Menaces de mort conjugales à Montceau
l'alcool n'excuse pas tout : 6 mois de prison avec sursis, mise à l'épreuve...
« Je vais te décapiter, te couper les bras, les jambes, et mettre ta tête dehors pour que tout le monde la voie. » Il était ivre, ce 10 décembre 2018 à Montceau, lorsqu’il s’est défoulé…. elle a tout de même estimé que les enfants avaient besoin d’une mère vivante et entière alors elle est allée chercher les forces de l’ordre.
Il n’a pas de casier. Elle a déjà fait quelques mains courantes pour des violences. En décembre elle dépose plainte. Le parquet engage des poursuites. Le mari est placé sous contrôle judiciaire assuré par l’AEM avec un « accompagnement individuel renforcé » (dispositif AIR), il respectera toutes ses obligations. Madame va retirer sa plainte. Elle accompagne son époux à l’audience, elle ne se constitue pas partie civile.
« C’est pas moi qui ai dit ça, c’est l’alcool »
Le tribunal prend le temps de confronter le prévenu, âgé de 44 ans, non seulement à ses menaces, mais aussi à tous les épisodes dont son épouse a fait mention, et puis à sa consommation d’alcool. Il s’est mis à boire il y a quelques années. A la barre, il « minimise », s’inquiète la présidente Sordel-Lothe. Certes il déclare que sa femme dit forcément la vérité, mais que « c’est pas moi qui ai dit ça, c’est l’alcool ». Les juges n’apprécient pas. « Moi je suis nerveux, mais pas violent. – Vos propos à l’audience ne sont pas rassurants, monsieur. » Alors le tribunal reprend les procès-verbaux, les remarques pas claires, le vocabulaire pas clair non plus, confronte le prévenu encore et encore, puis donne la parole à la victime.
L’épouse raconte leur couple
L’épouse qui jusque là était assise en posture humble, le regard rivé au sol, se lève et se déploie a-t-on envie de dire : elle est plutôt petite, mais elle s’exprime bien, et même très bien. Le contraste avec son mari est saisissant. L’épouse raconte leur couple, leur rencontre, les choix qu’ils ont fait, leur mariage d’amour, l’importance de leurs enfants. Elle dit aussi les difficultés inhérentes à la vie, leurs différences dans leurs façons d’appréhender les choses et de les exprimer. Elle dit qu’elle sait pouvoir divorcer si cela s’imposait, mais qu’elle espère que cette audience de jugement sera salvatrice et qu’il ira au bout du chemin commencé avec le contrôle judiciaire. Elle plaide en sa faveur, en leur faveur.
« Cette procédure est un mal pour un bien »
Le tribunal a l’habitude des victimes qui retirent leurs plaintes et viennent dire que c’est « la faute à l’alcool », or cette femme tient un discours différent. « Cette procédure est un mal pour un bien, poursuivra maître Thomas. Il commence à comprendre qu’il a un problème et que seul lui peut travailler à le résoudre. Il faut plus que trois mois pour y parvenir, mais l’analyse de sang que nous produisons certifie qu’il ne boit déjà plus comme avant. Il ne m’a pas demandé de plaider une relaxe : il entend assumer les conséquences de son comportement. » Christel Benedetti, substitut du procureur, avait requis 6 mois de prison intégralement assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, « propos inadmissibles », « pas de prise de conscience sur les violences psychologiques ».
6 mois de prison assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans
Le tribunal suit les réquisitions et condamne cet homme qui découvre des limites à la si belle liberté d’expression qu’il invoquait : 6 mois de prison assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Obligations de soins (addicto et psychologiques), de travailler, et de suivre un stage de prévention et de lutte contre les violences conjugales. « Dans le cadre de cette mesure, le tribunal vous fait confiance. » La présidente fait peser son regard sur le condamné : qu’il prenne bien la mesure de la mesure, 6 mois de prison à la clé.
Florence Saint-Arroman


