incommensurable, et il est déjà placé, avec inconscience pour une bonne part, au cœur du tripot familial.

 

 

Ce matin, au deuxième jour du procès de Daniel Parise, les experts se sont succédés à la barre. Légistes, toxicologue, police scientifique. On en retient l’essentiel : N., la mère, 52 ans aujourd’hui, aurait pu mourir de ses hémorragies. Le visage fracturé en plusieurs endroits, une plaie au cou, une plaie à l’épaule, un globe oculaire éclaté. Les blessures de J. furent superficielles, mais pas anodines : il n’a pas pris une gifle, mais des coups de hache. L’outil mesure 37 cm, sa lame 11. Le garçon avait des lésions de défense : contrairement à sa mère il a pu riposter et se protéger.

 

 

Petit portrait impressionniste de l’accusé

 

 

En fin de matinée, Daniel Parise a la parole : son fils J. avait des traces de cannabis dans le sang, qu’en pense-t-il ? Et Daniel dérape, une fois encore : ses deux fils les plus jeunes sont de « grands consommateurs » de shit. La présidente ne lui en demandait pas tant.

 

On peut repérer à travers les propos spontanés de l’accusé des traits, auxquels il n’est pas réductible, mais qui interrogent.

 

 

Pas de lois, pas de limites – La mélasse de l’ignorance et de la confusion

 

On sait que cet homme a grandi à l’ombre d’un père maltraitant et coupable d’incestes sur plusieurs de ses enfants. On sait donc qu’il a grandi dans un monde à l’envers : pas de lois, donc pas de limites à la toute-puissance du père, donc pas de garant pour l’enfant, et puis dans son cas, pas de secours extérieur. Si peu instruit de ce qui fonde tout être humain, Daniel reconnaît sans complexes avoir lui aussi des comportements abusifs, mais sur un versant qu’on qualifiera de « soft », puisque pas d’abus sexuels, non, mais une place quand même d’un père dominant, au nom de l’amour et du souci pour sa progéniture, et comme souvent, l’amour a bon dos.

 

 

Pas d’inceste, mais de l’incestuel : ça glisse malgré soi

 

Daniel bien souvent va s’assurer que ses fils dorment, et si l’un est avec sa copine, il rentre quand même dans la chambre. « C’est une habitude », dit-il. « Ils sont adultes », relève la présidente. Il ne tilte pas sur ce que son « habitude » a de déplacé. Et nous y voilà, au cœur d’un autre volcan : la question des places de chacun.

 

« Il voulait être un pote, il s’incrustait parfois avec mes copains et moi, ça finissait par être gênant mais j’osais rien dire : on sait comment il se met vite en colère. » témoignait JT hier.

 

L’épouse, décrite comme « trop soumise », était maintenue à une place d’objet domestique au minimum, sans trop d’égards, et la présidente, comme l’avocate générale – deux femmes-, n’ont pas manqué d’en pointer les dérives : la main sur l’argent, sur la carte grise, sur le téléphone. Avec ses fils aussi : « Il avait nos codes bancaires, nos codes Facebook ». Contrôle, au prix de l’intrusion, et donc de formes d’abus.

 

 

Rapport de force : dominer, toujours, par principe

 

L’accusé se maintient encore, bien que prisonnier depuis 2 ans, dans un rapport de forces physiques, dans lesquels il aurait immanquablement le dessus, il ne peut s’empêcher. « Il – son fils JT – sait très bien que s’il s’était battu avec moi, il n’aurait pas eu le dessus. » Le père soutient avoir seulement voulu assommer J., avec le plat de son arme : « Combien de coups lui auriez-vous donné s’il ne s’était pas réveillé ? », lui demande Maître Oztürk pour les parties civiles. Réponse : « Deux ». « Deux ? » s’étonne l’avocat. Et Daniel ripe à nouveau : « Ah ça dépend qui ! Si c’était vous, un seul coup suffisait.  – L’envie ne doit pas vous en manquer », riposte l’avocat, mais qu’importe : mélange des genres, mélanges des places, et le plus fort, c’est lui. D’où ce sentiment de malaise diffus hier soir quand il susurre à J., qui voudrait encore à ce jour lui faire la peau : « Je me laisserais faire ».

 

 

La question des places de chacun, de nouveau

 

Saisissant, également, comment l’accusé veut parfois croiser le fer avec la présidente et l’avocate générale. Il répond à l’une par « une plaisanterie », alors qu’il encourt perpétuité. Il dit à l’autre qu’elle pose des « questions bêtes ». L’une et l’autre sont dans des fonctions pour le coup très cadrées mais il ne peut en tenir vraiment compte, sa volonté de puissance ne peut s’y résoudre. En revanche, ce matin, lorsque N. dérape et lui fait un doigt d’honneur très décidé, et que le tribunal la reprend et lui rappelle les limites, il fonce : « Moi, je respecte le tribunal. »

 

 

« Pour être crédible »

 

Enfin cette petite phrase qui revint plusieurs fois hier : « c’était pour être crédible » qu’il s’était armé d’une hachette, pour menacer sa femme. « Etre crédible ». La présidente Caroline Podevin l’interroge sur le sens de cette revendication, et sa façon de l’imposer (à coups de hache). Il ne sait pas, et là, il est sincère, mais il reste sur le seuil de ce qui pourrait donner du sens à ce fatras sanglant, et nous y restons avec lui, en dépit des efforts du tribunal.

 

 

Cet après-midi, le tribunal entendra un frère et une sœur de l’accusé, son épouse si son état le permet, et abordera les éléments de personnalité de l’accusé : on y retrouvera ces traits saillants, cette esquisse révélée par lui-même, car on ne contrôle jamais tout.

 

 

Florence Saint-Arroman

 


 

 

La question de la préméditation, hachette et bouteilles d’eau

 

L’interrogatoire de la présidente Podevin s’en trouve orienté : s’il y a eu préméditation il faut la prouver. L’anticipation des gestes criminels repose essentiellement sur deux points : l’achat d’une hachette (l’accusé soutient l’avoir volée la veille, en dernière minute, sur une impulsion, l’enquête démontre que c’est faux, sauf à imaginer une erreur dans la tenue des stocks du magasin, ce que plaidera la défense) et des bouteilles d’eau minérale, que le père aurait disposées aux chevets de sa femme et de ses fils. Des petites bouteilles à l’eau trouble, avec des traces de copeaux blancs, et mauvais goût : des traces de comprimé d’Antarax. Les analyses biologiques ont révélé la présence d’hydroxyzine (anxiolytique à effet sédatif) dans le sang des deux victimes, et si son épouse en prenait déjà, son fils, non.

 

 

 

L’accusé conteste farouchement être concerné par ces fameuses bouteilles et leur contenu, et jette à nouveau le soupçon sur le fils qui les a apportées aux policiers, 15 jours après les faits. « A nouveau » parce que Daniel Parise avait carrément accusé ce fils, le plus jeune des 3 garçons, d’être l’auteur des attaques à la hache, ce que l’avocate générale lui oppose avec constance : être capable de faire encourir 30 ans de réclusion à son fils…

 

 

Il était même allé jusqu’à soutenir avoir filmé les scènes, et avoir enterré la carte portant ce film-preuve dans un lieu secret, avant de dire que c’était faux. « Il est allé assez loin », constate le Brigadier de police Jean-Charles Noseda, chef de la brigade de sûreté urbaine de Montceau. L’enquêteur raconte à la barre le déroulé de l’enquête, et affirme que « les déclarations des fils étaient claires et concordantes, nous n’avons jamais eu le moindre soupçon de concertations entre eux ».

 

 

Le contexte, adultère, incestes, violences

 

 

Le crime serait le produit d’un contexte d’adultère et de jalousie, enraciné lui-même dans un terreau de violences familiales (coups sur la mère, et sur les fils, particulièrement l’aîné, L.) depuis des mois, et un terreau d’inceste familial depuis au moins 2 générations.
Daniel fut battu et abusé par son père, son fils aîné aurait été abusé par un de ses oncles, un des frères de son père. La femme et un des filles de celui-ci s’en sont prises violemment à N., l’épouse aujourd’hui défigurée, en juillet dernier. Le 7 août celle-ci a fait une tentative de suicide. Le 23 elle perdait son sang, le visage haché pendant son sommeil.

 

La Cour essaie de reconstituer un récit fiable en interrogeant les uns et les autres, et continuera demain.

 

 

 

Daniel avait donc noué une liaison avec une femme d’Aix-les Bains, c’est d’ailleurs chez elle qu’il se rendait lorsqu’il fuyait, on l’a arrêté à Bellay, à 35 km d’Aix. Cette relation durait depuis des mois, et pas seulement via Facebook, ils étaient devenus amants et se sont retrouvés 2 fois à Chalon-sur-Saône. N., l’épouse, se consumait de jalousie, et harcelait son mari de questions, puis de reproches. Lorsqu’il lui a enfin avoué que oui, il avait eu des relations sexuelles avec l’autre femme, N. lui a planté une banderille dans le cœur : son dernier fils, son préféré, n’est pas de lui. Ça l’a rendu fou, dit-il, « JT – ce fils-, c’était tout, fallait pas y toucher ».

 

 

L’ADN de nos jours répond à ces doutes-ci, et N., revenue de sa colère, lui aurait conseillé d’aller passer des tests pour se rassurer, Daniel soutient que ce n’est pas vrai.

De sa relation adultère, Daniel racontait ce matin qu’elle n’était pas si importante, et vouée à s’achever, qu’il n’aurait jamais quitté N. Aline Saenz-Cobo, avocate générale, ne le croit pas. Elle a lu les courriers que Daniel a écrit à cette femme, de prison, et le confronte au bébé dont les amants avaient rêvé, déjà nommé, « Manon ». « Quand on est en prison on se raccroche à ce qu’on peut », envoie l’accusé. Daniel se défend, mais en réalité il passe en effet d’une réponse à une autre, et n’est pas plus constant pendant son procès que dans ses auditions, et cela ne peut que le desservir.

 

L’avocate générale le confronte également à son motif/mobile : tantôt il voulait « la faire parler », tantôt il voulait « la faire taire ». Attaquer cette femme dans son sommeil pour lui détruire le visage et mettre réellement ses jours en danger c’est vouloir la faire taire, conclut logiquement Aline Saenz-Cobo.

 

 

Deux des fils à la barre, « je sais qu’il est coupable, mais je voudrais savoir : pourquoi ? »

 

Les dépositions spontanées des deux garçons de 24 et 27 ans, racontent à nouveau la soirée du 22 septembre jusqu’à son aube d’horreur et de panique. Certaines de leurs phrases tombent comme des couperets.

 

J. a reçu 4 coups à la tête, son père dément avoir voulu le tuer, l’enquête dit le contraire : il y avait une coupure franche du drap de son lit, à gauche de l’oreiller, une coupure d’une dizaine de centimètres, bordée de noir, comme la lame de la hachette. « J’ai un fils maintenant, et tu ne le verras jamais, si je te mets la main dessus tu verras ce que je vais te faire. » Un gémissement sourd. Sa mère manifeste comme elle le faisait ce matin une douleur qui vient des entrailles. Le jeune homme va mal, très mal depuis le 23 septembre 2015 et refuse encore d’aller se faire aider. Il a eu des accès de violences qui le rendent malheureux, mais il se tourne vers le box : « Tu vois, c’est à toi que je veux le faire, là tu es derrière une vitre, mais tu n’y seras pas toujours. »

 

Et son père a cette phrase qui met très mal à l’aise, susurrée sur un ton doucereux : « Je me laisserai faire. »

 

JT : « Un jour il a étranglé ma mère, elle a fait de l’asthme, il a dit ‘laisse la crever, on s’en fout. » Lui, il a vu un psychologue, il a changé de région, il travaille, et il a cette phrase touchante ô combien : « Je voudrais que le nom de Parise devienne meilleur. » Sinon, « Je sais qu’il est coupable, mais je voudrais savoir pourquoi il a fait ça. »

 

 

N., l’épouse et mère décrite comme « aimante, dévouée, mais soumise », a encaissé 8 coups à la tête et n’avait pas une seule lésion de défense sur le corps, elle ne tient plus son équilibre lorsqu’elle est debout. Vivante mais à quel prix ? La présidente voudrait l’entendre demain, si son état le permet.

 

 

Florence Saint-Arroman

 

 

La cerise sur le gâteau  – Quand il a fallu solder l’appartement du 5 rue Romain Gary, le père en prison, la mère en soins lourds à Dijon, et les fils ne voulant plus y vivre, eh bien : « L’OPAC m’a demandé de nettoyer l’appartement, mais je ne pouvais pas, se justifie JT à la barre. J’avais tout vu, j’avais compressé un torchon sur la gorge de ma mère pour arrêter l’écoulement du sang, j’ai encore ces images dans la tête, je ne pouvais pas. C’est mon frère J., qui a eu le courage, avec un ami… » La présidente l’interrompt : « On comprend bien, monsieur », et elle ajoute avec un sourire ironique : « On vit vraiment dans un monde merveilleux ».

 

 

tribunal 0310172

 

 

Lundi 02 ocobre

 

 

 

Résumé de la première Matinée :

 

Des plaintes d’animal blessé. Des plaintes lancinantes, glaçantes. La femme assise sur le banc des victimes garde la bouche ouverte et geint, ses yeux semblent révulsés, sa tête dodeline comme si son cou ne la portait plus et l’horreur du crime nous saisit. Nous sommes à la Cour d’Assises de Saône et Loire, il est 9 heures du matin.

 

 

 

On attend la Cour qui va juger Daniel Parize, 56 ans, accusé d’avoir tenté d’assassiner avec préméditation N. son épouse, et J. P., l’un de ses fils, le 23 septembre 2015 à Montceau-les-Mines.

 

 

Daniel Parize est dans le box, affairé à installer des papiers. Il a les yeux très cernés, mais semble concentré comme un boxeur avant d’entrer sur le ring : vérifier que tout est en ordre, ne rien oublier, et sauver sa peau. « Aujourd’hui je joue ma vie » dira-t-il plusieurs fois. Devant lui, Maître Vermorel, son avocat.
En face d’eux, les parties civiles et leurs avocats : 3 jeunes hommes entourent cette femme au visage fin et équilibré, adouci par une frange et encadré de cheveux longs,
ce sont ses fils. L’un d’eux enlace sa mère et la tient serrée contre lui, elle s’apaise, elle est calme, mais la Cour arrive et elle gémit à nouveau. Des trois fils, l’un fut victime aussi de l’agression, et sa plainte à lui est muette.

 

 

 

Le feulement animal nous place en deçà des mots, et l’on défaille avec elle, cette femme-là qui n’est pas folle, non, mais au contact de « ce dont on ne peut parler », et dont on va beaucoup parler cependant, qu’on va essayer d’approcher au maximum.

 

 

 

Mère et fils sont vivants mais un monde est mort, ah il est banal sans doute de le constater ! , aux Assises on juge des crimes et on se doute bien qu’il y a un « avant » et un « après ».

 

Il est moins banal d’avoir à le ressentir dans les gémissements d’une victime : elle est vivante, mais elle est loin de nous. Elle seule reste assise lorsque la Cour arrive, et on ne lui dit rien : on l’en excuse, elle est trop loin de la communauté des hommes, aujourd’hui, pour qu’on exige d’elle de satisfaire au cérémonial, et cela est poignant, vraiment.

 

 

Mort, le monde de leur vie « d’avant », une épouse avec un mari, des fils avec leur père, magasinier, celui qu’on va juger, celui qu’on accuse depuis deux ans de tentative de meurtre sur deux des siens : Daniel Parize, né en mars 1961 à Saint-Vallier.

 

 

 

La présidente tire les jurés au sort : trois femmes se succèdent, puis un homme, jeune. La défense récuse une femme, le parquet récuse un homme, la défense récuse le numéro 35. Une femme en tailleur bleu marine monte les marches pour s’installer à côté des magistrats, une autre femme la rejoint, et deux hommes. On a désigné deux jurés supplémentaires. Un jury à dominante populaire, un jury de pairs.

 

 

Le cérémonial paisible imprègne la salle : on y parle enfin, pour constituer le jury, installer le cadre pour trois jours de procès, et cela assèche, provisoirement sans doute, l’expression sauvage de la douleur qui relâche son étreinte.

 

Les jurés prêtent serment. 

 

 

La défense a une demande liminaire. Maître Vermorel  prolonge à la Cour d’Assises de Saône et Loire un débat qui se tient partout dans le pays, et dans lequel le Syndicat de la Magistrature, des syndicats d’avocats, la Ligue des Droits de l’Homme, s’impliquent. Les fameux « box » où se tiennent les accusés et leurs escortes, contreviennent d’une part à la communication entre eux et leurs avocats, et contreviennent aussi aux articles 6 et 3 de la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme), qui du reste, a condamné la Russie à deux reprises sur ces fondements.

 

 

Maître Vermorel demande à la Cour de laisser Daniel Parize se présenter devant les juges et les jurés en dehors de la cage en verre, à défaut il apportera des cacahuètes à lancer à l’accusé, mis en situation d’un animal dans un zoo.

 

 

Aline Saenz -Cobo, avocate générale, récuse catégoriquement toute comparaison animalière, rappelle que c’est une mesure de sécurité qui favorise la sérénité des débats.
Suspension. À 10h52 la Cour revient : Daniel Parize comparaît libre dans le box, non entravé et peut communiquer avec son avocat. L’équipement est sans barreaux et grillages. Rejet de la demande.

 

 

 

Il est 11 heures du matin, la Cour reçoit les constitutions de parties civiles. L’huissier appelle les témoins, et les experts, la présidente Caroline Poidevin, fait le point sur le planning. On va plonger au cœur du volcan.

 

 

 

Le 23 septembre 2015 à l’aube les policiers de Montceau les Mines interviennent 5 rue Romain Gary pour « des faits de violence », ils découvrent une scène de crime.
J. P., 22 ans, s’était réfugié chez un voisin, il est blessé au front, et au bras. Dans l’appartement, sa mère gît dans son sang, frappée au visage à la hache. Elle a perdu son œil gauche, elle a des plaques de métal désormais dans le visage, et une jambe handicapée, à cause de problèmes neurologiques consécutifs.
Les fils disent que c’est leur père, que J. l’a désarmé et a jeté l’arme, une hachette, par la fenêtre. Le père a pris la fuite avec 1000 euros en liquide et des documents administratifs. Plus tard il appellera les autorités : « j’ai tué ma femme », il veut, dit-il, se constituer prisonnier dans la journée, mais les enquêteurs le géolocalisent et l’arrêtent immédiatement.

 

 

Plus tard Daniel Parize s’était défaussé sur son fils J., mais il a fini par reconnaître, et il le maintient devant la Cour : « J’ai accusé J., j’ai menti. C’est moi. J’ai déraillé, j’ai perdu la tête. J’ai mis 18 mois pour réaliser que ce que j’ai fait est atroce. Je leur demande pardon. »

 

Et Daniel Parize, 56 ans, se met à pleurer.

 

 

 

 

Florence Saint-Arroman

 

Pour mémoire, nos articles de l’époque :

 

 

http://montceau-news.com/faits_divers/275402-montcellien-qui-avait-agresse-sa-femme.html

 

http://montceau-news.com/faits_divers/275402-montcellien-qui-avait-agresse-sa-femme.html

 

http://montceau-news.com/faits_divers/305948-agresseion-avec-une-hachette-dune-femme-par-son-mari-a-montceau.html

 

 

 

 

reco police 2903164

 

 



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