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vendredi 8 décembre 2023 à 04:38

Carrefour assurance :Assurez vous contre la mouise

Vraie bonne idée ou pur cynisme commercial



 

Des fausses bonnes idées tout le monde en a dans l’enthousiasme par naïveté ou par méconnaissance. Mais parfois cela devient pour une des parties prenantes une bonne idée par cynisme commercial, Dans le cas présent il est trop tôt pour dire le vrai et distinguer entre les deux options,

 

Carrefour lance avec CNP Assurances deux formules pour aider les Français à payer leurs courses en cas de coup dur. La justification de Carrefour est la suivante : « Face à la flambée des prix de l’alimentation et des produits de première nécessité, de plus en plus de Français éprouvent des difficultés à payer leurs factures, notamment en cas d’imprévus entraînant une perte ou une baisse de leur revenu. [Pour] protéger le budget alimentation des ménages lors d’aléas de la vie qui peuvent générer des pertes de revenus [il s’agit de] La Garantie pouvoir d’achat», indique le groupe dans un communiqué.

En fait cette assurance contre les coups du sort pour les 18/80 ans, se décline en deux options

La première, appelée « Course Protect » :  2,90 euros ou 3,90 euros de cotisation par mois garantissant, pendant un an maximum, l’obtention de bons d’achat oscillant entre 75 et 150 euros par mois en cas d’incapacité de travail ou de perte d’emploi et/ou  500 euros d’indemnisation  en cas d’invalidité lourde ou de perte d’autonomie.

La deuxième option, appelée « Budget Protect » : 5,90 euros ou 8,90 euros mensuels de cotisation pour obtenir la garantie d’indemnisations autre que des bons d’achat En effet il s’agit, pendant un an maximum, de versements allant de  300 à 500 euros et /ou 1.000 euros en cas d’invalidité lourde ou de perte d’autonomie. La garantie resta attachée au fait que vous dépensiez chaque mois chez Carrefour pour y faire vos courses.

D’aucun se plaignent qu’il s’agit la de rendre captive la partie la plus fragile de la clientèle de Carrefour. Mais nous vivons à une époque où tout doit être assuré, sa vie, sa mort, sa voiture, son animal domestique, sa retraite, alors pourquoi pas comme pour les catastrophes naturelles une assurance sur les catastrophes de la vie,

pour accompagner cd dispositif Carrefour a mis en place un « booster inflation » qui ajustera le montant des aides et des bons d’achat en cas de reprise de l’inflation.

La marque prétend que plus de 35 % des Français seraient intéressés par ces offres selon des études sur des panels de consommateurs. Certes cela ne fait pas une majorité pour, mais le produit a été lancé il y a 3 jours.

le président de la Fédération des acteurs de la Solidarité, Pascal Brice,s’indigne sur RMC  chez Apolline Matin contre cette initiative « « Alors, donc, maintenant, pour pouvoir manger quand on est dans la mouise, il va falloir prendre une assurance… Il faut qu’on mesure de quoi on parle là. Ça dit d’abord ce qui frappe un tas de gens dans le pays avec la hausse des prix, notamment des produits de première nécessité. Et ça en dit long sur la conception que certains se font de la solidarité dans ce pays.l y a 10 millions de pauvres dans ce pays et on vient nous dire qu’il va falloir que les uns et les autres payent pour manger. Ça veut dire qu’il y a une véritable fragilisation du système de solidarité dans notre pays. Je veux dire les choses très clairement et d’abord aux possédants, ceux qui ont les moyens: ils sont sur un truc suicidaire. Je préférerais que les grandes enseignes se préoccupent de maîtriser les prix des produits de première nécessité plutôt que de mettre en place ce genre de truc. Les possédants de ce pays doivent se rendre compte qu’avec tout ça, on est en train de mettre des gens dans des situations impossibles. » Par ailleurs  Pascal Brice vise le gouvernement « Il faut qu’il prenne complètement la mesure de ce qui est en train de ravager toute une partie des gens dans la classe populaire et la classe moyenne dans ce pays, avec la hausse des prix. C’est ravageur. Il faut cesser cette petite musique, avec le chômage qui ne baisse pas assez donc on va taper encore plus sur le système de solidarité. Il faut qu’on arrête de taper sur les pauvres et le système de solidarité, parce qu’après, voilà ce qu’il se passe. Un tas de gens n’arrivent plus à manger correctement. »

Mais pour  Stéphanie Duraffourd, porte-parole du comparateur Assurland il s’agit «C’est une vraie assurance, souligne Stéphanie Duraffourd, porte-parole du comparateur Assurland. Vous payez une cotisation et derrière, vous avez un service qui est rendu si vous avez un sinistre. Je pense que l’idée est aussi de montrer aux particuliers qu’ils se soucient de la question du pouvoir d’achat. Ils attirent aussi leurs clients sur ce marché. 

Informés dans la magasin, certains clients à la sortie se montrent  sceptiques. « C’est bizarre que ce soit si peu cher », s’étonne l’une d’entre eux. Sur le net les commentaires se déchaînent « Idiot on n’est pas le 1er avril pourtant.  , faut bien lire toutes les exclusions, et le délai de carence ?, un bon d’achat de 50 euros sous condition de dépenser 500 bien sur .. , etc., etc. Sur RMC Story, ce jeudi midi, le débat qui porte sur cette « assurance » clive le plateau en deux : à gauche on parle d’infamie d’abjection, d’abandon du principe de solidarité ou l’individualisation des risques sociaux contre le principe de mutualisation, à droite et l’animatrice on banalise cela comme les cartes fidélité, comme un plus, un appel à la responsabilité des individus, une bonne idée quoi !

Qui vivra verra et qui galérera y trouvera peut être son compte, Mais la question reste posée : bonne ou mauvaise idée et pour qui ?

 

Gilles Desnoix

 



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