Autres journaux :


mercredi 23 novembre 2016 à 05:20

Cercle « Autour de la pensée de Marx » novembre 2016 (Montceau-les-Mines)

"Capital et transformation de l'humanité"...



« Comme nous le disions lors de notre contribution du 17 septembre 2016 « L’ambition des méga-multinationales de la Silicon Valley ne se limite pas à la domination de la culture. Ce qu’elles visent, c’est une transformation totale de l’humanité », ceci est l’objet de cette contribution.

 

Première partie

 

Le développement des technosciences doit-il s’accompagner de la réflexion philosophique?

 

Notre époque est celle de la révolution en marche des technosciences. Des innovations prodigieuses et fulgurantes: génomique, biologie, nanotechnologie, numérique, robotique, intelligence artificielle,… transforment nos vies et bouleversent nos modes de pensée. Mais l’innovation est toujours à double tranchant, simultanément facteur de progrès et de désordre. Il y a même des progrès dus à la technique qui n’en sont peut-être pas selon ce qu’on en fait.

 

Tout progrès est changement mais tout changement est-il progrès ? « quand un cannibale mange avec une fourchette et un couteau, est-ce un progrès ? » (Stanislaw Lec,maître polonais de l’aphorisme). Confier sa destinée amoureuse à un algorithme, via un site de rencontres, qui est censé trouver,sans erreur possible,la bonne personne qu’il vous faut,est-ce un progrès ? Où sont l’imprévu, le hasard qui occupent pourtant une large place dans nos existences ? Des robots qui remplacent des êtres humains dans les établissements spécialisés pour assister les personnes âgées dépendantes,est-ce un progrès ? Où sont la chaleur humaine,la compassion,l’empathie ? Des applications qui mettent à votre disposition des livreurs à vélo sans couverture sociale ni contrat de travail,est-ce un progrès ? Où est la dignité humaine ? Plus généralement, des nouvelles technologies qui font disparaître des facultés, la lucidité, la réflexion, la conscience et qui désapprennent est-ce un progrès ?

 

L’homme moderne ne s’améliore pas en proportion de ses progrès technologiques pensait déjà Kant (« Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique »). De quel progrès parle-t-on, de celui qui renforce l’homme,le bonifie,le libère ou de celui qui le rabougrit, l’efface ? « la notion de progrès en est ainsi venue à désigner de façon exclusive le progrès technique » (Michel Henry, philosophe, « la Barbarie »)

 

Ange ou démon ? Promotion ou abaissement de l’humain? La révolution des technosciences peut avoir des retombées réellement admirables : La nanomédecine,la biochirurgie par exemple,sont très prometteuses. Elles pourraient permettre dans un avenir proche de combattre avec succès des maladies génétiques dégénératrices,des maladies considérées aujourd’hui comme quasi incurables. Elle peut avoir aussi des conséquences inquiétantes : Jusqu’où nous conduiraient les manipulations irréversibles du génome humain, l’hybridation homme/machine, l’intelligence artificielle avec des super ordinateurs infiniment plus puissants que les cerveaux humains ?

 

Prométhée ou Epiméthée ?

 

Le développement vertigineux des technosciences et les vastes enjeux que celles-ci font surgir sur tous les plans (éthique, spiritualité, métaphysique, philosophie, économique,démographique,…) nous interpellent très fortement. « nos dirigeants,mais tout autant nos intellectuels semblent,à de rares exceptions près,plongés dans la plus complète ignorance de ces nouveaux pouvoirs de l’homme sur l’homme,pour ne pas dire dans l’hébétude la plus totale…Pourtant,dans le contexte actuel,jamais peut-être la compréhension du temps présent,des lames de fond qui le traversent,n’a été aussi nécessaire et urgente qu’aujourd’hui » (Luc Ferry, ( « La révolution transhumaniste »).

 

Mieux vaut donc, en effet, Prométhée (celui qui pense avant) qu’Epiméthée (celui qui pense après).

 

Où s’arrête la science,où commence l’idéologie ? « il est grand temps de prendre conscience qu’une nouvelle idéologie s’est développée aux Etats-Unis,avec ses prophètes et ses savants,ses éminences grises,sous le nom de transhumanisme,un courant de plus en plus puissant soutenu par les géants du Web,à l’instar de Google,et doté de centres de recherches aux financements quasi illimités. Les transhumanistes militent,avec l’appui de moyens scientifiques et matériels considérables,en faveur d’un recours aux nouvelles technologies,à l’usage intensif des cellules souches,au clonage reproductif,à l’hybridation homme/machine,à l’ingénièrie génétique et aux manipulations germinales,celles qui pourraient modifier notre espèce de façon irréversible »(Luc Ferry, « La révolution transhumaniste »).

 

Depuis les temps immémoriaux jusqu’à aujourd’hui, la médecine répare les atteintes infligées par les maladies,les blessures. Elle est donc exclusivement thérapeutique. Les gourous du transhumanisme ont une toute autre philosophie de la médecine. Ils visent le glissement du thérapeutique vers le « méliorisme ». Il s’agit non plus seulement de soigner,réparer mais bel et bien d’augmenter/transformer le potentiel de l’être humain grâce aux nouvelles technologies (biochirurgie, ingénièrie génétique, hybridation homme/machine…) jusqu’à la modification de l’espèce humaine. Le but ultime étant d’éradiquer la maladie,la vieillesse et même la mort ! Il s’agit bien de faire passer le désir d’immortalité de la mythologie et de la religion vers la science. Pour les transhumanistes, la nature n’est pas achevée donc rien n’interdit de la modifier, de l’améliorer, de l’augmenter.

 

Le génome humain n’est donc pas intouchable.

 

Laissons parler les porteurs de cette nouvelle idéologie :

 

*Max More (philosophe et futuriste, auteur du manifeste transhumaniste, « On becoming posthuman ») « l’humanité ne doit pas en rester là,elle n’est qu’une étape sur le sentier de l’évolution,pas le sommet du développement de la nature »

 

*Larry Page (cofondateur de Google) « Google veut euthanasier la mort » juillet 2014

 

*Nick Bostrom (transhumaniste, philosophe et scientifique, « Human reproductive cloning from the perspective of the future ») « viendra un jour où la possibilité nous sera offerte d’augmenter nos capacités intellectuelles,physiques,émotionnelles et spirituelles bien au-delà de ce qui apparaît comme possible de nos jours. Nous sortirons de l’enfance de l’humanité pour entrer dans une ère posthumaine ».

 

Une nouvelle religion ? Les tenants de cette nouvelle croyance,devenue si forte dans la Silicon Valley, sont convaincus que le progrès des sciences et des techniques va pouvoir résoudre tous les problèmes du monde. Cette nouvelle croyance a été baptisée le « solutionnisme ».Eric Schmidt (PDG de Google) « si nous nous y prenons bien,je pense que nous pourrons réparer tous les problèmes du monde ».

 

Nous pensons, comme Laurent Alexandre (chirurgien,président de DNA vision,laboratoire pharmaceutique spécialisé dans le séquençage de l’ADN) que le transhumanisme est effectivement une idéologie démiurgique car il y a là « une volonté paranoiaque de rendre l’homme tout-puissant et maître de l’univers » (« La mort de la mort »).

 

Nous ne sommes pas très loin du mythe d’Icare,lequel symbolise le désir de l’homme d’aller toujours plus haut au risque de reconnaître,in fine,sa condition de simple humain. La chute d’Icare peut être interprétée comme une mise en garde rappelant le châtiment qui frappe les hommes qui font preuve de démesure extrême. Allons-nous ouvrir une boîte de Pandore dont on ignore le contenu au point que tout deviendrait possible,à commencer par le pire ?

 

 

A suivre… »

 

Jacky JORDERY, Serge ROIGT, Bruno SILLA – Montceau-les-Mines, le 21 novembre 2016

 

 

marx-22-11-16

 

 

 

 

 

 



Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.


» Se connecter / S'enregistrer




3 commentaires sur “Cercle « Autour de la pensée de Marx » novembre 2016 (Montceau-les-Mines)”

  1. Daniel Z dit :

    «  »une volonté paranoïaque de rendre l’homme tout-puissant et maître de l’univers » »
    N’est ce pas une présentation tendancieuse qui révèle un trait de son auteur ?
    Et si l’homme recherchait tout simplement à devenir maître de son destin ?

    Celui qui pense avant ? Mais notre société n’est elle pas remplie de penseurs ?
    Le propre de la philosophie, n’est ce pas de ne rien pouvoir décider ?

    Qui peut définir ce qu’est la démesure ?

    Comme l’ensemble des choses connues ont une origine et une fin, l’humanité fait elle autre chose que d’assumer un destin déjà écrit ?

    Amitiés

  2. Electron libre dit :

    Bonjour messieurs !

    Le sujet est intéressant et mérite effectivement débat éclairé et surtout dépassionné !

    Vous posez les bonnes questions … dommage que votre argumentaire ne soit étayé que par des « morceaux choisis » visant uniquement à diaboliser « monsieur Google » !

    En faisant cercle autour d’une pensée qui en son temps se voulait « universelle » et dont les « bienfaits » ne sont plus à démontrer , vous devriez savoir mieux que quiconque qu’un « outil » ne devient rien de plus que ce qu’en font ses « utilisateurs » !

    Il existe en effet une notion philosophique que vous semblez ne pas connaître : « Le libre arbitre » , qui permet à chacun de se faire sa propre opinion et d’user en toute conscience de ces technosciences !
    Absolument personne n’oblige nos contemporains à se mettre en scène sur les réseaux sociaux !

    Alors ,selon vos arguments , sous prétexte de vouloir protéger une infime partie d’humains immatures , il faudrait priver les autres d’un accès rapide à la connaissance et à la culture ?
    Paranoïa , dites-vous ?

    Personnellement , je suis beaucoup moins effrayé par « l’intelligence artificielle » que par la « bêtise naturelle » !

    Ne voyez dans mon post aucune raillerie ni anti-marxisme primaire , je n’exprime ici qu’un humble avis dénué de sentiment polémique !

    Très cordialement !

  3. roussillon dit :

    Un destin déja écrit c’était plutôt le fait des sociétés antiques….

    Et si ma ligne de vie me promettait un âge canonique (sous l’effet d’un hérédité vigoureuse ou de manipulations génétiques), je crois bien que je ne supporterais pas le regard de l’Autre, étonné ou rempli de compassion à l’encontre de celui qui-en quelque sorte- serait revenu du futur.