La course poursuite se termine avenue du Maréchal Leclerc à Montceau au tribunal
... 21 mois de prison ferme pour l'australien "dangereux" !
« Dépendance au gaz, à la colle, aux stupéfiants – A du mal à interpréter les comportements des autres – Absence de limites – Dangerosité psychiatrique et criminologique » Voici des bribes de ce qu’on peut trouver dans le dossier du prévenu, cet australien de 34 ans, installé à Montchanin chez sa mère. Le 8 juillet dernier il a fui les gendarmes, causé des victimes. Il a été jugé ce jeudi 23 juillet à l’audience des comparutions immédiates.
Arrêté le jour des faits, il est présenté au parquet le lendemain. La parquetière de permanence l’envoie se faire juger dans la foulée, mais le tribunal ne peut pas, n’a pas le temps de prendre connaissance du dossier, il renvoie, ordonne le placement du prévenu en détention provisoire. On peut lire ici le récit de cet audience qui donnait pas mal d’éléments sur la personnalité de ce grand type inquiétant : https://www.creusot-infos.com/news/faits-divers/en-saone-et-loire/montceau-fatale-course-poursuite-pour-un-automobiliste-qui-voulait-echapper-aux-gendarmes-print.html
Une expertise psychiatrique ?
Ce jeudi c’est un autre juge qui préside. Il a lu le dossier et se demande si une expertise psychiatrique ne serait pas nécessaire. Les quelques éléments psychologiques et psychiatriques datent d’anciens jugements. Mais le parquet et les victimes (7 gendarmes et 3 personnes dont il a percuté les véhicules) disent s’y opposer, le tribunal va retenir le dossier, et pourtant… Le juge d’application des peines qui suit le prévenu, en période de probation, avait demandé une expertise, mais le prévenu se trouvait en garde à vue le jour du rendez-vous. Alors, le président interroge l’auteur de ces faits si graves.
« J’ai la haine contre le système judiciaire et la gendarmerie »
En 2016, une peine de 5 ans de prison (4 ans ferme, 1 an avec sursis) pour violences volontaires aggravées par deux circonstances. Pourquoi ? « Ma mère s’était fait tirer dessus. J’ai voulu rendre justice à ma mère. J’ai failli passer aux assises, j’étais sur une tentative de meurtre. Elle s’est fait tirer dessus, et les gendarmes et la justice n’ont rien voulu faire. J’ai attendu 6 mois, j’ai retrouvé le gars et, disons, j’ai voulu le buter. » Il se shoote au gaz de briquet tous les jours. Pourquoi ? « Ça m’apaise, ça m’aide à avancer jour après jour. » Il a besoin de s’apaiser, pourquoi ? « Parce que j’ai la haine contre le système judiciaire et la gendarmerie, ils m’ont mis en prison quand j’ai rendu justice à ma mère. Je ne l’ai jamais accepté. »
« Si je ne conduis pas, je deviens suicidaire »
Un psychiatre l’avait déclaré dangereux, qu’en pense-t-il ? « Le psychiatre a déformé tout ce que j’ai dit, et m’a fait passer pour un psychopathe qui veut tuer tout le monde, mais moi je ne suis pas ce genre de personne. » Il n’est pas ce genre de personne, et pourtant les gendarmes sont venus à 7, tous en tenue, y compris ceux qui étaient en repos, pour témoigner par leur présence, de l’inquiétude qui est la leur. Cet homme était connu d’eux pour conduire sans permis. D’ailleurs, pourquoi conduit-il alors qu’il n’a pas son permis de conduire ? « Je conduis depuis que j’ai 11 ans. C’est comme l’alcoolisme, c’est une addiction. Si je ne conduis pas, je deviens suicidaire. » Il explique au président Madignier : « J’aime mieux venir devant vous pour une conduite sans permis, que de me mettre une balle dans la tête ou de sauter d’un train, je l’ai déjà fait, ça. »
« C’est une conduite sans permis, c’est pas un meurtre »
Les gendarmes, donc, le repèrent début juin dans Montchanin, au volant. Une première fois, on le laisser filer : on le convoquera plus tard. La seconde fois, il est placé en garde à vue où il déclare : « c’est une conduite sans permis, c’est pas un meurtre. » On lui remet une convocation devant le tribunal, le 7 juillet. Le 8, il est vu en voiture sur le parking d’Intermarché, sa mère est avec lui, ils ont fait des courses. Les gendarmes se placent devant lui, il fait une marche arrière et s’enfuit. On demande des renforts. Un second équipage les rejoint plus loin, stoppe son véhicule, deux hommes en descendent. L’adjudant-chef raconte à la barre ce moment où il voit que l’australien change sa trajectoire pour lui rouler dessus. Le militaire sort son arme, le conducteur se déporte alors.
« Montchanin c’est petit, toi, si on se recroise tu finiras dans mon coffre »
La suite : une course qui les mène en direction de la gare TGV, puis retour vers Montchanin, et ensuite Montceau-les-Mines. La police est appelée en renfort dans la commune. Tout au long du trajet le conducteur nargue ses poursuivants en leur faisant des doigts d’honneur, sa mère lui aurait dit de s’arrêter, en réponse il a monté le volume de la musique, il a fini sa course en percutant deux voitures dans un rond-point. L’interpellation fut physique. Le taser manque sa cible mais ça calme le prévenu, « je me suis dit ça va un peu loin ». Il se dit ça mais ça n’empêchera nullement qu’il menace les gendarmes. « Toi, je vais te retrouver, je vais te tuer », « Montchanin c’est petit, toi si on se recroise tu finiras dans mon coffre. »
« Il se comporte comme ça parce qu’il n’a rien à faire »
Pendant sa garde à vue, il fait une crise de convulsions. Il est épileptique, et souffre de dépression, dit-il, ce qui avait motivé une demande de reconnaissance de handicap. Il n’a plus rien, n’avait pas refait sa demande, mais au final il n’a jamais travaillé, pas en France (il a vécu en alternance en Asutralie et ici). Maître Corneloup rappellera lors de sa plaidoirie que sa propre mère a déclaré : « Il se comporte comme ça parce qu’il n’a rien à faire. » C’est vrai, pour autant ça n’explique pas sa façon d’être, ses difficultés devenues dangereuses pour les autres. A l’hôpital il continuait à prendre tout le monde de haut, le personnel soignant comme les gendarmes qui l’escortaient.
« D’accord je les ai insultés, menacés, et tout le tralala »
Lors de l’interpellation il prend quelques coups, parce qu’il résiste, et ça devient un motif de plainte. De sa plainte. Un truc personnel, qui serait davantage destiné à un psychiatre qu’à un tribunal, pour avoir une chance d’être entendu. Il s’emballe un peu à l’audience, scandalisé : « Mais alors moi je comprends pas. D’accord je les ai insultés, menacés, et tout le tralala, et alors pourquoi ils ont le droit de me frapper ? » Le président se fait pédagogue, il prend le temps, et c’est plutôt rare, de lui expliquer comment on fait quand on interpelle un forcené, il lui explique les questions de proportion dans les réponses, et puis « vous ne vous laissiez pas menotter, vous n’obtempériez pas aux ordres. »
« Alors, si on me dit ‘saute’, et que je saute pas, on peut me casser les bras et les jambes ? »
Le président a vu la scène. Les caméras de surveillance du parking d’un hypermarché de Montceau ont tout enregistré. Le prévenu insiste : « Alors, parce que je ne me laissais pas faire, ça peut se terminer en violences policières ? » Il devait obéir aux injonctions des gendarmes, lui répète doucement le président. « Alors, si on me dit ‘saute’, et que je saute pas, on peut me casser les bras et les jambes ? » Le grand type dans le box est effaré, il a les yeux écarquillés, stupéfait par autant… Autant de quoi ? Il rend les choses absurdes en les poussant à leur comble, il les vide de leur sens. Voici celui pour lequel le juge qui préside l’audience estimait qu’il faudrait une expertise psychiatrique.
« Je suis inquiet pour les gendarmes qui sont sous ma responsabilité »
A la barre, l’adjudant-chef, chef du dispositif le jour des faits, rappelle qu’il fut victime de nouvelles menaces de mort juste avant la dernière audience, alors qu’ils étaient tous dans les geôles du palais. « J’ai vu de la méchanceté et de la rancune dans son regard. Je suis inquiet en tant que père de famille à cause de ses menaces, je suis inquiet pour les gendarmes qui sont sous ma responsabilité, car je ne sais pas ce qu’il est capable de faire. » Dans ces conditions, le masque que porte le prévenu ne suffit pas à dissimuler un immense sourire de contentement quand la représentante du ministère public requiert une peine de 18 mois de prison, dont 6 mois avec sursis probatoire de 2 ans. Il pensait prendre « 3 ou 4 ans ». Forcément, il est ravi de s’être à ce point trompé. La procureur requiert également la révocation partielle d’un sursis de 2016, à hauteur de 6 mois.
Une existence dénuée d’ancrages dans la vie sociale
Maître Corneloup plaide une existence dénuée d’ancrages dans la vie sociale. « Il faut qu’il passe son permis de conduire. » Le parquet a demandé, lui, l’interdiction de conduire tout véhicule à moteur. Le prévenu conclut sur des mots en forme d’une sorte de chantage, c’est comme ça qu’on le ressent. « A Corbas, quand j’étais dans ma cellule (pour l’affaire requalifiée en violences volontaires avec arme, ndla), dans le quartier disciplinaire, j’ai brûlé ma cellule pour mettre fin à ma vie. Je comprends très bien que je doive être puni aujourd’hui, mais je pense que je peux avoir un bracelet électronique. Parce que la façon dont je vois les choses, c’est que si vous me mettez en prison, quand je sortirai, je n’aurai pas envie d’avancer dans ma vie. »
Balance entre une sanction et un mouvement de construction
La décision du tribunal ressemble à une balance entre une sanction justifiée par de tels faits, et une amorce susceptible de lui donner envie d’avancer dans la vie. Pourtant, de la place qu’on occupe, on se demande si cet homme parviendra à civiliser sa plainte, et ça, c’est plutôt aléatoire à ce jour, surtout qu’il tente de l’anesthésier avec du gaz, de la colle, et du shit, et alors qu’il semble bien détaché de ses actes les plus graves, à l’écouter parler (« j’étais sur une tentative de meurtre »).
21 mois de prison ferme
Le tribunal le condamne à une peine de 18 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis probatoire renforcé de 6 mois. Obligation de soins, de travailler ou de se former, d’indemniser les victimes. Obligation de se présenter aux épreuves du permis de conduire. Maintien en détention pour les 12 mois ferme. Le tribunal révoque en outre deux sursis de 6 et 3 mois, ordonne l’incarcération immédiate. Ça fait 21 mois de prison ferme en tout. « Et y a moyen d’avoir un bracelet, là-dessus ? »
Florence Saint-Arroman
L’auteur doit donc indemniser les victimes. Presque 1 500 euros répartis entre les différents gendarmes. Presque 10 000 euros pour les civils, l’essentiel de la somme correspond aux réparations de leurs voitures, et du coût de leurs immobilisation.




Un commentaire sur “La course poursuite se termine avenue du Maréchal Leclerc à Montceau au tribunal”
Avec tout ça, il n’y a pas moyen qu’il retourne chez lui … en Australie !!!