Des nouvelles de Stanislas Bourissoff
Par H. Ruben
Notre ami H. Ruben, nous a adressé un texte où il fait toujours autant preuve d’humour décalé mais non dénué d’un certain bon sens ; jugez-en par vous même.
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Mon ami Stanislas vient de répondre à ma lettre et je ne résiste pas au plaisir de la partager avec vos lecteurs. Le Mégastan, cette ancienne province de l’Est venait de connaître ses premières élections vraiment libres de sa courte histoire.
H. RUBEN
Mon cher Hector,
Noël s’en est allé avec l’année 2012. Je me sens l’âme poétique en cette fin d’après-midi. Est-ce le plaisir que j’éprouve lorsque je rentre de mon atelier d’écriture (Mes étudiants sont très enthousiastes et ils sont très friands de littérature française – tout comme moi) ou alors la contemplation de la neige tombant à gros flocons, au travers du triple vitrage de ma baie ?
Et maintenant, les affaires sérieuses.
Peut-être as-tu oublié que nous avions changé de Président, tout comme vous ? Comme vous êtes une vieille démocratie avec une pratique de l’alternance, cela ne doit pas vous poser de problèmes : ainsi, si j’en crois la tradition française, l’ancienne majorité a dû accepter le verdict des urnes et profite de son passage dans l’opposition pour analyser avec lucidité les points positifs et négatifs de son action à la tête du pays. Ses dirigeants ont dû faire preuve d’humilité et travaillent de façon constructive à contrôler le gouvernement. Je pense que c’est de cette façon que cela se passe en France, n’est-ce pas ?
Mais, chez nous, au Mégastan, c’est une autre histoire. Nous n’avions jusqu’à présent connus que l’autorité, certes bienveillante, mais souvent pesante de notre grande voisine, l’URSS. Puis, la direction, un peu bonapartiste et nationaliste de notre ancien président. C’est donc peu de parler d’un changement culturel. En fait, nous avons quelque mal à admettre qu’ « annoncer une décision future » n’est pas « décider » et que « décider » n’est pas « agir ». Nous ne comprenons pas assez vite que « la réflexion, la consultation et la négociation » doivent précéder « la décision» ni qu’une « action entreprise » doit être suivi d’ « une évaluation. »
Je dois te paraître un peu naïf, mon cher Hector mais comme tu le vois, chez nous, au Mégastan, le changement, c’est « maintenant » et « maintenant », c’est un peu long. Il faut dire aussi que notre Président Nikolaï Akhmad et son premier ministre Dourgali Mitchik sont restés si longtemps dans l’opposition qu’ils ont été parfois maladroits. Certains ministres, tout fiers et contents d’avoir été choisis, ont quelque peu paradé dans les médias, et ont oublié de jouer collectif. (Pardonne-moi cette métaphore sportive). D’autres n’ont pas su tenir leur langue ou encore ont proposé des réformes simplistes en oubliant de réfléchir, de consulter et de concerter. Enfin, il me semble que les couacs sont moins nombreux même si l’harmonie laisse encore à désirer.
Dans ta lettre, tu me demandais où en était le match (je file la métaphore) entre les deux candidats à la présidence du P.U.M., l’ancien parti majoritaire. Je suppose que tu évoques la rivalité entre Yerzhan Kopek et Erkebulan Fillov. Tu vas rire : Erkebulan Fillov a décidé de créer un autre parti le P.I.M.P.A.M.P.O.U.M. qui a réuni un nombre important de députés d’opposition. Puis un ancien premier ministre a sifflé un temps mort (encore), alors les deux antagonistes ont envoyé des émissaires, se sont parlé au téléphone, se sont parlé en vrai, ont formé une commission et ont décidé de rejouer le match. Mais attention, avec plein d’arbitres : deux hommes de terrain en noir (un de chaque camp), quatre juges de touche etc. etc. et …la vidéo !
J’arrête ici car tu vas me reprocher d’abuser d’images footballistiques et tu auras raison. En attendant, je t’embrasse. A bientôt.
Stanislas Bourissoff



