Lycée Théodore Monod (Blanzy)
Des élèves rencontrent un journaliste Congolais réfugié en france
Des élèves rencontrent un journaliste Congolais réfugié en france
Ce jeudi, les élèves de 2 classes de seconde « baccalauréat professionnel » du lycée Théodore Monod de Blanzy ont eu l’opportunité de rencontrer un journaliste congolais réfugié en France, Monsieur Déo Namujimbo.
Leurs enseignantes, Mmes Drin et Godard ainsi que leur professeur documentaliste, Mme da Rocha – Huard, dans le cadre des programmes d’enseignement du Français et d’éducation civique, ont souhaité apporter une valeur ajoutée aux thèmes abordés sur la construction de l’information et le rapport entre les médias et la citoyenneté. Ce projet a pu voir le jour grâce au financement du Conseil Régional de Bourgogne.
Déo Namujimbo, 53 ans, est domicilié à Vigneux-sur Seine (91), il a, après le baccalauréat d’état obtenu en 1980, fait jusqu’en 1994 des études et des formations en journalisme qui l’ont menées à à faire ce métier mais aussi à écrire, à faire des conférences ( en journalisme écrit et audiovisuel, en journalisme de paix et de réconciliation) et à militer pour la liberté de la presse, les droits de l’homme, de la femme, des enfants.
Il a été lauréat de nombreux prix internationaux (Plume d’or, Prix Hewlett Helmann de Human Rights Watch, Prix international Oxfam/Novib.
Il a publié « Merde in Congo » et « On tue tout le monde et on recommence », puis fut membre d’Honneur de PEN Flandres (Association internationale d’écrivains en exil).
Il fut aussi membre du jury du prix Bayeux Calvados des Correspondants de guerre.
Il est aussi auteur de romans, de recueils de nouvelles, de contes et livres pour enfants pour lesquels il est en attente d’éditeurs.
– Auteur de Romans, recueils de nouvelles, contes, livres pour enfants… en quête d’éditeur
Sur le plan purement professionnel, il débuta comme journaliste et animateur radio puis correspondant de magazine puis correspondant (reporter sans frontières entre autre) international avant de devenir conférencier sue le Congo profond dans les universités françaises et belges et traducteur d’interviews de terrain en langues locales.
Déo explique qu’après avoir toujours toujours lutté contre l’injustice et pour le bien être, en 2011, la guerre terminée, il se retrouve une fois de plus au chômage. Autour de lui ne règnent que les massacres de la population, la misère, la corruption et l’enrichissement illicite des autorités et autres dirigeants que sont les chefs militaires, les ministres, les gouverneurs, les députés etc.
Comme il n’existe aucun journal ni imprimerie dans tout l’est de la RDC, et avec l’avènement de l’Internet, Déo Namujimbo entre en contact au début des années 2000 avec des agences de presse occidentales, afin de faire savoir au monde entier la situation misérable qui règne au sein de son peuple. Il se met alors à sillonner tout l’est de son pays, visite tous les villages, traverse toutes les forêts à pied, à vélo, à moto et en pirogue, il escalade toutes les montagnes, dans le seul but de voir de ses yeux les conditions de vie de ses concitoyens.
Comme il fallait s’y attendre, les menaces de mort commencent à pleuvoir sur lui et sa famille, et pendant près de 10 ans, Déo doit se cacher, abandonner sa famille et sa ville pour « se mettre au vert ».
Déo est devenu en quelque sorte le porte-parole de la population, le seul qui se donne réellement pour les défendre devant l’opinion internationale.
Le 21 novembre 2008, son petit-frère Didace Namujimbo est assassiné par balles à 21 heures à 50 mètres de son domicile alors qu’il revient de son travail de journaliste à la radio Okapi, la radio de la Mission des Nations Unies au Congo. Les assassins ont pris ses deux téléphones portables sur lesquels, en plein deuil, ils appellent Déo pour lui lancer des messages du genre « Tu veux savoir ce qui est arrivé à ton frère ?
Arrivé en France le 24 mars 2009, Déo Namujimbo n’en est jamais reparti. En effet, quelques jours après la remise du prix ( lauréat de la Plume d’or) fortement médiatisée au Sénat, il reçoit des menaces par e-mail qui ne laissent aucun doute sur le sort qui lui est réservé ainsi qu’à sa femme et à ses enfants. Il décide alors de demander l’asile en France pendant que sa famille quitte précipitamment le Congo pour se réfugier au Burundi voisin en se mettant sous la protection du HCR, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Sa famille le rejoindra par la suite en France dans le cadre du regroupement familial.
Malgré ces difficultés et bien qu’il ait bien du mal à nourrir ses enfants et à subvenir à leurs besoins dans ce pays où ils viennent d’arriver et où ils ne sont donc pas encore intégrés, il est entré en contact avec le Clemi, un service du ministère français de l’éducation, qui lui permet de faire des conférences gratuites dans les lycées et les académies à travers la France. En même temps il continue à écrire des romans, des nouvelles, des poèmes, sans avoir encore eu la chance de trouver un éditeur sérieux. En 2010, Il a reçu le prix Hewlett- Hamlett de Human Rights Watch pour la liberté d’expression.
Mais loin de se décourager, bien que conscient des dangers qu’il court et fait courir à sa famille et à lui-même, Déo Namujimbo reste décidé à poursuivre son combat jusqu’à ce que son peuple retrouve un jour l’abondance, la justice et la dignité. Et il est plus que jamais décidé à brandir sa devise si chère : « Je me bats sans bombes ni fusils. Mes seules armes sont la loi et la justice, la plume et le papier ».
Les élèves qui ont assisté à cette conférence ont pu apprécier l’énorme fossé qui existe entre notre pays et d’autres sur notre planète en matière de sécurité, de liberté et de droits.
L’un d’entre eux, Benjamin Thiebault nous confie :
« Déo nous a parlé plus particulièrement de la situation dans laquelle était le Congo. Son engagement de journaliste nous a touché, tout le monde dans la salle a été surpris de voir qu’il y a eu autant de morts suite aux guerres dans ce pays. Je ne pensais pas que l’on pouvait être séparé de ses enfants et ainsi quitter le pays avec crainte. J ai appris aussi que l ONU était impuissante face à l’ampleur des problèmes (exemple : une femme accouchait sur le bord de la route, à ce moment là, la voiture de l ONU passait part là et elle se fit arrêter part Deo et plusieurs autres personnes qui demandèrent d’emmener cette femme a l’hôpital mais l ONU a refusé car ce n était pas sa mission). Conclusion cette femme est morte avec le bébé dans son ventre. J ai appris beaucoup de choses par cette rencontre à laquelle je pense encore. Est ce que ce ne serait pas l éducation, la réponse a tous ses problèmes ou tout du moins en partie ? »
La conclusion revient à Sabrina da Rocha-Huard, professeur documentaliste qui dit :
« Le retour des élèves aujourd’hui est très positif. Déo a su les sensibiliser autant sur la situation des Congolais que sur sa propre situation de journaliste réfugié politique et sur la liberté de la presse et le droit à l’information. C’est une véritable opportunité que de pouvoir écouter le témoignage de cet homme qui, de surcroît, sait parler aux jeunes ».
Jean Michel LENDEL





