Des nouvelles de Stanislas Bourissoff
Par H. Ruben
Notre ami H. Ruben, nous a adressé un texte où il fait toujours autant preuve d’humour décalé mais non dénué d’un certain bon sens ; jugez-en par vous même.
**********************************
Il y a quelques temps, Stanislas Bourissoff m’avait questionné sur l’organisation en France de primaires en prévision de notre future élection présidentielle. Je lui avais fait part de mon étonnement quant à cette préoccupation. Le Mégastan, ancienne province du bloc de l’Est, découvrait la démocratie sans la tutelle de l’ex-grand frère. Cette lettre que je partage avec vous m’a laissé perplexe. Heureusement j’avais suivi les conseils de Stanislas. Pourtant il m’a fallu un petit remontant pour recouvrer mes esprits.
H. RUBEN
Mon cher Hector,
Dans mon dernier courrier, j’avais promis de te tenir au courant des dernières informations concernant le parti qui venait de perdre le pouvoir et la présidence de notre jeune république. Tiens-toi ferme à ton bureau, ou assieds-toi avant de poursuivre la lecture de cette missive.
Dans leur recherche d’un nouveau chef, ils ont redécouvert le vote comme mode de désignation. Cette révolution culturelle n’a pas effacé leur nostalgie du bonapartisme. Écoute un peu.
Dès l’annonce de ce scrutin, bons nombres de responsables du P.U.M. qui avaient déjà lancé leur propre courant (juste pour mémoire le P.U.M. de droite, le P.U.M. droite-droite, le P.U.M. du centre de la droite) ont sollicité leurs troupes pour recueillir le nombre requis de signatures.
Sans me moquer, ils partirent cinq cents mais par un prompt renfort d’abandon, ils ne se retrouvèrent que deux sur la ligne de départ. Leurs noms ne vous évoqueront pas grand-chose en France, mais je crois que nous serons appelés à en reparler. Bref, il fallait voter soit pour Yerzhan Kopek, soit pour Erkebulan Fillov.
Le premier est accrocheur, bon orateur, n’hésite pas à forcer le trait sans complexes. Il semble en pleine forme d’après les images le montrant se prélasser dans la piscine d’un riche homme d’affaires à la réputation sulfureuse. Les bords de la Mer Noire ont des plages merveilleuses. Il me rappelle le Président sortant qui ne s’était pas représenté. L’autre, Erkebulan Fillov, est un peu plus âgé, plus sombre de teint et de parole. Il joue de malchance, un accident de side-car, une hernie discale. On sent que son corps a souffert.
Chacun s’était entouré d’une équipe aux rôles bien stéréotypés : des femmes ayant un avis sur tout et prêtes à mordre, des hommes donnant une caution sociale, d’autres flirtant avec les thèmes du parti Idanditär Blockenev, des conciliateurs et des jeunes symbolisant l’avenir.
Les résultats de ces élections tardent à nous parvenir. Les uns affirment qu’ils ont gagné, les autres l’inverse. Ils s’accusent mutuellement de triche, de bourrage d’urnes, de machination, d’avoir manipulé la commission de contrôle, d’avoir profité du fichier des adhérents. Bref, un mélange de Borgia, de Tudor, de Parrain (saisons un, deux et trois), au grand dam des électeurs. L’écart est si faible qu’on croirait que c’était volontaire. Ils sont toujours à la recherche d’une figure tutélaire, d’un maître Yoda. Tu te rappelles ce petit bonhomme avec des grandes oreilles et au parler bizarre : «Toujours par deux, ils vont. Ni plus, ni moins. Un maître et un apprenti. »
Pour l’instant, le Mégastan attend dans l’angoisse et en rigolant la décision du grand homme.
Je te tiendrai bien sûr informé dès que nous le saurons.
En attendant, je te prie de passer le bonjour aux lecteurs de Saône-et-Loire. « Que la Force soit avec eux. » Espérer, il faut.
Je t’embrasse. A bientôt.
Stanislas Bourissoff



