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samedi 7 juillet 2012 à 00:35

Rendez vous de l’Ecomusée Creusot-Montceau

Passionnante, la conférence à Pouilloux sur l’usine du Pont-des-Vernes



Dans le cadre des rendez-vous de l’écomusée, avait lieu mercredi soir à la salle des fêtes de Pouilloux une conférence autour de la principale entreprise de l’histoire de ce village. Intitulée « Archéologie du contemporain au Pont-des-Vernes à Pouilloux » cette conférence portait précisément sur un travail en cours, la fouille d’un dépotoir des établissements Langeron, situé au Pont-des-Vernes. L’exposé se faisait à deux voix, celles de Jacques Gaudiau, collectionneur de céramiques locales, et de Thierry Bonnot, anthropologue au CNRS.

 

 

 

Après avoir brièvement retracé l’histoire de l’entreprise familiale Langeron, installée au Pont-des-Vernes des années 1820 à la fermeture en 1957, les deux intervenants ont énuméré les différents types de céramique fabriqués par cette usine : cruchons à liqueur, bouteilles d’encre, pots à moutarde ou à yaourt, bocaux de grès pour conserve, flacons et terrines pour produits chimiques, vases, théières, cendriers, etc. Tous ces produits, émaillés pour la plupart dans une gamme de coloris variés, font aujourd’hui le bonheur des brocanteurs et des chineurs.

 

Thierry Bonnot et Jacques Gaudiau ont ensuite expliqué comment ils ont travaillé depuis plus d’un an à l’emplacement d’un énorme déversement de débris laissés par l’usine, dépotoir inaccessible jusqu’alors parce que couvert par la végétation. Grâce à l’accord du propriétaire, ils ont pu dégager le lieu et commencer à collecter une foule d’informations sur l’histoire de l’usine. Munis d’une autorisation de sondage délivrée par le Service Régional de l’Archéologie, ils ont expérimenté l’archéologie du contemporain, mal reconnue par les archéologues davantage intéressés par la préhistoire et l’antiquité, mais qui constitue aujourd’hui un domaine à part entière de la discipline. En effet, si les époques récentes sont bien documentées, le sous-sol procure des connaissances supplémentaires par rapport aux archives écrites. Le chantier du Pont-des-Vernes relève également de l’archéologie du déchet, qui connut ses théoriciens aux USA dans les années 1970. Dès 1931, l’anthropologue Marcel Mauss affirmait : « Une boîte de conserve caractérise mieux nos sociétés que le bijou le plus somptueux ou le timbre le plus rare. En fouillant un tas d’ordures, on peut reconstituer toute la vie d’une société ».

 

 

 

 

Forts de ces convictions, les deux intervenants ont exposé la nature de leurs découvertes. Ils ont extrait du dépotoir une grosse masse de tessons céramiques, dont certains peuvent porter d’intéressantes informations, mais aussi des produits quasi intacts, jetés à cause d’un défaut de cuisson par exemple. Le reste des trouvailles est constitué par des bouteilles et flacons de verre, résidus de la consommation quotidienne des ouvriers et de la famille Langeron, des accessoires divers et variés (lunettes, porte-monnaie, chaussures, poupée en plastique). Mais surtout, une quantité importante d’outils de travail et de moules de plâtre a été collectée et nettoyée. Les moules sont la découverte la plus importante, car si l’on connaissait l’utilisation du moulage au Pont-des-Vernes à partir 1922, aucun moule n’avait été conservé. Jacques Gaudiau a pu ainsi expliquer comment se fabriquait les moules, en quoi consistait les différents procédés (coulage, calibrage, estampage…) et quels étaient les produits moulés. On a pu ainsi apprendre que la poterie Langeron avait fabriqué des têtes de poupées-baigneurs : un modèle (objet en plâtre) et un moule ont été retrouvés. Malheureusement, l’objet en céramique demeure pour l’instant invisible.

 

 

 

Pour terminer, Thierry Bonnot et Jacques Gaudiau ont souligné qu’il reste encore beaucoup de travail, un énorme volume de terre et de débris à déplacer. Ce projet s’inscrit plus largement dans une recherche sur l’industrie céramique du territoire menée par l’écomusée de la Communauté Creusot-Montceau, qui assure notamment le suivi photographique des fouilles. A moyen terme, l’objectif est de tirer de ce travail des publications et expositions.
La soixantaine de personnes qui assistaient à cette conférence a pu ensuite poser quelques questions et admirer les nombreux objets exposés pour l’occasion.

 

 

 

 

 



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