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lundi 6 avril 2020 à 20:52

Montceau – Un contrôle de police se passe mal

Le tribunal ordonne un supplément d’enquête



 



Un homme de 30 ans, domicilié à Blanzy, contrôlé à Montceau le 1er avril dernier dans le cadre de l’obligation de confinement, s’est présenté librement à l’audience de comparution immédiate ce lundi 6 avril.

On lui reproche violences et outrages à l’encontre de policiers, mais il entend les contester car « je me suis senti en danger, et je me suis défendu ». Il a 16 jours d’ITT.

 

Qui l’a mis dans cet état, et pourquoi ?

 

Il a d’abord été gazé alors qu’il était encore, dit-il, assis au volant de sa voiture, portant sa ceinture de sécurité. « Il est noté que vous vouliez échapper au contrôle », relève le président Dufour. « Non, je n’ai jamais fui un contrôle. Par contre la gazeuse était collée à mon visage, le gaz m’a brûlé la peau », sans compter les difficultés respiratoires consécutives. Les yeux blessés, la peau arrachée sur le côté droit de son visage. Deux doigts sous attelle, le bandage prend aussi le poignet. Qui l’a mis dans cet état, et pourquoi ? Même Arnaud Bibard, qui représente les policiers, le concède : « ils ont amené celui-ci au sol, qui, de toute évidence, a tapé le sol un peu fort, mais… », mais « tout est clair dans ce dossier », insiste l’avocat. Les 4 policiers qui veulent se constituer parties civiles « ont des versions concordantes », « les PV sont clairs », « l’enquête est complète ».

 

Le parquet demande un supplément d’information

 

Ce n’est ni l’avis du parquet, ni celui de la défense. Marie-Lucie Hooker, substitut du procureur, demande au tribunal « un supplément d’information avant dire droit ». Confronter les parties, et puis exploiter le téléphone portable du prévenu. « Vous constatez vous-même ses blessures, enchaîne maître Leray, et voici des photos à sa sortie de garde à vue. Il faut que le policier qui lui a porté ces coups, puisqu’un seul policier l’a fait, soit confronté. » L’avocate demande une enquête du voisinage sur le lieu de l’interpellation : « Des gens ont filmé, et souhaitent attester, il faudrait les auditionner aussi. » Le tribunal demande leurs noms, et qu’ils soient transmis au parquet.

 

Son attestation n’était pas conforme en tous points

 

« Il n’y a qu’un seul policier qui m’a fait ça. Sinon, c’était des insultes. Je ne sais pas quoi dire, je suis encore sous le choc, c’est la première fois que ça m’arrive. » Le président demande au prévenu s’il a le nom du policier dont il parle. L’homme lui en fait une description. « Je pense que je suis plus la victime, que celui qui aurait attaqué 4 policiers. Je reconnais avoir frappé celui qui a perdu son gilet, c’était pour essayer de me dégager. » Son attestation n’était pas conforme : il avait barré le « 3 », du « 31 mars », pour le transformer en « 1 avril ». Le président creuse encore un peu : « Quand ça a commencé à mal se passer, avez-vous filmé en ameutant d’autres personnes ? Avez-vous diffusé en direct ? – Non, j’étais tout seul, et je n’ai pas internet sur mon téléphone, vous pouvez le vérifier. »

 

Il ne peut se nourrir « qu’à la paille », depuis sa sortie du commissariat

L’homme à la tête défoncée demande au juge : « Est-ce que la loi nous interdit de filmer ? – Non. – Je voulais me protéger, je me suis senti en danger. » Lors de son défèrement devant le procureur de la République, un juge des libertés et de la détention l’a placé sous contrôle judiciaire, le prévenu a un casier vierge. Maître Bibard tient à rappeler qu’il y a « 2 policiers gravement blessés » (3 et 5 jours d’ITT), Mathilde Leray rappelle, quant à elle, que son client est asthmatique et souffre encore des gaz inhalés dans l’habitacle de sa voiture, et puis qu’il ne peut se nourrir « qu’à la paille », depuis sa sortie du commissariat et qu’il doit revoir un médecin expert.

 

Supplément d’enquête pour éclaircir ce qui n’est pas si clair que ça

 

Le tribunal ordonne un supplément d’enquête et le confie au commissariat de Mâcon : enquête de voisinage, confrontation des parties, et « expertise du téléphone de monsieur, afin de rechercher l’existence de tout fichier ayant été créé le 1er avril et ensuite supprimé ». Le tribunal désigne à cette fin un expert, et lui demande également d’établir les jours et heures auxquels ce téléphone aurait été rallumé puis éteint. Le jugement est renvoyé à début août, le tribunal souhaite que les policiers concernés s’y présentent. Le prévenu est maintenu sous contrôle judiciaire aux horaires élargis pour lui permettre de se rendre aux différents rendez-vous médicaux à venir.

 

Florence Saint-Arroman

 

 

 



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