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mercredi 31 décembre 2025 à 02:17

573ème anniversaire de l’Hospice de Beaune

Entre mémoire et urgence



 

 

Le 31 décembre 1452, Nicolas Rolin et sa femme Guigone de Salins inauguraient à Beaune un établissement unique : l’hospice de Beaune, désigné comme Hôtel-Dieu de Beaune. Destiné à accueillir les malades et les pauvres, il est devenu un symbole durable de solidarité, de charité et d’humanité en Bourgogne. Aujourd’hui, alors que l’hôpital traverse une crise profonde, que Galuzot a du mal à vieillir et à vivre, a été privé des services essentiels comme la chirurgie et la maternité, revenir sur cette histoire n’a jamais été aussi nécessaire : 573 ans après sa consécration, que reste-t-il de l’esprit fondateur ? Montceau News s’est penché sur cette histoire édifiante.

 

Au milieu du 15ᵉ siècle, la Bourgogne prospère économiquement, mais elle reste marquée par la misère : famine, peste et guerre de Cent Ans ont laissé une population vulnérable. Et l’on sait la part prise par le duché de Bourgogne. Ce dernier est un acteur majeur du nord-est de la France, avec des liens familiaux et politiques complexes avec les deux camps. Beaune, ville commerciale stratégique, concentre des pauvres, des malades chroniques et des indigents souvent abandonnés à leur sort. L’Hospice peut donc être considéré comme une réponse sociale et humanitaire aux conséquences directes de la guerre et des tensions internes dans le duché.

 

Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne, et son épouse Guigone de Salins décident de créer un lieu de soin et de charité durable. Beaune, avec sa prospérité économique et son tissu social actif, permet de financer l’Hospice et de garantir son fonctionnement à long terme.

La consécration de l’Hospice se situe à une date symbolique : le 31 décembre, qui coïncide avec la veille de la fête de Saint-Sylvestre. Cette date symbolise la transition entre l’ancien et le nouveau, offrant un nouveau départ aux plus démunis et un message moral fort à la communauté. C’est bizarre comme il y a une sorte d’écho avec ce que nous vivons actuellement.

Les hospices avaient pour rôle d’héberger les pauvres et indigents, de soigner les malades chroniques et blessés et de distribuer nourriture, soins et assistance spirituelle.

L’Hospice de Beaune se distingue par sa structure innovante : dortoirs collectifs, chapelle, cuisines, infirmerie et jardins, garantissant un accueil digne. De style gothique flamboyant tardif, il était, luxueux pour son époque, ne visait pas le confort des malades mais symbolisait la grandeur morale et religieuse de ses fondateurs et l’importance de l’institution. L’Hospice n’était pas un hôtel pour riches, mais ses fondateurs ont voulu que l’édifice inspire le respect de la dignité des malades, le prestige moral et religieux, le rayonnement culturel et architectural de Beaune. Nous sommes loin des stratégies financières et budgétaires de maintenant.

 

Les patients étaient donc des hommes et des femmes pauvres, des malades chroniques et incurables, des voyageurs ou des indigents de passage, parfois des enfants et des orphelins selon les périodes.

On trouvait là des médecins et chirurgiens. Certains étaient rémunérés par l’Hospice pour leur travail régulier, d’autres, surtout les chirurgiens, pouvaient être payés à l’acte ou recevoir des dons ponctuels de la part des fondateurs ou des familles des patients. Les infirmiers, serviteurs et religieux apportaient soins, hygiène et assistance quotidienne, souvent sans formation médicale formelle mais avec un dévouement moral et spirituel. Les médecins étaient relativement instruits mais peu nombreux, les chirurgiens plus pratiques et moins formés sur le tas ou par compagnonnage. Une grande partie des soins était assurée par le personnel religieux et domestique. De pratique avancée… ? Ce dernier contingent, le plus nombreux, recensait des infirmiers et aides, du personnel domestique : cuisiniers, intendants, porteurs, des religieux pour les soins spirituels et l’encadrement moral.

Pourquoi Rolin a-t-il édifié cet hospice ? Pour démontrer sa charité chrétienne, renforcer le prestige moral de la Bourgogne, assurer l’autonomie financière grâce aux dons et aux terres

 

L’Hospice fonctionne comme principal hôpital pour les pauvres et malades du 15ᵉ au 18ᵉ siècle. L’organisation se perfectionne avec l’évolution des soins et des infrastructures. Le célèbre toit polychrome devient un symbole architectural et patrimonial. Au 19ᵉ siècle, il subit une modernisation avec l’adoption de techniques médicales avancées, le maintien du rôle social et devient une référence médicale régionale. Lors de la Première Guerre mondiale, il accueille des blessés et assure le maintien des soins civils. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il sert de refuge pour les populations déplacées, pour le soutien aux persécutés, et la continuation de sa mission sociale malgré l’occupation.

 

En ce 20ᵉ siècle, quelles furent les activités successives pratiquées ? Des soins médicaux et hospitaliers, la distribution de nourriture et l’hébergement tout en prodiguant des soins spirituels et un encadrement moral. Puis lorsque ces missions cessèrent, il endossa une destinée touristique, devint musée et abrita les célèbres ventes de vins caritatives. L’Hospice et la médecine contemporaine

En 1971 a eu lieu l’ouverture du centre hospitalier Philippe le Bon sur un nouveau site moderne distinct de l’Hôtel-Dieu historique. Son objectif fut de regrouper toutes les activités hospitalières contemporaines dans un cadre fonctionnel et moderne. Les raisons en sont évidentes, l’hospice du 15ᵉ siècle n’était plus adapté aux normes sanitaires et aux besoins médicaux.

 

L’Hospice reste un emblème de solidarité, un lieu où l’histoire, l’architecture et la philanthropie se rejoignent. Les ventes de vins perpétuent l’esprit de charité des fondateurs.

 Lecteur de Montceau News, tu dois te demander : pourquoi en parler aujourd’hui ? S’il perdurait dans sa mission première, aujourd’hui, l’Hospice, comme de nombreux hôpitaux, traverserait une crise profonde : manque de personnel, saturation des services et difficultés financières. L’hospice de Beaune est un rappel concret de ce que signifiaient la charité, que l’on nommerait solidarité de nos jours, et la responsabilité collective. Solidarité envers les plus vulnérables, mission sociale et médicale durable, engagement moral et philanthropique.

 

573 ans après sa consécration, le 31 décembre 1452, revenir sur cette histoire n’est pas seulement un exercice de mémoire. C’est une alerte, un appel à préserver et soutenir les institutions hospitalières aujourd’hui, afin que l’esprit de Nicolas Rolin continue à vivre.

L’histoire de l’hospice de Beaune montre que la santé publique repose sur l’engagement collectif et la solidarité. Rolin et Guigone de Salins ont fondé l’hospice en pleine crise sociale et sanitaire, convaincus qu’une société juste ne pouvait laisser ses malades et ses pauvres sans soin.

 

Aujourd’hui, alors que la France traverse une crise hospitalière majeure, manque de personnel, services saturés, difficultés financières, le parallèle est frappant. Comme en 1452, il ne suffit pas de bâtir des infrastructures : il faut investir dans le soin humain, soutenir ceux qui soignent et protéger les plus fragiles.

 

573 ans après sa consécration, l’hospice de Beaune reste un symbole intemporel : la mémoire et l’action sociale doivent aller de pair, car le bien-être collectif se mesure à la capacité de prendre soin des plus vulnérables.

 

Gilles Desnoix

 

Sources : Domaine viticole des Hospices de Beaune, Ville de Beaune,  Centre Hospitalier de Beaune,   Wikipedia,  Musée de l’Hôtel-Dieu,  Beaune Tourisme,  Vinfolio, Vin et Tradition,  Eupedia.

 

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