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mardi 24 juillet 2018 à 06:03

Justice – Auteurs d’une trentaine de délits divers…

...deux habitants du bassin minier condamnés à de la prison ferme !



 




 

 

« Une fois, quand j’étais petit, je suis tombé en prison pour un vol, et je n’ai jamais recommencé. » Ali K. est désormais majeur, il est poursuivi pour 20 vols ou tentatives de, dont 3 avec effractions dans des habitations, 3 recels, 3 escroqueries dans des bureaux de tabac avec des CB volées, et outrage.

 

 

A ses côtés dans le box, Senad C., est poursuivi aussi pour des vols. L’audience va durer 3 heures : « le récit, dira Caroline Locks, substitut du procureur, d’un pillage de la région Montceau-Blanzy, en février dernier ».

 

 

L’audience de ce lundi 23 juillet va durer 3 heures aussi parce que ces deux-là, du haut de leurs 20 (Ali, né à Saint-Vallier) et 18 ans (Senad, né en Serbie), semblent croire qu’il n’y a qu’une façon de faire avec les autres, c’est de baratiner, de tchatcher, à tort et à travers. Ils mentent comme des arracheurs de dents, en sont incohérents, et ils fatiguent tout le monde. Ali a 18 mentions à son casier, et Senad, 10. Ils étaient convoqués librement devant le tribunal, selon une procédure accélérée mais sans incarcération, sauf qu’ils sont tous deux « DPAC », détenus pour autre cause, alors on les a extraits du centre pénitentiaire. Ils n’ont pas d’avocats. Ils avaient le temps d’en saisir, mais non. Alors voilà le tribunal soumis à leurs seuls baratins, ils ne se rendent pas service mais semblent déjà enfermés dans un système qui interdit la moindre parole digne de ce nom.

 

 

Ali K. a été condamné en mars à 5 mois de prison ferme pour usage de stups, refus d’obtempérer et mise en danger de la vie d’autrui : début mars les forces de l’ordre l’ont vu au volant d’une 205, on sait bien qu’il n’a pas de permis de conduire, Ali tente de se dérober. La voiture était volée et contenait des objets provenant d’autres vols. Et puis il a des sursis mis à l’épreuve révoqués, d’autres peines mise à exécution, c’est la cascade. Tant pis, il maintient : il n’a rien volé du tout, il ne reconnaît que les achats avec des CB volées, et l’outrage. L’outrage la fiche vraiment mal car les insultes, qu’on peut qualifier d’ordinaires, se doublent d’un « je connais du monde dans le trafic, on se retrouvera ». A vouloir se poser ainsi, il parle de lui.

 

 

26 victimes… Plusieurs voitures volées, et du coup il piquait ce qu’il trouvait dedans. Les effractions dans les habitations ont bien sûr choqué leurs occupants légitimes, et les ont rétrospectivement insécurisés. Senad et lui n’ont rien à dire d’autre que « la prison m’a fait comprendre ». Mais, comprendre quoi, au juste ? Qu’il n’est pas agréable d’être privé de sa liberté ? Que c’est dur ? Quoi ? On ne sait pas. Ils donnent l’impression de ne rien comprendre, justement, vraiment pris tous les deux dans des réseaux ou des bandes qui ne vivent qu’ainsi, en marge, et dans l’illégalité du début à la fin, et qui s’imaginent peut-être que c’est un jeu ? On échappe à la police, on se fait prendre, on dit « j’ai compris, vraiment, je voudrais trouver un travail et… », et quoi ? A les écouter souler le tribunal de sornettes, à se couper eux-mêmes l’herbe sous le pied, on doute de tout.

 

 

La présidente Aussavy relève tous les éléments à charge : le téléphone qui borne en des lieux et temps précis, l’ADN, les empreintes digitales, les objets retrouvés dans la 205, les images de vidéo-surveillance dans les commerces. Les images, ok, le reste, non. Quand en prison, on est venu chercher Ali pour le placer en garde à vue, il a pété un boulard, ou alors c’était pendant sa garde à vue, quand on lui a annoncé qu’il allait être présenté au procureur. C’est un peu confus, mais c’est exactement ce que fabriquent ces garçons avec leurs réponses à tout, changeantes et incohérentes : de la confusion. Les magistrats ont l’ensemble de la procédure, et l’esprit clair, en dépit de la coulée de mélasse avec laquelle les prévenus essaient de noyer les éléments objectifs. Cela dit, Ali connaît un peu les lois, finalement, puisqu’il a lancé à un des policiers : « Fils de pute, viens me frapper avec les menottes, que je puisse porter plainte. » Il y a une pointe de perversion, à chercher sans cesse à retourner les choses, y compris dans l’idée que ce sont les mois de prison qui lui « tombent » dessus.

 

 

Maître Ronfard et maître Mirek interviennent pour quelques victimes et les deux policiers victimes de l’outrage, le parquet requiert 18 mois de prison à l’encontre de Senad C., et 5 ans pour Ali K., qui invoque la possibilité du « hasard » et annonce l’erreur judiciaire.

 

 

Le tribunal condamne Senad C. à 1 an de prison, et Ali K. à 4 ans dont 1 an assorti d’un sursis mis à l’épreuve, il devra travailler et indemniser les victimes. Le tribunal décerne mandat de dépôt pour les deux. Ali a baissé la tête, ne la relève qu’à la fin, le dos droit.

 

 

Il prétendait que son incarcération en 2016 l’avait « calmé ». La présidente Aussavy remarqua : « Vous pouviez trouver du travail. – Mais j’ai trouvé du travail ! – Quoi ? – Ben, j’allais voir la mission locale, et j’ai fait un stage, et ensuite je me suis fait arrêter. – Donc, vous n’avez pas trouvé de travail. »

 

 

Florence Saint-Arroman

 

 

Ali K. devra indemniser plusieurs victimes à hauteur de 4576 euros en tout, et verser 200 euros à chaque policier ainsi que 600 euros pour leurs frais de défense. Renvoi sur intérêt civil en novembre prochain, pour 3 autres victimes.

 

 

 

 

 

tribunal 2208172

 




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