Saint-Vallier : Court métrage
Aaron de Bagny : un créateur de Pouilloux qui s’impose dans le cinéma fantastique français

Derrière le nom d’artiste Aaron de Bagny, se cache un homme discret, installé à Pouilloux, en Saône-et-Loire. Ce pseudonyme, qu’il utilise pour toutes ses créations vidéo, lui permet de distinguer son univers artistique de sa vie quotidienne.
« Ce nom, c’est mon espace de liberté, celui où je peux explorer le fantastique sans contrainte » confie-t-il.
Des débuts façonnés par la musique
Passionné de cinéma fantastique depuis l’âge de douze ans, Aaron découvre la mise en scène à travers la musique. Les décors de concerts, les textes narratifs, les atmosphères sombres : tout cela constitue son premier terrain d’expérimentation visuelle.
À partir de dix-huit ans, il évolue dans plusieurs groupes de hard rock, avant de rejoindre le groupe Necrowretch, avec lequel il parcourt l’Europe et l’Asie. Il partage alors l’affiche avec des légendes telles que Scorpions, Motörhead ou Alice Cooper.
« La musique restera toujours mon fil conducteur. Elle m’a appris le rythme, l’intensité, et la manière de raconter une histoire » explique-t-il. Cette expérience l’amène également à composer pour les réalisateurs américains Donald Farmer et Matt Jaissle, sur le marché du DVD et des plateformes de streaming comme Amazon Prime.
Un duo créatif avec Eve
Dans cet univers de débrouille et de passion, Aaron n’est jamais seul. Sa compagne Eve, qu’il a rencontrée dans l’univers qu’il affectionne, occupe une place centrale dans son processus de création. « Nous partageons la même fascination pour le cinéma de genre, surtout celui qui se fabrique avec peu de moyens » dit-il.
Eve réalise les storyboards, gère les costumes, participe aux effets spéciaux. Une véritable partenaire artistique, capable de porter plusieurs casquettes, pour donner vie à des films où l’imagination compense le manque de budget.
Influences et esthétique
Le cinéma d’Aaron s’inscrit dans une filiation assumée. Il cite volontiers Fred Olen Ray, Herschel Gordon Lewis, Richard J. Thomson, ou encore Jean Rollin parmi ses influences majeures.
« Ce sont des artisans du fantastique. Ils ont prouvé qu’on peut créer des mondes entiers avec peu de moyens, mais beaucoup d’idées », affirme-t-il.
Son univers se situe à la croisée du fantastique et de l’horrifique, avec une esthétique gothique et une narration volontairement sombre.
Un premier court-métrage remarqué
En 2024, Aaron réalise son premier court-métrage « The Necrotapes Massacre » qui attire l’attention de plusieurs festivals américains en 2025, dont Morgue and Krypt et Midnight Monster Club.
La plateforme anglaise RedemptionTV.net a diffusé ce court-métrage, aux côtés d’œuvres de Jess Franco et Jean Rollin, figures emblématiques du cinéma de genre européen.
« Voir mon film apparaître à côté de ces noms, c’est un honneur. Cela me confirme que je suis sur la bonne voie » confie-t-il.
Une incursion dans la publicité
L’année 2025 marque également une étape inattendue : Aaron compose une musique de publicité diffusée sur M6. Une première expérience dans ce domaine, qui témoigne de sa capacité à naviguer entre différents univers artistiques.
Le second court-métrage : un hommage gothique
Son nouveau film « Lune sanguinaire pour nuit maudite » sera tourné du 10 au 16 août sur les communes de Pouilloux, La Boulaye, Saint-Vallier, ainsi qu’une petite partie à Oudry.
Le projet réunit une équipe de dix personnes, acteurs et techniciens, mobilisés autour d’un objectif clair : obtenir une sélection dans les festivals spécialisés en France.
Ce court-métrage est un hommage à l’artiste espagnol Paul Naschy et au cinéma gothique. L’histoire raconte les mélopées macabres d’une mère séparée de son enfant à l’apparence bestiale, condamné à vivre dans l’ombre du monde.
« Je voulais un conte tragique, viscéral, où l’horreur sert à révéler l’amour et la solitude. C’est un film de ténèbres, mais aussi de tendresse » explique Aaron.
Des lieux chargés d’histoire et promis à disparaître
Aaron a choisi de tourner sur plusieurs sites emblématiques de la région, dont certains (pas tous) sont appelés à disparaître dans un avenir plus ou moins proche.
Le château de La Boulaye, à Ouroux-sous-le-Bois-Sainte-Marie, accueillera plusieurs scènes.
À Pouilloux, le tournage se déroulera au Bois de Chaume et au hameau abandonné, dont l’atmosphère singulière nourrit l’esthétique du film.
À Saint-Vallier, une scène en calèche sera réalisée sur le terrain de François Lardet, connu pour avoir promené de longues années, les habitants avec sa roulotte et sa jument.
« Ces lieux ont une âme. Ils racontent quelque chose, même quand ils sont en train de s’effacer. Je veux les préserver à l’image, avant qu’ils ne disparaissent », explique Aaron.
Un créateur entre deux mondes
Aujourd’hui, Aaron partage son temps entre ses projets artistiques et son métier d’éducateur spécialisé. Cette dualité nourrit son regard, lui offrant une sensibilité particulière pour raconter les marges, les ombres, les êtres à part.
« Mon travail m’apprend l’humain. Mon cinéma me permet de le transformer », dit-il.
Ainsi avance Aaron de Bagny, artisan du fantastique, créateur de l’ombre, et voix singulière du cinéma de genre français.
Mais au-delà du tournage, ce projet repose sur son engagement et celui de sa compagne Eve, qui forment un duo créatif rare. Avec un budget minimal, mais une détermination intacte, ils portent ensemble un cinéma artisanal, sincère et passionné. Leur énergie, leur inventivité et leur complicité donnent au film une âme particulière, celle des projets faits avec le cœur, plutôt qu’avec les moyens.
Calendrier du tournage
Le tournage du court-métrage « Lune sanguinaire pour nuit maudite » aura lieu du 10 au 16 août 2026.
Les premières scènes seront réalisées à Pouilloux, au Bois de Chaume, puis au hameau abandonné.
L’équipe tournera ensuite au château de La Boulaye, avant de filmer quelques séquences à Oudry.
Une scène en calèche sera réalisée à Saint‑Vallier, sur le terrain de François Lardet.
« Nous n’avons pas d’argent, puisque notre budget culmine à hauteur de 1000€, mais nous avons des idées », résume Aaron de Bagny.
Le tournage s’achèvera le 16 août, avant le montage.
Nelly Desplanches












