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vendredi 23 octobre 2015 à 07:15

Cercle « Autour de la pensée de Marx » (Bassin minier)

Les phrases historiques de l'expansion géographique du capitalisme



Après nos contributions a propos des crises du système capitaliste et des ses conséquences, après avoir attiré l’attention sur l’ampleur des coûts du Capital (coûts directs et indirects : estimés à 620 milliards d’euros par an), nous abordons un aspect essentiel du capitalisme : le totalitarisme. Le capitalisme tend à vouloir tout pour lui du point de vue : géographique, économique, politique et anthropologique.

 

 

 

Les phrases historiques de l’expansion géographique du capitalisme

 

Première partie

 

Le capitalisme a pris véritablement son essor à la fin du XVIII siècle avec l’apparition de la mécanisation puis, dans la foulée, de la grande industrie. Nous sommes au XXI siècle et le capitalisme est toujours vivant malgré de multiples crises dont certaines, très violentes (1929-1945, 2007-?) qui ont été tout près de provoquer son effondrement. La capacité de résistance du système capitaliste, malgré un parcours chaotique (alternance de phases de prospérité et de crises) et parfois cauchemardesque, reste pour beaucoup une énigme.

 

Dès 1847, Marx et Engels dans le manifeste du parti communiste, en quelques pages seulement, produisent une analyse magistrale sur l’avènement de la bourgeoisie, ses phases de développement et sur la trajectoire historique future du capitalisme : « poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s’implanter partout, exploiter partout ,établir partout des relations. Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a ôté à l’industrie sa base nationale »… « comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives ; de l’autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens ».

 

Henri Lefebvre dans la survie du capitalisme – la reproduction des rapports de production, avance l’hypothèse que le capitalisme survit grâce à la production de l’espace.

 

Lénine dans l’impérialisme, stade suprême du capitalisme tout comme rosa Luxembourg, dans l’accumulation du capital, pour des raisons et au moyen d’arguments assez différents, considéraient que l’impérialisme (une certaine forme de production de l’espace) était la solution de l’énigme même s’ils étaient persuadés que l’impérialisme se heurtait à des limites du fait des contradictions indépassables du capitalisme.

 

David Harvey, dans the limits to capital et spaces to capital, développe une théorie générale des mécanismes de crise du capitalisme et expose les solutions classiques pour surmonter les crises : la dévalorisation ou la destruction de capital (dans le cas de sur-accumulation, il devient nécessaire qu’une partie du capital accumulé ne se mette plus en valeur ou qu’elle soit dépréciée ou encore détruite pour surmonter la crise), l’expansion du crédit, la réorganisation dans l’espace.
La survivance du capitalisme ne peut se comprendre que mise en rapport avec la reproduction élargie (production à toujours plus grande échelle) exposée par Marx dans le Capital, livre I ,ainsi qu’avec la tendance générale du capitalisme à engendrer des crises de sur-accumulation que l’on peut comprendre grâce à la théorie de la baisse tendancielle du taux de profit exposée dans le Capital, livre III ; (la sur-accumulation ou surproduction de capital est une situation dans laquelle trop peu de plus-value ou sur-valeur est créée par rapport au capital investi).

 

Depuis toujours, les grandes puissances capitalistes ont cherché à élargir leurs possibilités de production afin de favoriser l’accumulation du capital. Mais l’accumulation par le biais d’un processus régulier (purement économique) de reproduction élargie a vite trouvé ses limites. Des stratégies diverses ont alors été impulsées pour assurer la reproduction élargie coûte que coûte, ce que David Harvey nomme l’accumulation par expropriation (terme déjà employé par Marx dans son analyse sur l’accumulation primitive dans le Capital, livre I). Les politiques coloniales et les guerres (dévalorisation/destruction de capital fixe) ont bouleversé les rapports entre mode de production capitaliste et mode de production non capitaliste. Les états-nations ont joué un rôle majeur dans cette recherche d’expansion géographique pour décupler les possibilités d’accumulation y compris pour le capital privé. Puis d’autres pratiques (autres que militaires) sont apparues pour poursuivre l’accumulation par expropriation.

 

Le capital financier et le crédit sont devenus les fers de lance « modernes » de l’accumulation par expropriation. Ce sont, en effet, de puissants leviers de prédation : Spéculation, destruction organisée d’actifs par le biais de l’inflation, appropriation d’actifs au moyen de fusions et acquisitions, création de hauts niveaux d’endettement qui réduisent des populations entières à la condition de débiteurs permanents, dépossession d’actifs (fonds de pension attaqués et détruits suite à l’effondrement des cours de bourse). Ainsi les hedge funds (fonds spéculatifs) ont provoqué une grave crise de liquidités dans toute l’Asie du sud-est dans les années 1990, provoquant la faillite de nombreuses entreprises, lesquelles ont été rachetées à des prix défiant toute concurrence, ce qui constitua « le plus grand transfert d’actifs jamais vu en temps de paix » (Robert Wade et Franco Veneroso) de l’Asie vers l’étranger :Etats-Unis et Europe. Les puissances capitalistes, en générale dominées par un centre hégémonique, ont depuis longtemps recours à des pratiques quasi-impérialistes pour déployer des dispositifs spatio-temporels aptes à faire face à leurs problèmes de sur-accumulation.

 

 

Phase I de l’expansion géographique – Selon Hannah Arendt, dans l’impérialisme, l’impérialisme a connu sa première phase d’expansion sur la période 1884-1945. Chaque état s’est lancé dans sa propre aventure impériale pour résoudre les problèmes de sur-accumulation et de conflits de classes. Dans un premier temps, ce système se stabilisera sous l’influence du centre hégémonique britannique puis s’effondra à la fin du XIX siècle et aboutit à des conflits géopolitiques entre grandes puissances. Il donna lieu ensuite à deux guerres mondiales, selon un scénario proche de celui prévu par Lénine. Pendant cette période, une grande partie du monde encore inexploitée vit ses ressources pillées par ces puissances, lesquelles espéraient ainsi compenser leur incapacité chronique (révélée crûment pendant la crise des années 1930) à assurer la survie du capitalisme au moyen de la reproduction élargie.

 

Phase II de l’expansion géographique – Ce système fut bousculé à partir de 1945 par un autre système, dominé cette fois par le centre hégémonique américain, dont le but était d’établir un contrat entre toutes les grandes puissances capitalistes pour éviter tout conflit inter-capitaliste et trouver un moyen rationnel et collectif de traiter la question de la sur-accumulation qui avait été à l’origine du désastre des années 30. Pour y parvenir, les puissances devaient se répartir les avantages du développement d’un capitalisme intégré dans les régions du centre (d’où le soutien américain à la création d’une Union Européenne) et entreprendre une expansion systématique (d’où l’insistance américaine sur la décolonisation). L’exportation de capitaux vers les marchés extérieurs fut soumise à un contrôle sévère.

 

Cette deuxième phase d’expansion fut façonnée, pour une bonne part, par les circonstances de la guerre froide qui donnèrent aux Etats-Unis la position d’unique superpuissance capitaliste (économique et militaire), unique centre hégémonique mondial. Le monde capitaliste, dans son ensemble, connut alors une forte croissance par le biais de la reproduction élargie (les trente glorieuses) et l’accumulation par expropriation resta relativement discrète. Au plan géopolitique, les principaux conflits étaient soit liées à la guerre froide (les Soviétiques ayant construit leur propre empire), soit liés à des foyers résiduels (ce qui incita les Etats-Unis à soutenir de nombreux régimes post-coloniaux dictatoriaux) causés par la réticence des puissances européennes à se retirer de leurs colonies (l’intervention franco-anglaise à Suez en 1956 en est une bonne illustration).

 

Nous traiterons prochainement les autres phases de l’expansion géographique du capitalisme : des années 1970 à aujourd’hui.

 

A suivre…

 

Jacky Jordery, Serge Roigt, Bruno Silla 

 

 

 

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7 commentaires sur “Cercle « Autour de la pensée de Marx » (Bassin minier)”

  1. cntrbbl71 dit :

    « nous abordons un aspect essentiel du capitalisme : le totalitarisme »
    Sans oublier bien évidemment les bienfaits du communisme : Lénine, Staline, Mao, l’URSS, La Chine, les Khmers rouge, la Corée du Nord, Castro, etc… tous ces démocrates et démocraties où il faisait ou fait encore bon vivre.
    Coûts directs ou indirects bien difficiles à chiffrer, les dizaines de millions de morts, les prisonniers politiques, des détails?

  2. Electron libre dit :

    Bonjour !

    Je suis , comme on dit pudiquement , « d’un âge avancé » !
    Un QI que l’on dit sensiblement supérieur à la moyenne m’a permis d’accomplir de longues études qui ont toutes été sanctionnées par de prestigieux diplômes !
    Mon cursus professionnel m’a ouvert des horizons flamboyants au hasard de rencontres ou de collaborations avec d’éminentes personnalités telles que Louis Leprince-Ringuet , Georges Charpak , Jean Rostang , Richard Feynman , Claude Allègre , Hubert Reeves , … et beaucoup d’autres …

    Ma vie durant , outre la physique et les mathématiques , je me suis intéressé à la philosophie et aux sciences humaines en général !

    J’ai lu des centaines de livres , de thèses et d’articles divers et variés !
    J’ai voyagé et travaillé dans de multiples pays étrangers !
    J’ai assisté à des centaines de conférences , participé à des centaines de colloques , établi moi-même quelques théories qui à leur tout petit niveau influent aujourd’hui modestement sur le quotidien de nos concitoyens …

    Pourtant … alors que je suis au crépuscule de ma vie , j’ai la ferme conviction de ne posséder qu’un infime savoir …
    Je suis aujourd’hui , face à des questionnements auxquels les connaissances acquises n’ont pu m’apporter de réponses …
    Tout comme « Socrate » , je sais que je ne sais rien … !

    Alors , face à vos affirmations purement idéologiques , je m’interroge …
    Comment peut-on à ce point qui est le vôtre , être pétris de certitudes et persuadés de détenir la vérité , alors que visiblement , votre savoir ne s’articule qu’autour d’un « seul » ouvrage … ?

    Vraiment … Madame , Messieurs , je vous admire et vous envie … !!

    Très cordialement !

    • montcellienbis dit :

      j’admire votre commentaire il est digne de l’homme que vous êtes
      j c rey

    • jean montceau dit :

      Si vous n’avez pas d’idéal, je vous plains, la vie doit manquer de sens pour vous.

      • Electron libre dit :

        Ne soyez pas inquiet cher monsieur , je ne suis pas à plaindre !

        Si pour vous , avoir un « idéal » signifie regarder le monde à travers le petit bout d’une lorgnette , alors oui , je n’en ai pas !

        Depuis mon plus jeune âge , j’ai toujours considéré que les dogmes , qu’ils soient politiques , philosophiques ou religieux n’étaient pas propices à la dignité et à la prospérité d’un peuple !

        Pour vous rassurer , j’ajouterai que bien que je n’ai pas « d’idéal sectaire » , ma vie a été (et est toujours) pleine de sens !

        Bien que toutes ces « gesticulations » politiciennes soient irrémédiablement imbitables à l’entendement du vieux scientifique que je suis , je pense néanmoins , en ma qualité de « bourgeois » , avoir bien plus œuvré pour mes semblables que bons nombres d’aboyeurs encartés !!

        Très cordialement !

  3. roussillon dit :

    Cher électron libre…Je ne puis répondre à la place de ces messieurs et dame sur l’étendue réelle de leur savoir.

    Moi même me reconnais borné dans ma nature et sans doute infini dans mes voeux , c’est pourquoi j’entre en co-naissance avec l’humain ou ses oeuvres, sachant, comme vous d’ailleurs, que je ne serai jamais , comme il était dit du roi VOLTAIRE, « le magasin d’idées de tout un siècle ».

    Cher cntrbbl71, je me suis laissé dire que MARX n’a pas laissé à la postérité les dictatures, mais une méthode d’analyse scientifique des faits économiques et sociaux, qui doit précisément nous affranchir de nos pré-conceptions et de nos pré-perceptions.

  4. rosemicjar dit :

    Chercher l’égalité.. Les régimes communistes n’y sont pas arrivés…Alors, une gestion, au mieux, des inégalités..