Autres journaux :



dimanche 12 novembre 2017 à 05:40

Cercle « Autour de la pensée de Marx » (Montceau-les-Mines)

TRANSHUMANISME OU HUMANISME RENOUVELÈ ?



 

Précédemment nous avons vu, qu’en suite du Moyen Age européen, un mouvement de la libération de l’Homme par l’Homme a vu le jour au 15ème siècle  en Italie et a gagné les milieux humanistes jusqu’au 20ème siècle, adoptant des visages différents, sans  trahir le besoin critique de la connaissance, étendue à tous, dans la liberté de l’épanouissement des facultés proprement humaines. L’introduction massive de la machine intelligente et pensante va t’elle remettre en cause notre culture du libre arbitre? cela nécessite un débat sur ce thème.

 

Le libre arbitre en débat

 

Le concept de libre arbitre, depuis les temps les plus reculés, suscite le débat chez les philosophes. Il faut dire que ce n’est pas un sujet anodin puisqu’il touche à la liberté. Le libre arbitre est-il liberté dans l’acte d’agir ou bien illusion ?

 

 

– Pour Spinoza, le libre arbitre est une totale illusion qui vient de ce que l’homme a conscience de ses actions mais non des causes qui les déterminent pour agir :  » Mais à vrai dire, s’ils ne savaient d’expérience que nous faisons plus d’une chose dont nous nous repentons ensuite et que, souvent, quand nous sommes en proie à des affects contraires, nous voyons le meilleur et nous faisons le pire, rien n’empêcherait qu’ils croient que nous faisons tout librement » ( Ethique III ). Les exemples, en effet, sont innombrables de décisions prises qui se révèlent, in fine, être des décisions malheureuses du fait qu’elles vont à l’encontre des intérêts de ceux qui les ont prises, justement parce qu’en méconnaissance de cause ( j’ai cru bien faire, si j’avais su …).

 

 

– Aristote met des conditions au libre arbitre. Dans Ethique à Nicomaque il définit l’acte volontaire par l’union de deux facultés : la spontanéité du désir : agir par soi-même ( dont le contraire est la contrainte ) et l’intentionnalité de la connaissance : agir en fonction d’une cause et en connaissance de cette cause (j’agis en sachant ce que je fais ), dont le contraire est l’ignorance (j’agis en ne sachant pas ce que je fais ).

 

Mais où met-on le curseur concernant l’ignorance , critère commun aux deux philosophes cités ? Question complexe, oh combien subjective, à laquelle Socrate suggère comme réponse : « Le mal n’est pas que les hommes soient ignorants, c’est qu’ils ignorent qu’ils le sont. Un homme conscient de son ignorance ne l’est donc pas totalement puisqu’il sait qu’il est ignorant. Pour Socrate, les moins ignorants sont donc ceux qui sont conscients de leur ignorance car se savoir ignorant est la condition de la recherche de la science, elle est même la manifestation de notre désir de savoir et de nous affranchir de notre ignorance » ( Platon, Apologie de Socrate ). Lors de son procès, Socrate pardonnera ceux qui l’ont condamné à mort justement parce qu’il considère qu’ils ont agi par ignorance. Socrate met donc le curseur au niveau de la conscience de soi qu’il faut prendre ici, non pas au sens Descartien ( je pense donc je suis ) mais au sens Pascalien ( parce qu’il est doué de pensée, l’homme est investi d’une grandeur paradoxale née de la compréhension de sa propre petitesse).

 

 

Conscience de soi et volonté d’agir sont, en effet, de puissants stimulants pour combattre l’ignorance : « Il n’y a pas de route royale pour la science et ceux là seulement ont chance d’arriver à ses sommets lumineux qui ne craignent pas de se fatiguer à gravir ses sentiers escarpés » ( Karl Marx, lettre à M. La Chatre, Le Capital livre 1 ). Et, concernant la contrainte, elle semble omniprésente dans notre quotidien ( je suis contraint d’exercer un métier inintéressant, fastidieux, abrutissant parce que je n’ai pas d’autre solution pour gagner ma vie – je suis contraint de voter pour Machin au deuxième tour de l’élection pour empêcher la victoire de Truc qui est encore pire que Machin – je suis contraint de passer 3h dans les transports car je n’ai pas les moyens de me loger à Paris où je travaille – je suis contraint de faire le choix de travailler 37h payées 35 pour éviter que mon entreprise délocalise en Roumanie – chef d’entreprise, je suis contraint de réinvestir une partie de mes profits dans la modernisation de mes moyens de production si je ne veux pas être éliminé par la concurrence…

 

 

Le développement de l’automatisation de la technique conduira-t-il à la négation du libre arbitre ?

 

 

Les transhumanistes invoquent que l’homme, comme les autres espèces, n’est pas à l’abri de la régression, voire de la disparition. Ils considèrent d’ailleurs que cette régression a déjà commencé. Le moins que l’on puisse dire c’est que cette régression a toutes les chances de s’accélérer brutalement « grâce » a la multitude de gadgets high tech ( que nous ne confondons pas avec la science utile, celle qui renforce, bonifie l’homme ) qui vont envahir notre quotidien et contribuer à déresponsabiliser et infantiliser les humains : – le slip de bain connecté qui signale quand c’est le moment de mettre de la crème – le jean connecté qui signale si vous devez tourner à gauche ou à droite – le réfrigérateur connecté qui commande directement en ligne – vos marchandises préférées avant qu’elles ne vous manquent – la machine à laver qui fait pareil pour la lessive – les couches culottes connectées – fourchettes, brosses à dents, lunettes, biberons connectés…etc etc etc L’humain va évoluer désormais dans un environnement truffé d’objets connectés , lesquels ( ceux que nous appelerons les joujoux ) vont contribuer à ce qu’il délègue peu à peu sa responsabilité, sa vigileance, sa prévoyance, son sens de l’organisation…à la technique qui pensera et agira à sa place : « Lorsque la technique entre dans tous les domaines et dans l’homme lui-même qui devient pour elle un objet, la technique cesse d’être elle-même l’objet pour l’homme; elle devient sa propre substance, elle n’est plus posée en face de l’homme mais s’intègre en lui et progressivement l’absorbe (…) il n’y a pas d’autonomie de l’homme possible en face de l’autonomie de la technique » ( Jacques Ellul, juriste, historien, sociologue : La technique ou l’enjeu du siècle ).

 

 

Le dévéloppement de l’automatisation de la technique conduira-t-il à l’« homo marionnetus » ?

 

 

L’humain de demain serait de moins en moins en situation de réfléchir, d’agir et perdrait son autonomie de décision. Il pourrait toujours invoquer son libre arbitre pour se justifier mais, croyant bien faire, il ne ferait qu’accélérer sa régression en se déssaisissant de sa responsabilité dans une multitude d’actions du quotidien. Les algorithmes, couplés aux objets connectés, profilent les individus, pistent toutes les traces que nous laissons. Au début, ils nous assistent puis se mettent à choisir à notre place ( comme si l’humain n’en était plus capable ) explique le sociologue Dominique Cardon dans son livre «A quoi rêvent les algorithmes ». Ce nouvel environnement technologique opère une pression continue sur la décision humaine. Et l’algorithme est générateur de profits : « C’est désormais le produit qui va au consommateur (…) il ne s’agit pas seulement d’un changement de modèle économique, mais d’un changement de civilisation fondé sur la marchandisation intégrale de la vie et l’automatisation de la société » explique Eric Sadin, sociologue, dans «  La siliconisation du monde ».

 

 

Il s’agit là d’une nouvelle étape du capitalisme . Le technocapitalisme entend, à terme, automatiser et orienter nos vies et installer une nouvelle réalité. L’humain de demain ( tout au moins celui qui se laissera abuser par ce qui brille ) ressemblera de plus en plus à une marionnette ( personne qu’on manoeuvre à son gré, à laquelle on fait faire ce qu’on veut ) car il deviendra de plus en plus assisté. Face à cette nouvelle réalité, il n’y a pas de recettes miracles : « Pour changer le monde : – de la colère et de la ténacité – de la science et de l’indignation – l’initiative rapide , la réflexion profonde – la froide patience , la persévérance infinie – la compréhension du particulier et la compréhension du général C’est seulement en étant instruits de la réalité que nous pouvons changer la réalité » ( Bertolt Brecht – La décision )

 

 

À suivre…

 

 

Jacky JORDERY, Serge ROIGT , Bruno SILLA – 

 

 

 

 

marx 1111172

 



Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.


» Se connecter / S'enregistrer




3 commentaires sur “Cercle « Autour de la pensée de Marx » (Montceau-les-Mines)”

  1. Electron libre dit :

    Bonsoir messieurs ,

    Après lecture attentive de votre billet et sans aucune intention polémique , permettez-moi d’apporter quelques petits compléments à votre réflexion qui bien qu’assez juste n’en reste pas moins relativement réductrice !

    Envisageons le sujet sous ses deux aspects , le philosophique et le scientifique (que vous avez totalement occulté) .

    Du point de vue philosophique , la notion de libre arbitre, synonyme de liberté, désigne le pouvoir de choisir de façon absolue, c’est à dire d’être à l’origine de ses actes !
    Autrement dit ,un individu « libre » est sensé pouvoir choisir de lui-même ce qu’il choisit, sans être poussé à l’avance d’un coté ou d’un autre par quelque influence ou cause que ce soit.

    Le libre arbitre suppose alors un certain contrôle de la part de l’individu : contrôle sur ses actions mais aussi sur les pensées et les émotions à partir desquelles il va se décider d’agir (contrôle qui suppose aussi la capacité de s’abstenir).
    D’autre part, l’exercice du libre arbitre suppose des conditions « objectives » : que les termes du choix soient des possibilités réelles.
    Pour que je puisse choisir entre A et B (ou même pour que je puisse m’abstenir de choisir (possibilité C)), il faut qu’A, B et C soient également possibles.

    Sur quoi repose la notion de libre arbitre ?
    Deux points de vue s’opposent ici qui traversent toute l’histoire de la philosophie à travers bien des dénominations et des variantes différentes, opposition que j’essayerai de résumer comme étant celle entre le point de vue de la première personne (« Je ») et celui de la troisième personne (« Il ») .

    Du point de vue de la première personne , c’est-à-dire du point de vue de ma conscience, personne ne peut décider à ma place, ( ne pas décider est aussi une décision) et la moindre action digne de ce nom m’engage  .
    Par exemple , pour faire une chose aussi simple que lever le bras , il faut que je le décide, tout au moins faut-il que j’y pense , rien ne se passerait sinon.
    Le libre arbitre est la condition de la responsabilité !

    Cela fait-il du libre arbitre et du contrôle qu’il suppose une donnée crédible ?

    Est-il si évident de penser que nous avons un contrôle sur nos pensées et nos émotions ?

    La plupart de nos supposées « actions », ne sont-elles pas en réalité des réactions mécaniques qui répondent à autant de facteurs intérieurs (émotions, préjugés…) et extérieurs ( circonstances) que nous ne contrôlons pas ?

    Certes, je suis à l’origine de tous mes choix, mais ai-je choisi ce que je suis ?

    Pour que nos actions soient vraiment les nôtres, il faudrait que nous puissions nous choisir nous-même, cela est-il possible ?

    Peut-on revendiquer un choix absolu de soi-même?
    Il faudrait alors avoir conscience d’avoir délibérément choisi sa naissance. Peut-être peut-on, plus raisonnablement, revendiquer un choix relatif de soi-même, « choix » signifierait ici soit acceptation (à partir d’un passé qu’on n’a pas choisi), soit refus (le suicide en étant l’extrémité).

    Cela nous amène à la question des conditions objectives du libre arbitre (celle des « possibilités objectives » du choix) et au second point de vue.

    Du point de vue de la troisième personne, c’est-à-dire pour un observateur extérieur «objectif », chacun des actes d’un individu donné s’explique par des causes extérieures et s’insère dans une continuité.
    La science moderne en est l’expression la plus aboutie, elle est globalement déterministe (je laisse de côté la question du probabilisme de la physique quantique), c’est-à-dire qu’elle envisage l’état présent de l’univers comme étant l’effet nécessaire de celui qui l’a précédé, et cela en vertu des lois de la nature.
    Ainsi, il apparaît qu’un individu ne peut agir en réalité autrement qu’il n’agit en fait, et que s’il s’est engagé dans une action A c’est que ni B, ni C (s’abstenir) n’était possible en fonction de son passé.

    L’idée de libre arbitre semble donc ici contradictoire avec celle de loi naturelle.
    Comment pourrait-on nier que nos futurs possibles sont en réalité déterminés par notre passé réel ?
     
    Faut-il nécessairement opposer ces deux points de vue ? Objectivement le présent est l’effet nécessaire du passé, mais cela rend t-il absolument illusoire la nécessité face à laquelle nous nous trouvons (subjectivement) de décider et d’agir ?
    Doit-on tenir notre expérience de première personne (celle de nos hésitations, nos choix, notre responsabilité…) comme purement illusoire ?
    De ce point de vue les obstacles à notre liberté n’existent que par rapport à elle, et la question n’est pas : « être ou ne pas être libre ? », mais « comment se libérer ? »
    La liberté deviendrait alors une pratique exigeante, le libre arbitre une difficile conquête !

    Vu que nous sommes tous des sujets, n’est-ce pas le point de vue objectif qui est abstrait ?
    N’est-il pas nécessaire de tenir pour vrai les deux points de vue : nous sommes à la fois libres (subjectivement et dans la mesure où nous y travaillons) et non libres (objectivement, dans la mesure où nous sommes une partie de la nature) ?

    Intérsessons nous maintenant aux points de vue des neurosciences sur l’étude du cerveau :
    Même si elles sont largement débattues, tant du point de vue de leurs résultats scientifiques que de l’interprétation philosophique qui en est donnée, les expériences menées sur le sujet sont pour le moins troublantes !

    En 1983 , Benjamin LIBET , chercheur et professeur à l’université de Chicago et pionnier dans le domaine de la recherche sur la conscience humaine , mit au point une expérience très simple : (Time of conscious intention to act in relation to onset of cerebral activity, Brain 106, p.623 – 642 (1983)
    On vous place devant une horloge digitale qui défile rapidement, et on vous donne un bouton sur lequel vous pouvez appuyer au moment qui vous plaira.
    La seule chose que l’on vous demande est de retenir le nombre indiqué par l’horloge au moment où vous prenez votre décision d’appuyer. Dans le même temps, des électrodes placées sur votre crâne enregistrent votre activité cérébrale.
    Ce dispositif permet de mesurer : Premièrement , le moment où vous prenez la décision d’appuyer , Deuxièmement le moment où votre cerveau commence à s’activer, et Troisièmement le moment où vous appuyez physiquement sur le bouton.

    Et la découverte spectaculaire de Libet, c’est que l’activation cérébrale précède la décision consciente, et ce de plusieurs centaines de millisecondes !

    Interprétée de manière brute, l’expérience de Libet semble condamner le libre-arbitre : J’ai l’impression de décider d’appuyer à un certain moment, mais mon cerveau a déjà décidé depuis presque une demi-seconde ! 
    Comment dans ces conditions , puis-je être libre de décider quelque chose, si au moment où j’ai conscience de choisir, mon cerveau a déjà commencé à agir ?

    Mais , comme on peut s’en douter, cette expérience possède de nombreuses failles qu’il n’est pas difficile d’identifier !
    Il y a tout d’abord les incertitudes de mesure, puisqu’on parle ici d’un écart de seulement quelques centaines de millisecondes. Ensuite le fait que l’estimation du moment de décision par le sujet lui-même n’est certainement pas très fiable : elle est subjective et l’horloge peut constituer une source de distraction et donc d’erreur. Enfin, le signal électrique relevé dans le cerveau pourrait être simplement un signal « préparatoire », qui indique que le cerveau s’active mais qui ne détermine pas spécifiquement la décision que l’on va prendre.
    Donc , rien de bien concluant dans cette expérience , si ce n’est qu’elle a ouvert la voie de ce domaine de recherche !

    Un autre exemple : En 2008 , quatre chercheurs de l’institut « Max PLANCK » imaginent un processus innovant . (Unconscious determinants of free decisions in the human brain, Nature Neuroscience 11, p.543 – 545 (2008)
    Dans cette nouvelle expérience , plusieurs choses diffèrent par rapport au protocole de Benjamin Libet.

    Tout d’abord, le sujet dispose de deux boutons, un dans sa main gauche et un dans sa main droite.
    Il peut appuyer quand il le souhaite, soit à gauche soit à droite.
    Ensuite, le cerveau du sujet est suivi cette fois dans une IRM, ce qui permet d’observer simultanément l’activité de tout un ensemble d’aires cérébrales
    Et il apparaît que les résultats de cette expérience sont perturbants !

    D’une part, l’IRM révèle qu’une activité cérébrale préparatoire existe 7 à 10 secondes AVANT que le sujet ne prenne sa décision d’appuyer.
    Encore plus troublant, cette activité cérébrale permet dans une certaine mesure de prédire de quel côté le sujet va appuyer !
    Ce qui veut dire que plusieurs secondes avant que vous soyiez conscient de choisir, votre cerveau a déjà décidé entre droite et gauche, et l’IRM peut même révéler le côté qui sera choisi !

    Pour modérer un peu ce résultat apparemment catastrophique pour notre libre-arbitre, il faut noter que la prédiction faite par l’IRM est loin d’être infaillible, puisqu’elle fonctionne au mieux dans 80% des cas, ce qui est significativement mieux que le hasard, mais reste tout de même limité et ne peut dans ce cas constituer une vérité !

    Quelle conclusions raisonnables tirer de ces expériences ?
    Il faut savoir qu’il n’existe chez les scientifiques et les philosophes aucun consensus quant à leurs interprétations.

    Comme cette conclusion prudente semble quand même en mettre un coup à notre vieille notion de libre-arbitre, une manière de se rassurer est de considérer que notre cerveau prépare nos décisions assez en avance par rapport à notre conscience, mais qu’il nous laisse jusqu’au dernier moment un droit de veto.
    Il semblerait qu’une des fonctions de cette aire appelée SMA soit justement de pouvoir inhiber certaines actions décidées et préparées en amont. Donc jusqu’au dernier moment, on aurait le choix de ne pas faire.
    C’est ce que les anglo-saxons appellent le « free won’t », par analogie au libre-arbitre appelé « free will ».

    Quelques philosophes dont «Dan Dennett » adhèrent à une position appelée « compatibilisme », selon laquelle la réalité est totalement déterministe mais le libre-arbitre existe quand même.
    J’avoue que je ne comprends pas ce que ça signifie, et que pour moi ça ressemble beaucoup à une posture de façade « pour sauver les meubles ».
    Ce qu’on peut comprendre car si le libre-arbitre était vraiment réfuté, les conséquences pour la société pourraient être terribles !

    Imaginons que l’on montre scientifiquement que le libre-arbitre n’existe pas, cela poserait sans doute un très gros problème puisque toutes nos lois et notre droit reposent sur la notion de « responsabilité individuelle » : nous sommes responsables de nos actes car nous sommes libres de les accomplir ou pas !
    D’ailleurs en droit, pour être puni d’un crime, il faut qu’il y ait à la fois « l’intention et l’action ». La pensée n’est pas un crime, donc si vous avez juste l’intention de commettre un forfait, on ne peut pas vous condamner pour ça (encore que ce ne soit pas totalement vrai, notamment dans le cas de la préparation d’actes terroristes). Réciproquement, si quelqu’un commet un crime mais est jugé irresponsable, il ne sera pas condamné.

    Donc si le libre-arbitre n’existe pas, nous sommes tous irresponsables de nos actes et toutes nos structures juridiques s’effondrent !
    L’autre fait , si on conclut que le libre-arbitre n’existe pas, c’est que la plupart des gens risquent d’en déduire qu’ils peuvent faire n’importe quoi, puisque finalement ils ont l’impression de ne pas être responsables.
    Cet effet a été démontré dans une expérience où les auteurs ont montré que si les gens ne croyaient pas au libre-arbitre, ils étaient plus enclin à tricher ! (K. D. Vohs et J. W. Schooler, The Value of Believing in Free Will : Encouraging a Belief in Determinism Increases Cheating, Psychological Science 19 (2008)

    Terminons sur une note rassurante … Qu’elles soient admises ou non , ces expériences semblent au moins réfuter le « modèle dualiste » du corps et de l’esprit.
    Dans ce modèle popularisé par Descartes, l’esprit existe indépendamment du corps, et est capable de le contrôler.
    Si cette vision était correcte, alors le sentiment d’avoir l’intention d’agir (qui viendrait de l’esprit) devrait précéder les manifestations cérébrales et musculaires (du corps).

    Les philosophes dualistes n’existent plus, mais malgré tout , cette vision reste probablement la plus reflétée dans le langage commun !

    Très cordialement

  2. sillabruno dit :

    Merci à Electron libre pour son copieux et très intéressant commentaire. Effectivement notre réflexion peut apparaître « relativement réductrice ». Cela s’explique par notre choix délibéré de ne pas faire trop long pour ne pas rebuter le lecteur potentiel; il nous semble que, plus le sujet est ardu plus il est nécessaire de rester dans des limites raisonnables; mieux vaut traiter le sujet en plusieurs étapes, ce que nous faisons régulièrement.
    Très cordialement
    Jacky JORDERY, Serge ROIGT , Bruno SILLA

    • Electron libre dit :

      Je vous remercie pour l’intérêt que vous semblez avoir porté à mon commentaire spontané ainsi que pour votre réponse courtoise !

      Je comprends tout à fait votre volonté de ne pas « effrayer » le lecteur !
      Je sais par expérience (il m’arrive de donner quelques conférences de vulgarisation scientifique ou philosophique à des publics de non-initiés ) que nous vivons aujourd’hui dans un univers sociétal peu propice à la diffusion et au partage du savoir !

      Il est de mon point de vue , assez regrettable qu’une certaine inculture scientifique ou philosophique soit devenue intellectuellement et socialement problématique au point qu’elle empêche de fonder une épistémologie rigoureuse du savoir contemporain , favorise l’emprise des gourous de toute sorte et rend délicate l’organisation de débats sérieux sur l’usage qui est fait des théories , qu’elles soient scientifiques ou philosophiques !

      Au plaisir de vous lire !

      Très cordialement