Festival Outre-Mer Bourgogne
Une conférence passionnante de Georges Auduc
Une conférence passionnante de Georges Auduc sur Anne-Marie Javouhey, fondatrice des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny.
Le 4e festival Outre-Mer Bourgogne, qui se déroulera du 5 au 12 mai, en différents lieux de la région, a débuté ce dimanche sous les meilleurs auspices. Et plus précisément, avec une conférence de Georges Auduc, prêtre à Saint-Gengoux et délégué auprès de l’évêque pour les religieuses. Le conférencier a fait partager à son auditoire l’immense combat d’Anne-Marie Javouhey pour abolir l’esclavage des noirs et des mulâtres. Et ce, à l’initiative de Christiane Mathos et de son association « Les Amis des Antilles ».
Auteur du livre « Apôtre au cœur de feu » publié aux éditions Salvator, et préfacé par le Cardinal Robert Sarah, ancien archevêque de Conakry, le Père Auduc a fait partager sa grande connaissance de cette femme dont il dit attendre la canonisation avec impatience.
Et c’est dans un silence religieux (sans jeu de mots) que Georges Auduc nous apprend qu’Anne-Marie Javouhey est née en 1779 en Bourgogne, dans une famille paysanne, composée de dix enfants dont six vécurent. Dans les temps troublés de la Révolution, alors que son père, Balthazar Javouhey, maire de son village, a choisi le parti de composer avec les autorités qui tentent d’assujettir les prêtres et la religion, sa fille a clairement choisi Dieu, quoi qu’il arrive. Elle a dix-neuf ans lorsque, à force de prière et d’engagement auprès des jeunes villageois, une certitude s’impose à elle. « Le Seigneur me fit connaître d’une manière extraordinaire, mais sûre, qu’il m’appelait à l’état que j’ai embrassé pour instruire les pauvres et élever les orphelins », disait-elle. Cet engagement prit la forme d’une cérémonie de consécration organisée dans la maison familiale, le jour de la saint Martin 1798. Peu après, elle concrétise cet engagement en rejoignant, à Besançon, une communauté de Filles de la Charité dévouées aux soins des malades et à l’instruction des enfants des quartiers pauvres.
Un beau jour, Dieu lui fit savoir qu’il l’attendait ailleurs : auprès des plus démunis et surtout auprès des hommes noirs dont personne ne se souciait. Et encore moins Anne-Marie Javouhey qui ignorait complètement que cet état de fait existait. Georges Auduc insiste alors, à ce moment du récit, sur l’importance de la rencontre de la religieuse avec l’abbé de Lestrange, trappiste et moine vagabond, chassé de son monastère de la Valsainte en Suisse. Car c’est dans ce lieu qu’Anne-Marie finit par échouer en 1803.
Puis elle s’emploie à ouvrir des écoles un peu partout en Bourgogne et en Franche-Comté. Et c’est à Chalon-sur-Saône, en 1807, que fut créée la nouvelle congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Mais encore une fois, Dieu lui répète que c’est véritablement ailleurs qu’on a besoin d’elle.
Et c’est ainsi que cette femme courageuse se rend aux Antilles, au Sénégal, en Guyane, sur des voiliers poussifs (on parle de cinq mois de trajet !) et soumis aux caprices des vents…
Sur place, elle reste fidèle à trois objectifs majeurs. Tout d’abord, le développement (par exemple avec des irrigations qui apporteraient de l’eau aux cultures afin d’améliorer la productivité des parcelles). Puis, l’instruction, notamment en direction des signares (jeunes femmes métisses, nées du mariage de portugais avec des femmes wolofs et peules de la Petite-Côte du Sénégal, dont elle ne leur apprend pas seulement à lire, écrire et compter, mais également elle les initie à l’instruction citoyenne.
Enfin, la religieuse s’attaque au problème de la santé et se préoccupe des hôpitaux plus que délabrés de ces pays. Et comme le déclare le conférencier « elle croyait sincèrement en la valeur de l’homme et plus encore en la valeur de l’homme noir ». Et puis, Anne-Marie engage aussi un combat majeur contre l’esclavage que subissent ces hommes. « D’ailleurs », poursuit Georges Auduc, « il faut savoir que la religieuse était très amie avec Lamartine et que le poète était très engagé dans cette bataille ».
Le Père Auduc relate également ces bateaux négriers qui déportaient les africains et qui les déposaient à Cayenne (ils étaient plus de 500 esclaves). Ajoutant : « n’oublions pas que c’était l’époque de Louis-Philippe et qu’on ne savait pas quoi faire de ces hommes ! ».
Le début de l’émancipation des esclaves a pu s’effectuer grâce aux actions menées par les sœurs de la congrégation, dans les différentes maisons d’outre-mer où se trouvaient celles-ci.
Seulement, Anne-Marie Javouhey disait : « C’est bien joli de donner la liberté à ces gens, mais s’ils ne sont pas instruits, on se moque d’eux… ». En conséquence, elle leur donnait de l’instruction, un travail et déclarait : « Quand tu auras bâti ta maison, elle t’appartiendra ! ».
Après 5 ans passés en Guyane, la religieuse rentre en France en 1833. A son retour, elle se heurte à Monseigneur d’Héricourt, évêque d’Autun, qui tentera de se faire reconnaître comme le responsable suprême de la congrégation, n’hésitant pas pour satisfaire son ambition à recourir aux pires procédés en vue d’accabler et de faire plier la fondatrice. Celle-ci saura préserver l’essentiel de l’œuvre entreprise, tout en faisant les concessions exigées par la soumission à l’autorité ecclésiastique. Ironie du sort : l’évêque d’Autun est décédé une semaine avant elle, en juillet 1851. Ce qui lui fera dire : « il arrivera avant moi au paradis ! ».
En fin de conférence, Georges Auduc a lu quelques extraits des rapports que faisait Anne-Marie au ministre (elle ne voulait surtout pas avoir de compte à rendre à la police dans l’exécution de sa mission, mais souhaitait seulement faire des rapports au ministre).
Ces rapports étaient quelquefois touchants. Ainsi, dans l’un d’eux, elle relatait qu’elle offrait des souliers aux esclaves, signe de liberté…
Petit bémol dans cette histoire : la religieuse ne verra jamais sa congrégation reconnue de droit pontifical. En effet, celle-ci l’a été 3 ans après sa disparition.
A l’issue de sa conférence, M. Auduc a dédicacé son livre à des nombreuses personnes, encore sous le charme du récit de la vie et du combat d’Anne-Marie Javouhey.





