Montceau-les-Mines (Tribunal)
Enervé, il prend le volant et accidente un musicien qui a vécu les chocs comme il le pouvait
A quoi tiennent les choses, n’est-ce pas ? Cette nuit-là, à Montceau, un jeune homme s’était disputé avec sa copine et en était sorti de ses pompes, au point de partir, en pleine nuit, au volant. Sauf que, et alors qu’il aurait pu doubler, il a fini par percuter la voiture qui roulait devant lui. Les dégâts vont au-delà ce ceux que la justice fait indemniser.
Ce jeudi 8 octobre, le jeune conducteur est à la barre de l’audience d’homologation des CRPC (ancien plaider-coupable). Il doit répondre de blessures routières et de délit de fuite, fin octobre 2025. Délit de fuite ? « J’ai paniqué. J’avais pris la barrière sur le côté, avant de rentrer dans l’autre voiture. J’avais perdu le contrôle. » Il a roulé encore « 10 à 15 minutes » avant de s’arrêter. « J’ai pas eu le bon comportement, je sais. »
Côté victime – ou quand deux chemins se croisent alors qu’ils n’auraient jamais dû
Le conducteur qui encaisse ce choc, sans s’y attendre le moins du monde (voie de circulation à deux voies, vitesse modérée en agglo), encaisse comme il le peut. L’homme est à l’audience. C’est un pianiste et compositeur réputé. Maître Pizzolato l’assiste. « Monsieur est musicien. Il a été frappé par les airbags, ça l’a stressé. Il a ensuite souffert d’acouphènes et d’une impression de perte auditive. Monsieur a un syndrome d’Asperger : tout est décuplé pour lui. » L’homme a revu un ORL récemment, et ouf, pas de lésion définitive. Par contre sa voiture était fichue, il a dû racheter. Et puis le choc physique fut psychologiquement amplifié par l’incompréhension de la fuite de l’auteur de l’accident.
Côté auteur – dans l’ignorance des effets produits chez l’autre
Le prévenu tient à s’excuser. « J’ai vraiment conscience que j’aurais dû m’arrêter, et, avant ça, rester maître de mon véhicule. » Le juge chargé de l’homologation de la peine ne le lui fait pas dire : « Absolument. Des accidents, il y en a tous les jours. Et des morts, tous les jours aussi. »
Le prévenu a eu du bol : son permis n’a pas été suspendu. Le juge s’en étonne. Du bol encore ce jour puisque le procureur de la République a proposé une peine de 200 euros d’amende et un stage de sensibilisation à la sécurité routière. « Double faveur » observe le juge.
« C’est vrai mais ça s’explique par la prise de conscience de monsieur, son absence de tout antécédent, le préjudice limité et surtout le caractère involontaire de l’infraction. Il a obtenu la dispense de l’inscription de sa peine au B2 du casier, parce qu’il suit une formation et postulera dans des établissements qui exigent un casier vierge » plaide maître Varlet.
Le juge homologue les peines, puisque le délit de fuite fait l’objet d’une peine distincte :
200 euros d’amende,
Stage de sécurité routière (pour le délit de fuite), 1000 euros d’amende en cas de non-exécution,
Dispense d’inscription de la peine au bulletin n°2 du casier.
Et puis, indemniser la victime, pour son préjudice matériel et moral, ainsi qu’une somme pour ses frais d’avocat.
Et toujours, cet incommensurable entre les faits causés et leurs conséquences dans les vies singulières de chacun. Tout ça parce que, « avec ma copine, on s’était pris la tête ».
FSA


