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vendredi 5 juin 2020 à 06:14

Au tribunal : pour deux effractions et un vol

 le montcellien de 20 ans incarcéré...



 



 

 

« Parcours errant, vie d’errance… Même le butin est errant », synthétise maître Diry. Son client est né en 2000 au Creusot, il vit à Montceau, du moins ses parents. Le 9 février dernier au matin, la police constate effraction et vols ou tentative de vol, dans un salon de coiffure et une société de pompes funèbres de Montceau. Le 10, un homme se présente au commissariat : il a trouvé au fond de sa remise des sacs poubelles contenant des produits de coiffure, il a eu vent du cambriolage par la presse, il soupçonne son fils.

 

 

« C’était cinq heures du matin, j’sortais de boîte, j’avais trop bu »

 

Le fils, interrogé, commence par dire qu’il n’a jamais vu ces sacs, il est placé en garde à vue, il reconnaîtra être l’auteur. Les biens sont restitués à la gérante du salon de coiffure, trois d’eux restent sans propriétaire : un bidon de crème, et deux trousseaux de clés. Le garçon a dit qu’il cherchait de l’argent et résume ainsi les faits : « C’était cinq heures du matin, j’sortais de boîte, j’avais trop bu. J’ai cassé la vitre, je suis rentré dedans, j’ai pris le matériel. » Que voulait-il en faire ? « Rien du tout. »

 

Il est détenu, il avait violé une obligation de sa mise à l’épreuve

 

Le jeune homme garde le front et le ton bas, à son jugement, ce jeudi 4 juin. Il parle d’un ton traînant, est inaudible la plupart du temps, le port d’un masque n’arrange rien. Le 12 février dernier à l’issue de sa garde à vue, il est placé sous contrôle judiciaire, pourtant il comparaît détenu : il était en période probatoire en février, il devait vivre chez sa tante, à Charleville Mézières, parce qu’il avait menacé de mort sa mère et sa sœur. On l’éloigne, du moins on le lui ordonne, or il était revenu à Montceau, on l’a arrêté dans sa chambre, chez ses parents. Un juge révoque alors son sursis mis à l’épreuve, il part en prison.

 

Un garçon en difficulté

 

20 ans, célibataire, sans enfant, un quotidien jonché de bouteilles de vodka et 8 condamnations : violences aggravées, menaces de mort, outrage, dégradation, menaces de délit, outrage à magistrat. Son casier judiciaire dresse à grands traits le portrait d’un garçon en difficulté et violent, mais à l’audience c’est un jeune homme renfermé et presque muet. Le tribunal s’en soucie.

 

Il ne répond pas

 

« Pourquoi un jeune homme de 20 ans, qui a possiblement deux domiciles, se retrouve à dormir dans la rue ? – Je sais pas. – Qu’est-ce que vous ressentez aujourd’hui, à comparaître ? (Il ne répond pas) – Vous aviez préparé cette audience ? – Ben ouais, mais j’arrive pas à parler. – De notre place, on a l’impression que vous ne vous intéressez pas à ce qui se passe. (Il ne dit rien) – Est-ce que des choses vous intéressent, dans la vie ? Qu’est-ce qui vous rend content, par exemple ? (Il ne répond pas) »

 

Des réquisitions coulées dans le béton

 

La vice-procureur lui pose d’autres questions, agressivement, puis entame des réquisitions sur un ton ironique, « on en conclut qu’il s’en moque complètement », ajoute une touche de mépris, « c’est un habitué du tribunal, on le reverra sûrement souvent ». Elle résume « cette histoire bête et méchante », ce qui, dit-elle « caractérise le prévenu ». Puis elle parle longuement, se répétant pour enfoncer le clou, expliquant aux juges ce qu’ils ont à faire, et requiert 1 an de prison assorti d’un mandat de dépôt à l’audience.

 

Le jeune homme pourtant appréhendait cette audience

 

Maître Diry estime que ces réquisitions « qui laissent une grande part à la justification des parties civiles » ne répondent pas à ce qu’on attend de la justice, à savoir une peine individualisée. Il souligne que « c’est son père, fait important, qui se présente aux autorités » : une façon de ne pas considérer son fils comme un moins que rien, une façon de lui rappeler qu’il vit sous le joug des lois. « On ne peut pas parler de choix quand il s’agit de s’enliser dans l’alcool et de s’enliser dans des actes que lui-même n’explique pas. » L’avocat démontre que la réponse pénale demandée par le parquet « serait, elle aussi, errante ». Le mutisme de son client ne l’aide pas, pourtant le conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation qui le suit dans la prison, lui a dit à quel point le garçon comptait sur lui.

 

Prison ferme, mandat de dépôt

 

La présidente tend au jeune prévenu une dernière possibilité de s’exprimer dont il ne se saisit pas. Après avoir délibéré, le tribunal retient l’état de récidive légale, le déclare coupable, le condamne à 7 mois de prison, décerne mandat de dépôt, « au visa de l’état de récidive légale, de la violation du contrôle judiciaire, de l’échec des mesures en milieu ouvert ».

Il devra verser aux parties civiles, 50 euros à Roc-Eclerc (pour le bris d’une vitre), 110 euros au salon de coiffure pour son préjudice matériel et 200 euros pour son préjudice moral.
Il ouvre grand ses yeux, le front plissé, regarde en direction du tribunal, puis la salle, puis le tribunal. Il retourne au centre pénitentiaire.

 

Florence Saint-Arroman

 

 



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