Saint-Vallier : Portrait
François Vodarzac : le seul éditeur capable de faire rire… même en format réduit

François Vodarzac est un éditeur qui a troqué les robots pour les bulles… On dit souvent que la BD mène à tout… à condition d’en sortir. Dans le cas de François Vodarzac, c’est plutôt l’inverse : avant de faire tenir l’humour dans un format Bamboo Poche, l’homme a passé dix ans à faire obéir des robots dans l’aéronautique et l’aérospatiale.
Oui, oui, vous avez bien lu ! Pendant que d’autres rêvaient de dessiner des cases, lui programmait des bras mécaniques capables de visser des boulons à 0,0001 millimètre près. Autant dire qu’à côté, gérer des auteurs, c’est presque reposant.
Humour, deadlines et piles de planches originales
Et pourtant, depuis maintenant 19 ans, François Vodarzac est éditeur. Un vrai, un solide, un qui sait qu’un manuscrit peut parfois être plus capricieux qu’un robot mal calibré. Co-auteur avec Christophe Cazenove, sur des dessins de Cosby, il jongle aujourd’hui entre humour, deadlines et piles de planches originales. Un univers où, pour une fois, rien ne risque d’exploser… sauf de rire.
Une précision d’ingénieur
Un beau jour, François Vodarzac a décidé qu’il était temps de viser encore plus haut : devenir éditeur. Depuis 19 ans, il pilote donc la collection Bamboo Poche avec la précision d’un ingénieur et l’humour d’un auteur. Ce qu’il est aussi…
Bref, un parcours qui prouve qu’on peut passer des circuits électroniques aux circuits de festivals BD sans perdre une seule vis. Et comme on avait très envie de comprendre comment un automaticien roboticien devient un maestro du format poche, on est allés lui poser quelques questions.
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Montceau News : Pour commencer, pouvez‑vous vous présenter à nos lecteurs ?
François Vodarzac : Je m’appelle François Vodarzac, je suis natif de Montceau-les-Mines et je vis à Saint-Vallier. Je suis éditeur et auteur de BD et de romans.
MN : Comment êtes‑vous entré dans l’univers de la bande dessinée ?
FV : Il y a 20 ans, j’ai entamé un changement de carrière pour faire ce que j’ai toujours voulu faire : raconter et faire raconter des histoires.
J’ai repris des études d’édition avec une spécialisation dans les livres jeunesse et j’ai trouvé un stage chez Bamboo Edition (maison mâconnaise de bande dessinée Les Profs, Les Sisters, Les Petits Mythos…). J’y suis resté.
MN : Votre région d’origine, la Saône‑et‑Loire, a‑t‑elle influencé votre sensibilité artistique ou vos histoires ?
FV : Oui. La nature, les balades dans la campagne ou dans la forêt quand j’étais petit avec mes parents ont forcément forgé cette envie de raconter le monde des petites bêtes, monde que mon père me faisait découvrir, allongé dans l’herbe, au plus près des bestioles.
La naissance du roman Les Insectes
MN : Les Insectes, c’est d’abord une série BD. Qu’est‑ce qui vous a donné envie de la décliner en roman ?
FV : La série a commencé en 2012, avec Cosby au dessin et Christophe Cazenove et moi au scénario. C’est une série de gags pour apprendre en s’amusant. On y apprend plein de choses (vraies et scientifiques) et on rigole beaucoup. J’avais envie de donner plus de libertés à nos personnages, sortir du format BD.
MN : Était‑ce un projet que vous aviez en tête depuis longtemps ?
FV : Pour être franc, au départ, j’avais envie de raconter une enquête à la Agatha Christie du point de vue des insectes (qu’on utilise dans la résolution des crimes). C’est le dessinateur de la série, Cosby, qui m’a dirigé vers la grande aventure, avec de grands décors et beaucoup de rebondissements.
MN : Quelles différences majeures avez‑vous rencontrées entre l’écriture d’une BD et celle d’un roman jeunesse ?
FV : Dans le gag en une page, on répond à un format : il faut raconter une histoire avec une chute, faire vivre les personnages et, en plus, ajouter des notions scientifiques, que les enfants comprendront facilement. Le roman offre plus de liberté. J’avais 96 pages pour raconter une grande histoire, mettre beaucoup plus de personnages et leur faire vivre une longue aventure, impossible à faire tenir en une page.
L’univers et les personnages
MN : Comment est née l’idée de suivre une petite troupe d’insectes dans un monde bouleversé par l’activité humaine ?
FV : C’est un sujet récurrent de la BD : les insectes subissent les activités humaines et en souffrent. J’avais l’image d’espèces divers obligées de fuir devant l’avancée du progrès et de survivre dans un endroit hostile. C’est pourquoi nos petites bestioles se retrouvent coincées entre deux voies d’autoroute, sur une aire de service pas super glamour.
MN : Pourquoi avoir choisi précisément ces insectes‑là : fourmi, bousier, mouche, punaise… ?
FV : Pour une aventure au long cours, il faut des personnages avec des motivations importantes. Je voulais aussi des insectes que les enfants connaissent, qu’ils peuvent voir facilement et reconnaître. C’est ainsi que j’ai mis en scène une fourmi qui a envie d’évoluer dans la hiérarchie de la fourmilière, un bousier qui se rêve aussi aventurier que ses ancêtres, une punaise qui ne jure que par la diplomatie et, évidemment, la mouche colérique, que tous les lecteurs de la BD connaissent déjà. C’est notre star.
MN : Le bocage, devenu presque mythique dans votre histoire, a‑t‑il une signification particulière pour vous ?
FV : C’est d’abord une nature que j’ai connue quand j’étais gamin, avant qu’on ne coupe les haies, que les fossés se rebouchent et que les mares disparaissent. C’était un formidable décor de légende pour nos insectes coincés au bord de l’autoroute. Quel meilleur objectif que d’aller trouver une vie meilleure ?
MN : Quels thèmes souhaitez‑vous transmettre aux jeunes lecteurs à travers cette aventure ?
FV : La protection de la nature et des espèces qui y vivent est à mes yeux le plus important. Apprenons et connaissons ce qui nous entoure nous permettra de réfléchir à ce que nous faisons tous les jours. Les enfants sont les futurs sauveurs de notre planète.
Les messages du livre
MN : Votre roman aborde la relation entre l’homme et la nature. Comment avez‑vous trouvé l’équilibre entre aventure et sensibilisation écologique ?
FV : C’est tout l’enjeu du roman (et de la série BD d’ailleurs). On protège ce qu’on connaît. En créant un lien de connivence entre les lecteurs et nos personnages, j’espère qu’on les éveillera au fait qu’il y a tout une vie, fascinante et importante, qui se déroule à leur pied et qu’il est nécessaire de la protéger.
MN : Pensez‑vous que la littérature jeunesse a un rôle particulier à jouer dans la prise de conscience environnementale ?
FV : Tout est bon pour sensibiliser les jeunes. La lecture est un moyen, mais il y en a d’autres. L’important, c’est de leur montrer qu’ils font partie de cette planète et qu’ils ont la solution entre leurs mains.
MN : Quel regard portez‑vous sur l’évolution du monde naturel qui vous entoure ?
FV : Je suis un optimiste et je pense que rien n’est perdu. On voit que si on laisse la nature tranquille cinq minutes, elle reprend ses droits. Le bocage légendaire du roman, c’est ça. Les hommes ont calmé leurs activités agricoles et industrielles, et le bocage s’est recréé. Il suffit de pas grand-chose pour retrouver un équilibre naturel.
Écrire pour les 7 ans et plus
MN : Comment avez‑vous adapté votre style pour un public jeune, dès 7 ans ?
FV : Écrire pour la jeunesse, c’est ce que j’adore. J’ai grandi avec les romans de Roald Dahl, Le Monde Narnia, L’Histoire sans fin et les histoires de fantasy. J’essaie de raconter des histoires qui feront voyager les lecteurs, comme ces romans m’ont fait voyager.
J’écris avec des phrases courtes (la plupart du temps) et un vocabulaire simple. Je glisse des jeux de mots ici et là, des références à la pop culture ou au monde que les enfants connaissent. François Cavanna disait : « Ecrire autrement qu’on parle, je trouve ça nul (lui disait con), alors j’écris comme je parle ». Je trouve ça plutôt vrai.
MN : Quelles difficultés ou surprises avez‑vous rencontrées dans cette transition vers le roman jeunesse ?
FV : Finalement 96 pages, c’est court aussi (rires). Comme en BD, on a toujours envie d’en raconter plus. Les insectes sont des personnages qui, comme dans la vraie vie, se faufilent partout et veulent vivre plein d’aventures !
MN : Qu’aimeriez‑vous que les enfants retiennent avant tout de cette histoire ?
FV : Que les insectes sont fascinants, qu’ils ne font pas peur et qu’on a tout à y gagner de les connaître mieux.
Le travail éditorial
MN : Comment s’est déroulée la collaboration avec votre éditeur pour cette version poche ?
FV : Depuis tant d’années, on se connaît par cœur. On a déjà fait 8 albums de BD ensemble. La seule différence, par rapport à la BD, c’est que Christophe Cazenove ne souhaitait pas s’investir dans l’écriture du roman. J’étais donc seul aux commandes de l’histoire.
J’ai envoyé mon résumé à mon éditeur, ainsi qu’à Cosby, le dessinateur. Une fois tout le monde d’accord, j’ai écrit d’une traite le roman (j’étais en vacances au Portugal, ça a aidé à être au calme). En 10 jours, le roman était né. Il ne restait plus qu’à Cosby à mettre ses jolis dessins un peu partout.
MN : Avez‑vous participé au choix de la couverture ou à la mise en page ?
FV : J’ai laissé à Cosby le soin de gérer toute la partie graphique. Que ce soit la couverture, l’emplacement des illustrations et la maquette, le studio Bamboo a tout (très bien) géré.
MN : Y a‑t‑il eu des choix éditoriaux importants qui ont façonné le livre final ?
FV : Le roman fait partie d’une collection chez Bamboo, qui comprend Les Sisters, Les Petits Mythos, Les Petits Rugbymen ou Studio Danse. On était donc dans un écrin déjà bien installé.
Et après ?
MN : Envisagez‑vous d’autres romans dans l’univers des Insectes ?
FV : J’ai toujours cette idée d’enquête à la Agatha Christie. Je pense que si ce roman en appelle un second, nos insectes gendarmes vont avoir du pain sur la planche !
MN : Souhaiteriez‑vous adapter d’autres de vos BD en romans ?
FV : Pour l’instant, je n’ai pas d’autres BD en cours, mais je travaille sur un roman beaucoup plus long avec une illustratrice admirable, Orlane Chambert. C’est un roman sur la transmission et le devenir des histoires quand on cesse de les raconter. On espère pouvoir vous le présenter à la fin de cette année.
MN : Quels sont vos projets actuels ou vos envies pour la suite ?
FV : Outre ce roman, je travaille sur un projet de BD jeunesse qui se déroule entre la guerre de Sécession, la guerre du Mexique et la guerre franco-prussienne. Avec une princesse (authentique) qu’Alexandre Dumas, Paul Féval et Eugène Sue auraient adoré. Elle a été oubliée par l’histoire, mais je vous jure qu’elle mérite de devenir une héroïne de bandes dessiné
Quelques questions plus personnelles
MN : Quel lecteur étiez‑vous enfant ?
Jusqu’à 12 ans, je lisais peu. Puis, à la faveur d’une punition qui m’a éloigné de la télé pendant un mois, je me suis mis à dévorer les livres. Ça ne s’est jamais arrêté.
MN : Y a‑t‑il un auteur jeunesse ou une BD qui vous a particulièrement marqué ?
FV : Je lis beaucoup, de tout et dans tous les styles. Mais j’avoue que je ne loupe aucun roman de Stephen King, de Terry Pratchett ou de Pierre Lemaître. J’adore Astérix, Lucky Luke et les Schtroumpfs et je voue un culte à la série BD « La Quête de l’oiseau du temps ».
MN : Si vous deviez résumer Les Insectes en trois mots pour donner envie de le lire, lesquels choisiriez‑vous ?
FV : L’aventure est à vos pieds (Y en a 5 !)
Les petites bêtes
Si vous pensez que les petites bêtes ne font pas de grandes histoires, c’est que vous n’avez pas encore mis le nez (ou plutôt la loupe) dans Les Insectes : Le Pays de Cocagne.
Ici, les héros mesurent trois millimètres, mais leur courage, lui, dépasse largement le format poche. Entre humour, péripéties et grains de folie, cette aventure prouve que même les plus petits peuvent accomplir de très grandes choses… surtout quand ils ont une bonne dose d’audace et un sens de la répartie affûté comme une mandibule.
Pour les adultes aussi
À partir de 7 ans, mais soyons honnêtes : les adultes rigolent aussi. Alors autant dire que cette BD, c’est un peu comme un bonbon qu’on « emprunte » aux enfants… et qu’on finit par garder pour soi.
Nelly Desplanches






