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mercredi 23 décembre 2015 à 04:49

Cercle « Autour de la pensée de Marx » (Montceau-les-Mines)

Les phases historiques de l'expansion géographique du capitalisme



Deuxième partie

 

« Phase III de l’expansion géographique – Ce système, l’expansion coordonnée des puissances capitalistes sous l’hégémonie des Etats-Unis (voir phase II), s’effondra à son tour dans les années 1970. Il devint difficile de mettre en œuvre les contrôles d’exportation de capitaux car les excédents de dollars américains commencèrent à inonder les marchés mondiaux. Les pressions inflationnistes augmentèrent du fait des manœuvres américaines pour s’approprier les armes et l’argent des armes en pleine guerre du Vietnam, tandis que l’intensification de la lutte des classes dans les pays du monde finit par faire chuter le taux de profit. Les Etats-Unis entreprirent alors de mettre sur pied un nouveau système fondé sur un ensemble de nouveaux dispositifs institutionnels financiers internationaux. Son but était de contrer les menaces économiques venant essentiellement d’Allemagne et du Japon (qui cherchaient à écouler leurs énormes excédents de capitaux vers les marchés extérieurs) et à redéfinir le pouvoir économique via un capital financier basé à Wall street.

 

L’augmentation vertigineuse du prix du pétrole (le choc pétrolier), résultat d’une collusion entre l’administration Nixon et les Saoudiens, causa d’énormes dégâts sur les économies d’Europe et du Japon. Ce sont les banques américaines qui obtinrent le privilège de recycler les pétrodollars dans l’économie mondiale. Menacés sur le terrain de la production, les Etats-Unis répliquèrent en imposant leur hégémonie au moyen de la finance. Mais pour que ce système fonctionna, il fallait obliger les marchés (de capitaux surtout) à s’ouvrir au reste du monde. Le néo-libéralisme fut présenté comme la nouvelle orthodoxie économique. Il remettait en cause l’équilibre du pouvoir de la bourgeoisie (lequel reposait jusque là sur les activités de production) au bénéfice de grandes institutions financières. Ceci permis en outre d’attaquer les positions gagnées par le mouvement ouvrier dans le cadre de la reproduction élargie, soit directement en contrôlant étroitement les capacités productives, soit indirectement en organisant la mobilité géographique de toutes les formes de capital (fixe, variable, financier). Le rôle du capital fut donc d’une importance décisive dans cette troisième phase de l’histoire de la domination bourgeoise mondiale.

 

Le système devint de plus en plus imprévisible et impitoyable. Il connut plusieurs phases d’accumulation par expropriation au moyen d’ajustements structurels orchestrés par le FMI, conçus comme autant de remède aux difficultés rencontrés dans la sphère de la reproduction élargie. Ainsi, dans les années 1980, des économies entières (particulièrement en Amérique Latine) furent pillées et leurs actifs récupérés par les institutions financières américaines. A la fin des années 1990, les attaques spéculatives des « hedge funds » contre des devises étrangères (Thailande, Indonésie, Corée du sud), appuyées par les politiques déflationnistes imposées par le FMI, provoquèrent des dégâts économiques et sociaux considérables. La crise déclencha un repli sur le dollar, preuve de la puissance de « Wall street », qui eut pour effet une augmentation extraordinaire de la valeur des actifs des plus riches aux Etats-Unis. Les luttes de classes se cristallisèrent alors contre les ajustements dictés par le FMI.

 

Les crises d’endettement furent mises à profit pour réorganiser les rapports de production dans chaque pays, de façon à faciliter la pénétration des capitaux étrangers, américains, japonais, européens. L’accumulation par expropriation devint prioritaire au sein du capitalisme mondial via des privatisations massives. De grandes entreprises capitalistes transnationales se sont alors implantées un peu partout dans le monde sans conflits majeurs. Il devenait possible d’instaurer un ultra-impérialisme, basé sur une collaboration « pacifique », entre toutes les grandes puissances capitalistes, le tout orchestré par le G7 (la nouvelle architecture financière internationale).

 

Phase IV de l’expansion géographique – Mais ce système se heurte à présent à de sérieuses difficultés. La fragmentation chaotique des conflits et leur volatilité même rend compliqué « l’analyse des lois strictes de l’économie qui sont à l’oeuvre derrière les miroirs et les écrans de fumée, particulièrement ceux de la finance » (rosa Luxembourg). Aujourd’hui les Etats-Unis, centre hégémonique du capitalisme, sont menacés : – par des déficits intérieurs et extérieurs abyssaux (tout autre pays au monde qui présenterait les caractéristiques macro-économiques des Etats-Unis aurait déjà été soumis à l’austérité impitoyable et aux procédures d’ajustement du FMI) – par la croissance phénoménale de l’Asie du sud-est, notamment de la Chine (possible transfert d’hégémonie d’une puissance dominante à une autre)

 

L’énorme effort de modernisation en Chine pour tirer la croissance interne afin d’être moins dépendant des consommateurs des marchés extérieurs en panne de croissance, aspire progressivement les excédents capitalistiques du Japon et de la Corée du sud, diminuant d’autant les flux financiers drainés vers les Etats-Unis, ce qui n’est pas sans conséquences pour un pays qui finance ses déficits grâce aux excédents capitalistiques étrangers (notamment asiatiques) « dollarisés ».

 

C’est donc dans ce contexte nouveau (un déplacement du centre de gravité de la puissance mondiale vers l’Asie), qu’il faut comprendre les grandes manœuvres entreprises par les Etats-Unis pour sauvegarder leur hégémonie mondiale. Menacés économiquement, ils cherchent à consolider leur domination par la voie militaire et une politique extérieure aventuriste (guerre en Irak 2003-2011), quitte à déstabiliser des régions entières et mettre gravement en péril la paix mondiale.

 

On en voit aujourd’hui les conséquences dramatiques avec des déplacements sans précédents de populations tyrannisées qui fuient l’enfer pour rejoindre l’Europe et un développement extrêmement préoccupant des attaques terroristes. Les Etats-Unis cherchent aussi des solutions économiques pour garder leur leadership avec un retour en force sur le marché du pétrole, avec l’exploitation à très grande échelle du pétrole de schiste, quitte à provoquer a moyen terme des catastrophes écologiques. L’Amérique du nord (Etats-Unis et Canada) est désormais parmi les premiers producteurs mondiaux grâce au pétrole de schiste et aux sables pétrolifères. Les Etats-Unis cherchent également des solutions économiques via l’exploitation des terres rares (1). Ils ont repris l’exploitation de la mine californienne de Mountain Pass, stoppée en 2012 suite à des normes environnementales plus strictes (2) et la NASA envisage même des missions spatiales pour aller chercher des terres rares sur la lune d’ici 2030.

 

 

La Chine, elle, est aujourd’hui en situation de quasi-monopole dans l’extraction des terres rares (le pétrole du 21è siècle selon les spécialistes). Selon l’institut américain d’études géologiques, la Chine détient 40% des 114 millions de tonnes des réserves mondiales estimées et assure 86% de la production annuelle. Le Groenland, qui possède la deuxième réserve de terres rares au monde à Kvanefjeld, fait aujourd’hui l’objet d’un lobbying intense de la part des grandes puissances (en particulier la Chine) pour l’obtention de licences d’exploration et d’exploitation.

 

 

Tout ceci montre l’âpreté de la lutte qui oppose Chine et Etats-Unis pour s’assurer l’hégémonie sur l’économie mondiale. Cette lutte est en train de prendre encore une nouvelle dimension avec la mise en place d’immenses marchés géographiques.

 

 

A suivre…

 

Jacky Jordery, Serge Roigt, Bruno Silla, Martine Boguet – Montceau-les-Mines – le 21 décembre 2015
 
1. terres rares : ensemble de 17 métaux nécessaires à la fabrication d’aimants présents dans les moteurs électriques, les éoliennes et les équipements électroniques de la « high tech » (smart phones, tablettes, ordinateurs portables). A l’époque d’Internet, on comprend pourquoi ces matières premières font l’objet de toutes les convoitises. Elles sont également utilisées dans l’armement( lasers, radars, satellites)

 

2. Cette frénésie pour les terres rares n’est cependant pas sans risques. L’extraction génère, en effet, des dégâts considérables en libérant des matières radioactives (uranium, thorium) et de l’acide sulfurique. Ainsi la radioactivité mesurée dans les villages proches de Baotou (plus grand site chinois en Mongolie intérieure) est de 32 fois supérieure à la normale (elle l’est de 14 fois à Tchernobyl) »

 

 

cer 22 12 15

 

 

 

 

 

 


 



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2 commentaires sur “Cercle « Autour de la pensée de Marx » (Montceau-les-Mines)”

  1. Daniel Z dit :

    Merci pour ces chroniques intéressantes qui mettent en évidence les nuisances d’un système qui a fonctionné et s’est répandu….. mais négligent quelque peu son antonyme, qui s’est étiolé et a échoué après avoir fait le malheur de nombreux peuples non ?

    Amitiés

    • chimel dit :

      bjr ,

      la négligence est assez comprehensible .quand un système a à son « bilan » 100 millions de morts au siècle dernier il est n’est pas étonnant que ses admirateurs cachent « les scories » sous le tapis plutot que de les exposer dans une vitrine .

      je vous souhaite un tres joyeux noel .