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mardi 7 décembre 2021 à 19:11

Faits divers / Saint-Vallier : La police porte secours à une famille en détresse

Une intervention délicate : un bébé est à l’intérieur



 



Le policier de Montceau-les-Mines qui a reçu des coups de poing présentait une contusion au niveau du globe oculaire. Le genre de coup qui pourrait faire des séquelles. La victime a 6 jours d’ITT. L’auteur est jugé ce lundi 6 décembre en comparution immédiate.

C’était le 4 décembre. La compagne du prévenu et mère de leur bébé âgé de 11 mois, était partie en réunion associative pour la soirée. Elle a fait des SMS à son conjoint pour qu’il donne le repas à la petite, etc. Plus tard, il lui fait des messages, elle ne répond pas. Ils sont en voie de séparation depuis 3 mois, ça l’a fait flancher méchamment, il s’est remis à boire. Insécurisé, flippé, il pète un câble, il boit, il boit, il boit. Lorsqu’elle rentre, la maison est fermée à clé, personne ne lui répond, elle appelle la police.

Une intervention délicate : un bébé est à l’intérieur

L’équipage apprend qu’un bébé est à l’intérieur et que son père est ivre. Les policiers forcent la porte du garage, rentrent dans le sous-sol. Le père arrive vers eux. Les policiers déclinent leur qualité et demandent « à voir le bébé en présence de madame », expose le président Dufour. A ce moment-là, le prévenu frappe, puis insulte les deux représentants de l’autorité publique, lesquels doivent le mettre au sol pour l’interpeller. Le second policier a 2 jours d’ITT, il a pris un coup de pied.

Il décroche de l’héroïne et se raccroche à l’alcool

Le prévenu est né en 1978 à Saint-Vallier, où il vivait donc avec sa compagne, depuis 5 ans. Il a d’autres enfants, plus grands, qu’il ne voit pas. Il ne sait pas où ils sont. Il fut toxicomane (héroïne), a décroché et s’est raccroché à l’alcool. Une cure de sevrage et de désintoxication l’avait aidé à arrêter, il travaillait comme intérimaire et gagnait sa croûte, mais voilà, la séparation en vue le fait chuter. « Vous aviez un comportement agressif depuis quelques mois, pourquoi n’avez-vous pas entamé des soins ? » lui demande Marie-Lucie Hooker, substitut du procureur. Il ne sait pas. Il ne sait pas et offre un bout de visage (masqué, cause pandémie Covid) harassé.

Son casier judiciaire « est très marqué par l’alcool »

« Ça ne vous gêne pas d’être seul avec votre bébé, et de vous alcooliser à ce point ? » interroge le président Dufour. « Si », dit l’homme. « C’est quand même dangereux pour elle », souligne le juge. Au cours de la soirée du 4 décembre, il avait débarqué à l’association comme un fou, hurlant à sa compagne qu’elle devait rentrer. Le bébé était donc seul. Le prévenu écarte les mains et dit : « Quand elle (sa compagne) va à (inaudible), elle la laisse seule aussi. » Il n’a pas trop de souvenirs de cette soirée, mais « si les policiers le disent, c’est que c’est vrai ». Son casier judiciaire « est très marqué par l’alcool », observe le président.

« Ce monsieur, il est un peu perdu »

10 condamnations, dont 9 entre 2000 et 2013. Puis une, pour usage de stupéfiants, en 2019. « Vous avez dit à votre médecin traitant (qui lui prescrit la méthadone, ndla) que vous aviez rechuté dans l’alcool ? – Non. – Vous êtes vraiment volontaire pour prendre en main cette addiction ? – Oui. » Il a un contrat de travail qui court jusqu’en mars. « Ce monsieur, il est un peu perdu », plaide maître Öztürk. « J’entends que les faits sont graves, mais si jusqu’en 2013 il était un délinquant notoire, il y a ensuite un coup d’arrêt. Il travaille, il a tous ses CACES. Le problème, c’est son addiction et c’est cette séparation. » L’avocat demande au tribunal « de la sagesse », « parce que c’est un tout. Il y a monsieur et il y a ce bébé ». Sur les constitutions de parties civiles, « elles sont pleinement légitimes ».

« Les gens sont agressifs et n’hésitent pas à venir au contact, malgré la tenue, malgré la fonction »

Point important car côté victimes, la scène a une autre résonnance. Maître Bibard intervient pour les policiers. « Ils sont partis, en fin de soirée, porter assistance à une famille en détresse. Il y avait un bébé enfermé dans la maison. On a franchi la ligne rouge, car les violences sur deux fonctionnaires sont caractérisées. Ils en ont assez, poursuit l’avocat : les gens sont agressifs et n’hésitent pas à venir au contact, malgré la tenue, malgré la fonction. » Le ministère public requiert une peine de 18 mois de prison dont 8 mois seraient assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. La procureur demande un mandat de dépôt. Le prévenu n’a aucune solution d’hébergement, la détention à domicile est donc impossible, car il n’est pas question qu’il retourne chez sa compagne, la séparation est consommée.

7 mois de prison ferme en semi-liberté

Le tribunal déclare le prévenu coupable et le condamne à une peine de 14 mois de prison dont 7 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans. Obligations de soins, de travailler et d’indemniser les parties civiles. Le tribunal dit que la partie ferme est aménagée ab initio en régime de semi-liberté, « pour que vous puissiez continuer à travailler, monsieur » – avec mandat de dépôt. L’homme va être écroué, puis ira travailler en journée et réintégrera le centre pénitentiaire le soir.
Le prévenu a dit ses regrets envers les policiers, et vraisemblablement pour le tout, avant le délibéré. Il demande à voir un médecin dès son arrivée à la prison.

Florence Saint-Arroman

 

 



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