Montceau-les-Mines : Lycée Parriat
Une bourse, deux destins : Mattéo et Sharokh incarnent la réussite et l’avenir
Ce mercredi, au lycée Parriat, une cérémonie particulièrement émouvante s’est tenue, sous la houlette du proviseur Pascal Villette, pour célébrer l’attribution de deux bourses d’ascension sociale.
Ces distinctions ont été remises à Sharokh Mohammad Alinezhad et à Mattéo Noirault, tous deux élèves de CPGE (Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles). Ce moment fort a mis en lumière leur engagement, leur persévérance et le soutien de l’établissement dans leur parcours vers l’excellence.
La bourse de l’ascension sociale
Elle désigne un ensemble de dispositifs portés par la Fondation de l’Ascension Sociale (souvent associée à la Fondation Arts et Métiers et au mécénat d’Henri Marchetta). Ces bourses soutiennent des lycéens et étudiants issus de milieux modestes pour leur permettre d’accéder à des études supérieures exigeantes, en particulier dans les domaines techniques et scientifiques.
La fondation se donne pour mission de soutenir des jeunes méritants issus de milieux modestes, d’encourager l’accès aux études d’ingénieur ou aux filières techniques, d’offrir un accompagnement humain (parrainage, mentorat) en plus de l’aide financière et de contribuer à un véritable ascenseur social, en donnant les moyens de viser des carrières ambitieuses.
La bourse de l’Ascension sociale est l’un des dispositifs les plus structurants pour aider des jeunes motivés à franchir des barrières financières et sociales, en particulier vers les métiers d’ingénieur. Elle combine financement, sécurité sur plusieurs années, et accompagnement humain, ce qui en fait un levier puissant pour changer une trajectoire.
Les boursiers et leurs parrains
Sharokh Mohammad Alinezhad était placé sous le parrainage de Nicolas Lapray, et Mattéo Noirault bénéficiait quant à lui du parrainage de Michel Dugne.
Lors de la remise des bourses, d’une valeur de 2 000 € chacune, chaque élève s’est présenté devant l’assemblée.
Sharokh Mohammad Alinezhad a alors livré un témoignage particulièrement marquant :
« Je suis d’origine iranienne et j’ai quitté mon pays à l’âge de 12 ans. J’ai traversé de nombreux pays, j’étais réfugié politique. À mon arrivée en France, la situation était compliquée car je n’avais droit à rien, sauf à l’éducation, au lycée Parriat.
Les étrangers qui arrivent en France passent une première année à apprendre le français, puis, la deuxième année, on évalue leur niveau en mathématiques et les études qu’ils ont suivies dans leur pays d’origine.
Je travaillais bien, mais j’ai dû fournir énormément d’efforts pour atteindre un très bon niveau. C’était difficile, car mon père n’avait aucun revenu et je ne travaillais pas. Je n’avais rien, même pas de bourse.
J’ai travaillé tout l’été pour pouvoir intégrer cette classe préparatoire. Cette bourse arrive à un moment crucial : elle va me permettre de me consacrer pleinement à mes études et de poursuivre mon objectif d’intégrer une école d’ingénieurs ».
Pour sa part, Mattéo Noirault précise qu’il vient de l’Ouest de la France. « De base, je voulais être mécanicien automobile. Je me suis dirigé vers un bac pro et cela m’a plu. Mais est‑ce que cela me plaira encore autant dans quelques années ? Je me suis alors renseigné sur les métiers d’ingénieur, qui offrent davantage de choix de carrière.
J’ai ensuite tenté ma chance à Parriat, dans cette CPGE. J’y travaille d’arrache‑pied et cette bourse va me permettre d’intégrer une grande école, avec des moyens supplémentaires pour financer le logement et d’autres dépenses indispensables ».
L’association AB2P
Dans un premier temps, Éric Basset, enseignant en sciences industrielles de l’ingénieur, a présenté l’association AB2P (Association Baccalauréat Professionnel Parriat), dont il est aussi le président.
Il rappelle qu’en 2013, c’était la première année où les étudiants étaient présentés à des concours. Après les épreuves écrites, il fallait se rendre à Paris pour passer les oraux, parfois durant plusieurs jours.
« Nous nous sommes aperçus que certains étudiants n’avaient pas les moyens de se rendre à Paris, compte tenu des frais que cela impliquait. Nous avons réagi rapidement, car nous ne pouvions pas laisser une telle situation perdurer. C’est ainsi que nous avons créé AB2P, afin d’aider ces jeunes ».
Ajoutant : « L’association soutient également d’autres étudiants au cours de l’année, notamment pour financer leur logement, la cantine ou d’autres dépenses essentielles.
Cette situation trouve une explication dans le profil social des étudiants accueillis. En prenant l’ensemble de la promotion, 72 % des élèves sont boursiers, un indicateur particulièrement élevé. L’IPS (indice de position sociale) atteint pour sa part 99, un niveau nettement inférieur aux moyennes observées ailleurs ».
À titre de comparaison, l’IPS moyen est de 111 dans le département et de 115,5 au niveau national. Ces écarts soulignent la spécificité du public accueilli et rappellent l’importance des dispositifs d’accompagnement mis en place pour garantir l’égalité des chances.
L’association aide ces étudiants pour éviter qu’ils n’arrêtent leurs études et que le manque d’argent ne soit pas un écueil pour eux.
Le président précise : « AB2P est un outil qu’il faut alimenter de différentes manières. Par les adhérents, les étudiants mais aussi avec la vente de vêtements avec notre logo (bonnets, tee-shirts etc).
Pour son part Pierre Simon s’occupe des tombolas et de la vente des objets fabriqués au Fablab.
Enfin, il y a les dons dont certains sont touchants puisqu’émanant d’anciens étudiants partis de Parriat depuis au moins 10 ans.
Un chèque de 1000€ offert par Novium
« Mais ce mercredi, Didier Stainmesse, président de la société Novium, a effectué un don de 1 000 € à AB2P. Il nous accompagne depuis très longtemps et nous l’en remercions vivement » disent conjointement Éric Basset et Pascal Villette.
Didier Stainmesse prend ensuite la parole : « Quand Éric m’a parlé de l’association, je n’ai pas hésité une seconde. Et je n’ai aucun doute sur la pérennité de cette aide. En effet, Sascha Kettler, mon successeur et ancien directeur de Michelin, va prendre la présidence de Novium. Il est dans le même état d’esprit que moi ».
Pour sa part, Alain Dovillaire, ambassadeur Arts et Métiers pour la Fondation Marchetti, rappelle combien la question de la parité dans les métiers technologiques demeure un véritable défi. Le constat est clair : la technologie souffre aujourd’hui d’un déficit d’attractivité, et cela touche autant les jeunes filles que les garçons.
« Nous vivons dans un monde où la technologie est omniprésente, mais paradoxalement, elle est souvent mal connue ou mal perçue » dit-il.
Les chiffres cités par Alain Dovillaire illustrent parfaitement ce paradoxe : 75 % des personnes interrogées se disent favorables à l’industrie, mais seuls 17 % recommanderaient à leurs proches d’y travailler. Ce décalage révèle une image encore trop souvent datée, voire négative, de l’industrie et des métiers techniques.
Une image à réinventer
Pourtant, les entreprises industrielles et technologiques sont aujourd’hui en pleine transformation : modernisation, robotisation, innovation, transition écologique… Elles ont besoin de talents variés, et la diversité, notamment la parité, est un levier essentiel de performance.
Un exemple inspirant : la prépa du lycée Parriat
Dans ce contexte, certains établissements montrent la voie. La section de classes préparatoires du lycée Parriat en est un exemple remarquable. Elle démontre qu’avec une équipe pédagogique engagée, une culture de réussite accessible et un accompagnement de qualité, il est possible de réconcilier les jeunes avec les sciences, la technologie et l’industrie.
Ce type de formation prouve que lorsque les élèves découvrent la réalité des métiers, rencontrent des professionnels et comprennent les enjeux, leur regard change. Et la parité progresse naturellement, parce que les filles y trouvent leur place autant que les garçons.
Une formation pionnière portée par une équipe exceptionnelle
Pascal Villette, proviseur de Parriat, souligne un point essentiel pour comprendre la singularité de cette filière : sa reconnaissance nationale. Il rappelle que le lycée reçoit régulièrement la visite d’inspecteurs généraux, qui ne manquent jamais de saluer le caractère pionnier de cette formation. Selon eux, elle demeure un modèle du genre, un exemple solide et inspirant. Mais ils reconnaissent aussi qu’il s’agit d’un modèle difficile à reproduire ailleurs.
Cette difficulté n’a rien d’étonnant. Comme l’explique le proviseur « la réussite de cette filière repose avant tout sur une équipe enseignante profondément investie.
Beaucoup de ces enseignants ont participé à la création même de la formation. Ils en connaissent l’histoire, les ambitions, les exigences. Ils en portent l’esprit depuis l’origine. Leur engagement dépasse largement la simple transmission de connaissances : ils accompagnent, encouragent, soutiennent, et insufflent une dynamique collective qui fait toute la différence ».
Un soutien politique affirmé pour l’avenir industriel du territoire
La prise de parole de Lionel Duparay, député de la 5ᵉ circonscription de Saône‑et‑Loire, vient renforcer l’idée que cette filière s’inscrit pleinement dans les enjeux d’avenir du territoire.
Il l’a exprimé sans détour : « Je ne vais pas contrecarrer cette idée que l’industrie est l’avenir de notre territoire ». Cette déclaration résonne particulièrement dans un contexte où l’industrie cherche à reconquérir son attractivité et à affirmer son rôle stratégique dans la transition économique et technologique.
Le député rappelle également que le métier d’ingénieur ouvre de nombreuses portes. Loin d’être une voie étroite ou spécialisée à l’excès, il s’agit au contraire d’un parcours qui permet d’accéder à une grande diversité de secteurs, de responsabilités et de carrières. Cette polyvalence constitue un argument fort pour encourager les jeunes, filles comme garçons, à s’engager dans ces études.
Le verre de l’amitié a terminé agréablement cette remise de bourses.
Nelly Desplanches













