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vendredi 7 mai 2021 à 12:18

Fait divers à Montceau-les-Mines : Non port du casque, vitesse excessive, manque de respect aux policiers

« A mes 18 ans, le foyer m’a mis dehors avec mes affaires. Je ne savais pas où aller »



 

 

 



 

Le 30 avril à Montceau-les-Mines, un contrôle pour non port du casque sur un scooter a entraîné une cascade de conséquences. Le conducteur du scooter, 22 ans, est jugé selon la procédure de comparution à délai différé ce jeudi 6 mai.

« On a coutume de dire que le bruissement des ailes d’un papillon au Japon, peut provoquer un tsunami sur la côte est des Etats-Unis. Ici, les ailes du papillon, c’est le non-respect du port du casque. » Michel Grebot assure la défense du prévenu. « C’est ça le point de départ, et puis ensuite la fuite, la vitesse excessive, le manque de respect aux policiers (les nargue, leur fait des doigts d’honneur, ndla), on constate qu’il n’a pas encore le permis pour conduire un scooter, et qu’il a mis dessus de fausses plaques d’immatriculation. Et tout ça, parce qu’on n’a pas son casque. »

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? dit en substance l’avocat de la défense.

Le parquet a relevé aussi la détention de cannabis, la conduite en ayant fait usage de stupéfiants, la circulation sans assurance. Ça fait 9 préventions en tout. La substitut du procureur, après avoir dressé la liste de tout ce que le jeune homme a mal fait ou pas fait, estime que « cette audience doit lui faire comprendre que son comportement est inacceptable » et à cette fin requiert une peine totale de 17 mois de prison, avec incarcération (8 mois + révocation 9 mois de sursis). Est-ce ainsi que les hommes vivent ? lui répond en substance l’avocat de la défense.

« C’est une faillite ! Et c’est celle de la société »

« Il ne conteste pas. Il a un discours cohérent, il s’est excusé auprès des policiers, et on ne peut pas envisager qu’un homme ait une prise de conscience de ce qu’il a fait ? Parce que, cet homme de 22 ans, c’est un ancien enfant, placé à 12 ans. Est-ce le sort normal d’un enfant d’être placé à l’âge de 12 ans ? Il est placé sous la responsabilité de personnes qui ont à l’éduquer, mais à 15 ans il passe au tribunal pour enfant, et en 3 ans il a plus de 10 condamnations. C’est une faillite ! Et c’est celle de la société. Qu’est-ce qu’il a eu comme enfance ? Dans quelle mesure lui a-t-on appris les règles et leur sens ? Personne ne lui a appris. »

À sa majorité, « le foyer m’a mis dehors, avec mes affaires. Je ne savais pas où aller »

A ce jour le garçon est hébergé par son père à Montceau, mais à sa majorité, « le foyer m’a mis dehors, avec mes affaires. Je ne savais pas où aller, alors je suis parti à Marseille ». Là-bas, il s’est livré au trafic de stups (un peu comme une fille se serait livrée à la prostitution, ndla). Arrêté, jugé, il est condamné à 10 mois de prison et à une interdiction de séjour à Marseille. Mais il reste. Un contrôle « sur le vieux port », entraîne sa condamnation à une peine de 3 mois de prison ferme et à 9 mois de sursis assortis d’une mise à l’épreuve : il zappe cette partie-là, ne retient que la peine ferme et l’interdiction de séjour, alors il part et revient à Montceau, sans prévenir le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) ou le juge de l’application des peines (JAP).

« La vie d’un homme qui essaie de se sortir de cette enfance qu’il n’a pas eue »

Il est mal arrimé, ce jeune homme, et pour cause. « Il faut comprendre que tout ça, c’est un engrenage, poursuit maître Grebot. Vous allez le condamner, oui, mais il suit une formation sérieuse depuis septembre (une formation rémunérée de peintre en bâtiment, qui dure un an, ndla), et sa dernière condamnation date d’août 2019. C’est quand même important dans la vie d’un homme qui essaie de se sortir de cette enfance qu’il n’a pas eue ! »
Chez son père, il vit avec 4 de ses frères encore mineurs. Il n’a pas grandi avec eux, il ne sait pas où est sa mère. Il a commencé à prendre du cannabis à 13 ans, alors qu’il vivait en foyer. « Je consomme depuis tout petit, et du coup ça n’a jamais porté préjudice à mes activités. » Il veut dire que lorsqu’il a fumé, il ne somnole pas, il reste actif, et d’autant plus que s’il ne fume pas il est en manque. Il dit que le 3 mai, il était « à cran », parce que pour respecter le ramadan il ne fume que le matin et le soir, alors ça tire.

« On rigolait, on était en mode provocation, on a fait les cons »

Les fausses plaques ? « J’avais anticipé sur un possible contrôle, je ne voulais pas être identifié. » Malin et naïf en même temps. Sur lui, il avait 1 000 euros. Le parquet sous-entend que cet argent pourrait avoir une provenance illicite, l’avocat se dresse contre des suppositions gratuites. « J’ai toujours été un peu dans la rue et tout, j’ai toujours eu de l’argent liquide sur moi », dit le garçon. Le 3 mai, « on rigolait, on était en mode provocation, on a fait les cons, on ne pensait pas être interpellés ». Le copain qui se tenait à l’arrière du scooter a reçu une convocation pour être jugé lui aussi.
Maître Bibard intervient pour deux policiers qui se constituent parties civiles, et demandent 400 euros chacun pour outrage. « 400 euros le doigt d’honneur ? s’étonne maître Grebot. A ce tarif, j’en veux bien un chaque matin. Il faut être sérieux. On a une série d’infractions, celle-ci en fait partie, mais ce sentiment de toute puissance, de narguer l’autorité, ça arrive à tous les garçons. »

Comment devient-on un adulte responsable ?

La question reste ouverte, cette audience la pose. Comment devient-on un adulte responsable quand on a eu une enfance sacrifiée ? Le chemin est long, et puis il est tortueux tant l’injustice première dont l’enfant est victime prend le dessus sur tout le travail de l’institution judiciaire. Le jeune prévenu doit comprendre que son comportement est inacceptable, rappelle l’autorité de poursuite, et c’est vrai que ce n’est pas un comportement adapté à la vie en société, mais, plaide l’avocat : comment sortir d’un état dans lequel les places de chacun, l’ordre des choses et leurs sens dans la vie sociale n’ont pas correctement existé ? Ce jeune homme est marqué de ça.

12 mois de prison en tout, détention à domicile

Le tribunal le condamne à une peine de 8 mois + révocation de 4 mois du sursis antérieur. Il aménage sa peine ab initio en détention à domicile sous surveillance électronique mais ne le laisse pas repartir ainsi. Il va retourner en prison et le juge de l’application des peines interviendra dans les 5 jours pour fixer les modalités (horaires, obligations, interdictions) de sa peine. Ainsi, il pourra poursuivre sa formation.  Le tribunal ordonne la confiscation du scooter mais lui rend ses 1 000 euros.

Le tribunal dit lui donner une chance, mais :

« Vivre avec un bracelet électronique, ce n’est pas facile, lui dit la présidente Verger. Mais ça vous donne une chance de montrer que vous voulez vous réinsérer. » Le jeune homme demande la parole : « Je ne sais pas si mon père ou mes grands-parents peuvent m’accueillir avec le bracelet, à cause de la bêtise que j’ai faite, tout simplement. » Réponse du tribunal : « Si ça n’est pas possible, ça sera une peine exécutée de façon ferme. »
Si ça n’est pas possible, il sera donc incarcéré. Être un fils, ça ne va pas de soi, sauf que cette charge ne revient pas à l’enfant mais au(x) parent(s). L’enfant est désormais majeur et les dés sont jetés, ainsi va la vie sociale au 21ème siècle.

 

Florence Saint-Arroman

 

 



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2 commentaires sur “Fait divers à Montceau-les-Mines : Non port du casque, vitesse excessive, manque de respect aux policiers”

  1. Elyane dit :

    Florence Saint-Arroman
    Quelle excellent article si bien rédigé, exprimant tellement bien la détresse de ce môme (comme il y a en a tant et trop) ! Môme qui n’a pas demandé à venir au monde. Môme qui ne sait pas ce qu’est l’Amour, l’Amour avec un grand A, celui que tout môme est censé recevoir de ses parents. Môme rejeté de tout et de tous, mis à la rue, jeté dehors parce que “majeur”. Les condamnations, les peines accumulées, sans traiter le mal qui le ronge à la racine, ne feront qu’attiser des souffrances intérieures, des bleus à l’âme, des cicatrices indélébiles.
    Ces parents là ? EUX !! Irresponsables !! Quelle condamnation ?

    • Sabr71300 dit :

      Assez d’accord avec votre pensée
      Les parents devraient être condamnés. Aucune raison valable que ,seul l’enfant soit condamner. Des parents qui abandonnent leurs propre descendance devraient être interdit de procréer. Je me demande si il existe un animal qui abandonne sa progéniture.