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vendredi 17 décembre 2021 à 05:16

Faits divers : Montceau – Violences conjugales

 « J’avais retiré ma plainte parce qu’il m’avait retourné la tête, comme d’habitude »



 



 

Le 10 décembre vers 7h30, le matin, des policiers de Montceau sont allés porter secours à une jeune femme, sur le parking d’un hypermarché. Son appel au 17 a été retranscrit : son mari l’avait frappée, il la suivait en voiture, laissant un de leurs enfants, âgé de 18 mois, seul, au domicile.

A l’aube, une dispute. Il s’endormait mais son téléphone a sonné, une femme lui a laissé un message… Une femme… L’épouse a pris l’enfant de 18 mois et voulait partir, le mari s’est mis en travers du chemin et a empoigné sa femme. Ils ont roulé au sol, elle dit qu’il lui a cogné la tête contre le côté du canapé. Elle dit aux policiers qu’il la traite de « bonne à rien », qu’il surveille ses sorties mais ne l’a pas coupée de sa famille. D’autant moins coupée que c’est sa propre mère qui, à Roanne, s’occupe de leur dernier-né, un bébé de 2 mois. Elle dit encore que leurs disputes sont fréquentes mais qu’il s’excuse à chaque fois.

2ème comparution pour violences conjugales mais il se dit « innocent »

Les policiers se rendent au domicile. Monsieur n’y est pas. Le logement est en grand désordre. « Elle ne veut pas faire plus de tâches ménagères que lui, plaidera maître Marceau, et lui, quand il rentre le soir, ça l’excède. » Soit. Il comparait pour des violences, et c’est la 2ème fois. La 1ère fois, c’était en mai 2020, il n’était pas venu à son jugement, il fut condamné à 6 mois avec sursis. Il était absent, or le jugement ne lui a pas, depuis, été signifié, donc il s’appuie là-dessus pour disqualifier cette condamnation : « Si j’avais su, j’aurais fait appel. » Du coup, sa position est ferme : « Je me présente en tant qu’innocent. »

Elle retire sa plainte. Finalement, il n’y a rien eu

Mais il y a des hics. Le premier : son épouse avait déposé plainte le 10, puis l’a retirée le 13. Les jeunes époux avaient fait le point en présence de leurs parents respectifs, dit-elle, et, conclusion : il n’y a pas eu de violences. « Mettez ‘non’, et puis c’est tout », demande-t-elle aux policiers. La mère de la jeune femme est entendue, elle rapporte avoir vu une scène, avant leur mariage (un coup de poing et un crachat). « On peut relativiser, elle a été témoin il y a 4 ans et n’a pas alerté les forces de police », plaide maître Marceau. L’avocat est plus habile que son client qui, lui, accuse sa belle-mère de mentir, les magistrats ne semblent pas adhérer à son explication, pour eux elle n’a pas de sens, pas davantage que l’idée selon laquelle la jeune épouse s’était rétractée par peur que « l’Etat se retourne contre elle pour diffamation, et que moi je me retourne contre elle aussi », comme dit (étrangement) le prévenu.

« J’avais retiré ma plainte parce qu’il m’avait retourné la tête, comme d’habitude »

Le président Madignier maintient un peu de suspens (« un peu », parce que le prévenu ne semble pas crédible). Il laisse le prévenu dérouler son fil assez longtemps, puis se saisit du courrier que sa femme, jointe par l’association France Victime 71, a rédigé à l’attention du tribunal. Le texte est accablant, elle décrit une situation de harcèlement psychologique constant, de passages à l’acte violents, de menaces (lui jeter de l’acide au visage si jamais elle le quittait). « Il me fait peur », écrit-elle. Elle demande au tribunal d’interdire à son mari d’entrer en contact avec elle ainsi que de paraître au domicile. « Depuis qu’il est en prison, j’ai pu m’apaiser. J’avais retiré ma plainte parce qu’il m’avait retourné la tête, comme d’habitude. »

Des contradictions et du flou

Une juge assesseur relève une contradiction dans le discours du prévenu, puis hausse légèrement le ton. Le discours du prévenu finit par agacer tout le monde. L’autre juge assesseur relève à son tour une autre contradiction. Marie-Lucie Hooker, substitut du procureur, s’adresse au jeune homme avec honnêteté : deux convocations pour violences sur sa femme, « ça interpelle ». Et puis ce flou, sur sa situation, sur ses revenus, c’est pas terrible non plus. Il a monté un restaurant au Creusot, mais au final n’a plus de personnel. Le parquet voulait entendre ses anciens salariés, pas moyen de mettre la main dessus, « des pakistanais dont la situation n’était pas en règle ». Alors, si son casier est encore vierge (la condamnation de 2020 ne pourra y être inscrite que lorsqu’elle lui sera signifiée), on entend le président évoquer des « débuts d’enquête », on entend les mots « travail dissimulé », « proxénétisme ». Du flou, encore, et pas terrible non plus.

« Il est du devoir de l’autorité judiciaire de dire aux victimes : … »

« Evidemment qu’on a affaire à une victime de violences conjugales ! » La substitut du procureur parle d’« emprise ». « Il est du devoir de l’autorité judiciaire de dire aux victimes : vous pouvez déposer plainte, vous pouvez parler et vous serez entendues. » Elle reprend les contradictions dans lesquelles le prévenu s’est empêtré avec beaucoup d’assurance, « alors oui, je la crois, cette victime ». Marie-Lucie Hooker dit tout haut ce que sans doute on est plusieurs à penser : « Le discours de monsieur est préoccupant, et le risque de récidive est élevé. »

Maintien en détention

Le tribunal suit les réquisitions, déclare le jeune homme coupable et le condamne à une peine de 12 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis probatoire de 2 ans, avec l’obligation de suivre des soins psychologiques, de travailler, d’indemniser la victime, de suivre un stage de sensibilisation aux violences conjugales. Interdiction de tout contact avec son épouse (ou future ex) ainsi que de paraître à son domicile. Il est maintenu en détention pour la partie ferme, soit 6 mois.

« Elle m’a bien prévenu : le jour où tu pars avec une autre femme, je prends les enfants. » Le garçon n’a fait que plaider une vengeance de sa femme, à cause, donc, d’un message reçu à l’aube. Misère, misère… Il a 23 ans. Il n’a que 23 ans.

Florence Saint-Arroman

 

 

 



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