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jeudi 28 mars 2013 à 06:32

Fin de la seconde partie et fin de « Alice au Pays des Gros Sous »

Par H. Ruben



 

Notre ami H. Ruben, nous a adressé un texte où il fait toujours autant preuve d’humour décalé mais non dénué d’un certain bon sens ; jugez-en par vous même.

 

 

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« Trop, c’en était trop, le Chat du Cheshire a raison. L’appât du gain nous détruit. Il suffit ! Nous irons donc voir le Gendarme des Marchés. » Ainsi s’exprima Alice encore sous le choc de leur rencontre avec l’économie souterraine et indignée par la cruauté de la réalité financière.

 

H. RUBEN

 

 

 

 

Les épisodes précédents sont à retrouver sur le site http://www.montceau-news.com/

 

Ils n’eurent pas à cheminer longtemps. A quelques pas de l’Isba de l’économie souterraine, se dressait un temple orgueilleux tel qu’on les imagine à Las Vegas, du marbre, des statues, du mauvais goût, des néons en plein jour, l’eau des fontaines berniniennes colorées par de puissants lasers. Sur le fronton et pour éviter toute confusion avec les petites constructions alentour, une inscription en lettres majuscules : « TEMPLE DE LA FINANCE ».

 

 

« Nous y sommes ! s’écria Alice, ils vont voir de quel bois je me chauffe.» Elle ne savait pas exactement ce que signifiait cette expression, la chaudière du manoir familial de Pennyworthless fonctionnant au gaz, mais elle la trouvait élégante. Et elle s’élança sur la majestueuse allée qui menait au péristyle habillé de vitres fumées. Et comme toujours, le Chapelier Fou, le Chat du Cheshire et le Lièvre de Mars lui emboîtèrent le pas.

 

 

Sans surprise, les portes automatiques coulissèrent et ils pénétrèrent à la queue leu leu. Le regard du Chapelier Fou s’attarda sur la seule personne présente dans le vaste hall, une hôtesse d’accueil en uniforme strict. Son visage impassible et sa silhouette semblaient davantage relever du bistouri de la chirurgie esthétique que de Dame Nature. Elle leur fit signe de la suivre et ils s’enfoncèrent dans l’obscurité. « Nous nous dirigeons vers le naos, là où se situait la statue de la divinité dans les temples grecs » chuchota, un brin pédant mais impressionné, le Chat du Cheshire.

 

 

Sur un piédestal démesuré et éclairé en contre-jour par un puits de lumière, une statue gigantesque se dressait devant nos quatre amis. L’hôtesse d’accueil les fit passer devant elle et d’une voix métallique s’adressa à la statue : « Maître, voici la jeune Alice qui conteste votre autorité » puis elle se volatilisa. Le Chapelier Fou ne se retourna pas.

 

 

« Alice ! Alice ! Que signifie ton attitude rebelle ? » gronda la statue. Leurs yeux commençaient à s’accoutumer au contre-jour et ils constatèrent que le visage marmoréen était recouvert d’une sorte de voile qui le dissimulait en partie. Alice se planta bravement devant les marches qui accédaient au piédestal. « Qui êtes-vous ? Je veux parler au Gendarme des Marchés pour me plaindre. Depuis que je suis au Pays des Gros Sous, je vois des abus, des escroqueries, des connivences, des abus en tous genres. Cela ne peut plus durer. »

 

 

« Alice ! Alice ! Prépare-toi à rencontrer la Vérité » Lentement, le voile se souleva et découvrit le haut du monument. Tout en haut de la statue de marbre, à la place de la tête, une machine à sous, un bandit-manchot, un algorithme de casino. « C’est donc ça le Maître du Monde, la Vérité de ce pays. » Alice sentit ses jambes flageoler, elle se tourna vers ses compagnons. « Il n’est que temps de rentrer en résistance. Sus à la finance ! » Elle crut entendre des voix qui bourdonnaient « Chypre, Russie, paradis, exonération, placements ».Puis elle s’évanouit.

 

 

Alice se réveilla péniblement. Elle resta un moment immobile. Elle était tout étonnée de se retrouver dans la vaste salle de séjour du manoir familial, couchée sur le sofa. Autour d’elle, ses peluches préférées : un chat borgne et un lapin aux oreilles mordillées. A ses pieds, le vieux Ken habillé ancienne époque avec son ridicule chapeau haut-de-forme. Près de la cheminée à gaz où brûlaient de fausses bûches, une Barbie désarticulée. Le Financial Times, les Echos et quelques autres journaux donnant les cours de bourse que son père avait dû consulter avant de partir à la banque jonchaient le tapis du salon.

 

 

Alice s’étira, se frotta les yeux et pensa « Que c’est agréable de n’être qu’une enfant ! Je voudrais ne jamais grandir». Elle se mit debout et ficha un coup de pied à sa Barbie.

 

 

Fin de la seconde partie et fin de « Alice au Pays des Gros Sous » par CAROLE LEVISSE

 

Moneyton Manor Juillet 2010 – Mars 2013

 

 

 

the end

 

 

 

 

 


 

 

 






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