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vendredi 27 décembre 2019 à 06:41

Tribunal : interpellé après un accident de la circulation à Montceau

Après sa nuit de réveillon en prison : 8 mois de plus



 



Le box des comparutions immédiates voit passer pas mal de gens qui dévissent, socialement, mais dévisser socialement c’est toujours un effet, une conséquence d’autres facteurs, psychiques, pour l’essentiel.

Lui, il fut légionnaire, il fut marié, mais il a cessé de travailler, et puis il a divorcé, et puis il a vécu dehors, dormait dans sa voiture, ou chez des potes « qui boivent plus que moi ».

A Montceau-les-Mines, ce 23 décembre un peu avant 20 heures, une Megane va percuter une voiture garée, laquelle rentre dans sa voisine (mais pas de parties civiles à l’audience). La police arrive, on contrôle le conducteur qui tapait à 1,80 gramme d’alcool par litre de sang. Il ne se souvient pas de sa perte de contrôle. Il avait commencé à boire le matin, « deux bières », puis il était convié à un anniversaire, « on a bu des verres d’alcool fort, on a continué l’après-midi ». Il rentrait chez des amis qui l’hébergeait pour la nuit. Il avait acheté sa voiture l’an dernier, elle n’est n’était pas assurée, la carte grise n’est pas à son nom : pas d’argent, pas d’adresse. Mais en plus, son permis est en fait annulé judiciairement, il le savait. La dèche ça tient encore sur trois pattes, mais quand on en perd encore une, alors ça finit par se casser la figure. Il comparait ce jeudi 26 décembre pour être jugé selon la procédure de comparution immédiate, il est en état de récidive légale.

SDF depuis 9 ans, « fataliste »

6 mentions à son casier : exclusivement des délits routiers, des conduites sous l’empire de l’alcool, un délit de fuite, une conduite malgré l’annulation de son permis de conduire. Le casier démarre en 2011. Que s’est-il passé en 2010 ? Divorce. « Vous êtes sans domicile fixe depuis 9 ans », expose la présidente Delatronchette. « Oui madame. » L’ancien militaire a gardé ce pli : « oui madame », « non madame ». Le reste s’est effrité jusqu’à prendre l’habitude d’achever de se dissoudre dans l’alcool, jusqu’à faire dire à cet homme, pendant sa garde à vue, que somme toute, eh bien tant pis : faire de la prison, c’est avoir un toit et du chauffage pendant l’hiver. Il ne conteste rien, il n’a fait aucune difficulté, il est poli, presque docile, « fataliste » dira son avocate.

« Vous êtes né en 1964 ? Vous êtes jeune ! »

Comme toutes les personnes qui ont « un problème avec l’alcool » comme on dit, il minimise, il nie un peu, « je bois quand j’ai soif ! ». « Quand on a soif, on peut boire de l’eau », lui rétorque la présidente. Le prévenu a pris sa retraite de la légion en 2000, il touche une pension de 780 euros par mois. Il fut ensuite un peu maçon, mais quand son employeur a fermé la boîte, il a décidé, dit-il, de s’arrêter de travailleur définitivement. Cela coïncide avec la période où son couple s’est défait. Une déroute, en quelque sorte. Ce qu’on supporte à l’armée est une chose, faire face aux difficultés de la vie sans le cadre militaire en est une autre. « Vous êtes né en 1964 ? Vous êtes jeune ! » s’exclame la présidente qui doit sentir que cet homme a perdu également un effet miroir valorisant, alors elle essaie de lui en redonner un peu. Un peu d’envie, un peu de foi, un peu d’appui ? Il fait une moue, genre « jeune ? tu parles, tu m’as vu ? » Jamais de cure pour se sevrer de l’alcool, pas d’enfants, seulement « des copains de galère » selon l’expression du tribunal. Il la trouve adaptée.

« Vous mettez en danger les autres »

Il vivait à Nîmes. Quand les murs se sont écroulés l’un après l’autre il est revenu dans sa ville natale, mais ça n’a pas suffit à ce qu’il rebâtisse les murs nécessaires. « Vous auriez un logement, ça serait plus facile. – Oui, mais c’est trop cher. – Vous auriez des aides. – Non, j’y ai pas droit, on m’a dit.  – A mon avis, c’est que vous ne le souhaitez pas, ou que c’est trop difficile pour vous de faire les démarches. – Faudrait que je me sorte les doigts du …hum. » Son véhicule a été placé en fourrière, « y avait toutes mes courses dedans, toutes mes courses ». Christel Benedetti, substitut du procureur, dit entendre sa précarité et ses difficultés mais insiste « vous mettez en danger les autres ». « Il n’avait pas le droit de conduire, et il le savait. » Elle requiert 12 mois de prison dont 4 mois seraient assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 3 ans. Elle demande son maintien en détention.

« Il manque éperdument de l’étayage nécessaire à revenir à la vie sociale »

« Après la légion, vivre à la dure, dans la rue, ça peut être un choix. La légion, ça marque un homme. Monsieur a une personnalité qui interroge : il pourrait se donner les moyens d’accéder à autre chose, mais il apparaît comme démuni, aujourd’hui. Il manque éperdument de l’étayage nécessaire à revenir à la vie sociale, avec un logement. » L’avocate plaide une contrainte pénale : une mise à l’épreuve avec un suivi renforcé pour agir sur l’alcool, sur un lieu d’habitation, sur un travail, peut-être. « La contrainte pénale va l’obliger. »

8 mois de prison ferme, puis 3 ans de mise à l’épreuve

Nous sommes entrés dans l’hiver. Le tribunal condamne cet homme à 12 mois de prison dont 4 mois sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve pendant 3 ans (la plupart du temps, c’est 2 ans). Ordonne son maintien en détention pour la partie ferme, ordonne la confiscation de son véhicule (peine de droit à cause de l’état de récidive), annule à nouveau son permis de conduire, lui interdit de le repasser pendant 2 ans.

« Vous avez servi la France pendant plusieurs années, vous pouvez choisir une autre voie »

La présidente n’en a pas fini : « Monsieur, lorsque vous sortirez, vous aurez une nouvelle mise à l’épreuve, il faudra alors faire les choses différemment. Vous serez accompagné par le SPIP, ils sont là pour vous aider. Vous avez besoin d’aide, monsieur. Vous êtes jeune, vous avez servi la France pendant plusieurs années, vous pouvez choisir une autre voie pour votre vie. Il faut stopper la vie de galère. Vous sortirez à la fin du printemps ou à l’été, vous vous y préparerez, la prison peut vous aider à vous sevrer. » Il fait une moue d’incertitude. « Si vous ne vous saisissez pas de cette possibilité, ça vous regarde. Là, c’est une décision de justice, il faut au moins ne plus jamais conduire en ayant bu, car si un jour vous tuez quelqu’un, vous l’aurez sur votre conscience toute votre vie. » Il acquiesce.

 

 

Florence Saint-Arroman

 

 

 

 

 



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Un commentaire sur “Tribunal : interpellé après un accident de la circulation à Montceau”

  1. kilukru dit :

    Merci Montceau News pour cet article si bien rédigé ; Merci Florence Saint-Arroman ; Vos lignes si bien écrites, (comme toujours) donneront je l’espère à réfléchir à tant de jeunes ou moins jeunes désœuvrés, en marge de la société et seront ; c’est à souhaiter le déclic pour faire réagir ce “jeune homme” qui aura passé un réveillon de Noël loin du beau sapin roi des forêts, loin de belles guirlandes. Puisse t-il réagir pour ne plus mettre sa vie et celle d’autrui en danger.