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mercredi 26 juin 2019 à 05:32

Travail dissimulé, prostitution… à Montceau

Pas de réseau, pas d’enrichissement non plus mais..



 



 

 

Cinq femmes vivant à Montceau et alentours ont été jugées par le tribunal correctionnel au TGI de Chalon-sur-Saône, ce lundi 24 juin, pour travail dissimulé. Les unes et les autres n’ont pas déclaré tous leurs revenus sur des périodes variables selon les cas, entre 2011 et 2014. En même temps, comme l’a dit l’une d’entre elles à la barre : « Il n’y avait pas de case pour la prostitution sur les formulaires du RSI. »

 

 

Tout est parti du propriétaire d’un appartement rue de Chalon à Montceau qui avait en 2011 loué à une camerounaise dont une compatriote s’était portée garante. Ce monsieur vit dans cette même rue et remarque rapidement des allées et venues d’autres messieurs, qui arrivaient téléphone portable en main, entraient et ressortaient environ 30 mn plus tard. Il en parle à la police qui entreprend de planquer chez lui et prend des photos. Puis on investigue sur le site Vivastreet, et on découvre que sur le secteur de Montceau, 5 femmes d’origine camerounaise proposent des massages et des relations sexuelles tarifées. Elles dispensaient leurs services également sur Digoin, Paray-le-Monial et Gueugnon. Un enquêteur appelle l’un des numéros de téléphone trouvé sur le site, son interlocutrice lui confirme que pour 80 euros la demi-heure et 130 euros l’heure, il peut bénéficier d’un tas de gâteries, « jusqu’au rapport complet ».

 

Pas de réseau, pas d’enrichissement non plus

 

Les policiers trouvent plusieurs clients qui confirment les faits, puis ils interrogeront MoneyGram et Western Union sur les transferts d’argent. Il y en a eu plusieurs, à destination de l’Espagne, de l’Italie ou du Cameroun, pour des sommes allant de 1300 à 7000 euros, suivant les femmes. Les enquêteurs pensent alors avoir mis la main sur un grand réseau. Le 15 décembre 2014 ils procèdent à deux interpellations, puis en avril 2015, à 3 autres, et en resteront là car ces femmes ne se connaissaient pas toutes et ne se livraient à la prostitution que poussées par des circonstances personnelles. Aucune ne s’est enrichie, et cela fait d’elles des victimes, en fait, ce qui n’échappe évidemment ni aux juges ni au procureur de la République

 

Les sommes dissimulées sont réelles sans être astronomiques

 

La présidente Therme fait le point avec chaque prévenue. Trois d’entre elles reconnaissent sans difficulté, mais deux contestent à la barre ce que pourtant elles avaient reconnu en garde à vue puis devant la juge d’instruction et cela agace considérablement les magistrats. Les sommes dissimulées sont réelles sans être astronomiques, et nul n’oublie les difficultés dans lesquelles chacune s’est trouvée à un moment ou à un autre : qui avait une fille étudiante et voulait lui payer ses études, qui avait un frère dans le coma là-bas au pays, qui avait sa mère mourante, qui… Certaines travaillaient, du reste, certaines étaient mariées d’autres pas. Ce furent « des périodes transitoires ». Elles n’ont pas de casiers, leurs contrôles judiciaires se sont bien passés (elles ont dû remettre leurs passeports, entre autres, les unes depuis 2014, les autres depuis 2015, on est en 2019).

 

« Sur ce qui vous a conduit à recourir à la prostitution, je n’ai que de la compassion. »

 

Le procureur de la République prend ses réquisitions : « Sur ce que vous avez vécu et qui vous a conduit à recourir à la prostitution, je n’ai que de la compassion. » Il est debout, dans sa robe de magistrat, il les regarde. Silence. « Vous n’êtes pas poursuivies pour vous être prostituées. En France, on réprime ceux qui profitent de celles qui sont dans votre situation, et non les victimes. Je n’ai aucun doute sur vos souffrances, sur les positions impossibles de vos vies personnelles. » L’émotion grandit, des larmes coulent. « Par contre vous êtes poursuivies pour non déclaration de ressources, c’est comme ça qu’on essaie de décourager une activité qui est mauvaise… Et bien sûr qu’elle n’est pas déclarable ! » Damien Savarzeix accorde la dispense d’inscription au B2 de leurs casiers à celle qui l’a demandée via son conseil, mais aussi à celles qui n’ont rien demandé. Pour les 3 qui n’ont fait aucune difficulté, il demande une peine avec sursis, « pour pas que ça vous handicape » mais il étrille un peu les 2 femmes qui ont changé de position à la barre, et les confronte à leur capacité « à dire la vérité ». « Moi je pourrais avoir une autre lecture du dossier, et établir que la moyenne de 1600 euros par mois est en réalité vraisemblablement minorée, et alors je demande quoi ? 6000 euros d’amende ou de la prison ? » Il a haussé le ton, puis il conclut à voix douce : « Je laisse le tribunal en décider. »

 

La honte

 

Maître Bernard détaille ce que le site Vivastreet permettait*, parle de « la honte » de sa cliente, et de ce que ça lui faisait vivre ainsi de ce que ça lui fait vivre aujourd’hui. Maître Marceau plaide « les pressions intra-familiales » qu’a subi sa cliente, il décrit un système infra-familial non protecteur qui l’a poussée à la prostitution pour recevoir de l’argent. Maître Ronfard dit que celle qu’il défend a une « histoire similaire », une femme isolée qui s’est débrouillée comme elle a pu « à presque 40 ans ». « Les faits sont anciens, il faut en tenir compte dans la peine ». Maître Diry intervient pour les deux récalcitrantes et remarque qu’il n’a pas, fait extraordinaire, de réquisitions du parquet. « Les fourches pénales s’abattent plus facilement sur les petites gens. Quand c’est les gros on sait comment ça se passe… » Poke Levallois (ndla). « On ne se situe que sur le volet fiscal et administratif, et ces sommes sont indéclarables comme a dit monsieur le procureur, alors du coup on fait n’importe quoi, on en met un peu ici, un peu là, au débotté. »

 

Des amendes avec sursis

 

Il est bien tard quand le tribunal se retire pour délibérer. La nuit tombe doucement. Le palais est vide, les femmes sont par deux ou seules, assises ici et là dans une salle déserte, elles sont tristes, fatiguées et inquiètes.

 

Le tribunal condamne chacune à une amende de 1000 euros assortie du sursis simple. Accorde la dispense d’inscription au B2 du casier à celle qui l’a demandée (son travail l’exige), la refuse pour les autres dans la mesure où rien ne la justifie actuellement.

 

Florence Saint-Arroman

 

*Sur le site Vivastreet, une rubrique « rencontres » proposait trois options : « sans lendemain », « erotica », « erotica gay ». Cette rubrique a été suspendue en juin 2018, annonce Vivastreet, parce qu’« en dépit de nos efforts, il a été suggéré que certains utilisateurs font un usage inapproprié de notre site ». Ah oui ? Quelle bande de Tartuffes, de faire mine de s’étonner et de se désoler que ces trois options aient pu être une mine pour développer le sexe tarifé, la prostitution.

 

http://www.vivastreet.com/s/Message

 

Comme quoi si le parquet s’efforce de « décourager » cette activité, d’autres se chargent de l’encourager.

 

 

 

tribunal 2208172

 

 





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