Venezuela : l’arrestation de Maduro et le grand silence européen
Un révélateur puissant du monde qui se recompose sous nos yeux.
Montceau News a publié ce 4 janvier 2026 un article sur l’intervention américaine au Venezuela et l’arrestation de son président Maduro. Les lecteurs de Montceau News aiment comprendre le pourquoi et le comment des choses. Nous allons donc prendre le temps d’y aller pas à pas pour comprendre ce qui s’est joué au Venezuela le 3 janvier 2026 et quels peuvent en être les effets et les conséquences. Pour cela, il faut accepter de regarder plus loin que l’émotion immédiate. L’arrestation de Nicolás Maduro, lors d’une opération américaine décidée par Donald Trump, n’est pas seulement la chute d’un dirigeant autoritaire. Ce serait trop simple et trop simpliste.
Nous avons tous constaté un soulagement politique… et un silence qui en dit long. En Europe, la réaction a été globalement la même : un soulagement discret. Le président français Emmanuel Macron a parlé d’un peuple « débarrassé d’une dictature ». Depuis 2017, la condamnation du régime Maduro par Paris ne fait aucun doute. Même si le président français s’est entretenu avec lui en face à face. Il lui avait demandé d’appliquer les accords de Caracas pour l’organisation d’élections démocratiques et libres en 2024.
Mais un élément frappe immédiatement : le silence presque total sur la manière dont cette chute est intervenue. Pas de condamnation claire de l’opération militaire américaine, pas de débat public sur l’arrestation d’un chef d’État étranger. pas de contestation du transfert de Maduro vers les États-Unis.
En clair, le résultat est validé et la critique de la méthode est mise de côté.
Ce que l’affaire Maduro nous révèle d’un monde qui change ? Avec les lecteurs de Montceau News, nous allons nous arrêter un instant sur un constat simple : cette affaire dépasse largement le cadre latino-américain. Pendant des décennies, nous avons vécu avec l’idée d’un ordre mondial fondé sur des règles communes comme le droit international, la souveraineté, le multilatéralisme. L’affaire Maduro nous montre que cette période est en train de se refermer.
Il convient de constater que ce qui revient aujourd’hui, ce ne sont pas les empires d’hier avec des cartes coloniales, mais des sphères d’influence assumées, hiérarchisées. Dans ce monde, la force revient comme outil politique, toutes les souverainetés ne pèsent plus le même poids, le droit s’applique surtout quand le rapport de force le permet.
L’intervention américaine au Venezuela signifie une chose très claire : les États-Unis réaffirment sans détour leur zone d’influence sur le continent américain. Ce n’est pas une guerre idéologique, c’est une démonstration de puissance.
Puisque nous parlons de force, nous n’allons pas parler de morale, mais d’économie (la guerre c’est l’économie autrement) et, dans le cas présent, le pétrole est le nerf de l’affaire.
Pour comprendre pourquoi maintenant, il faut parler d’économie, et surtout de pétrole. Il faut se représenter que le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées au monde (17 % des gisements). Mais il s’agit d’une ressource stratégique immense, verrouillée politiquement. Sous le régime Maduro, la production s’est effondrée, les infrastructures ont été abandonnées, les sanctions ont tenu les compagnies occidentales à distance, la Russie et l’Iran ont accru leur influence. Tout cela est le résultat de la politique d’embargo des USA. Le discours de Donald Trump est d’une franchise brutale. Il parle ouvertement de contrats, d’investissements, de milliards de dollars, et des affaires que les compagnies américaines pourront faire. Ce n’est pas un dérapage : c’est la logique centrale. La dictature explique le discours moral, le narcotrafic fournit l’argument juridique, le pétrole explique l’action.
Dans ces circonstances, en regardant les choses concrètement, il y a, il y aura, des gagnants et des perdants et des absents de la chute de Maduro. Les gagnants seront les compagnies pétrolières américaines, les États-Unis, qui sécurisent une source d’énergie stratégique, une partie des élites économiques vénézuéliennes, indirectement, les pays occidentaux, dont l’Europe.
Les perdants comprendront la Russie, qui perd un point d’appui énergétique et politique en Amérique latine, l’Iran, marginalisé sur ce dossier, les réseaux économiques liés au régime Maduro.
Les grands absents visibles sont essentiellement la Chine et la Russie, absentes, certes, mais pas neutres.
La Russie, déjà affaiblie par la guerre en Ukraine, recule sur un terrain périphérique. Elle conserve des capacités de nuisance, mais perd de l’influence économique directe. La Chine, elle, joue un autre jeu. Plus prudente, plus patiente, elle observe. Pékin n’a pas intérêt à l’escalade militaire, mais elle comprend une chose essentielle, c’est que le monde entre dans une phase de compétition entre grandes puissances, où les zones d’influence se stabilisent par la force ou la dissuasion. Le Venezuela montre à la Chine ce que les États-Unis sont prêts à faire lorsqu’un verrou stratégique saute.
Et l’Europe dans tout cela ? Elle se montre lucide, gênée, dépendante et elle avance à pas feutrés. Elle appelle à la transition démocratique, mais évite toute critique frontale. Pourquoi ? Parce qu’elle porte une mémoire lourde : l’Irak, la Libye, leurs chaos respectifs. Mais surtout parce que, depuis la guerre en Ukraine, l’Europe dépend plus que jamais des États-Unis pour sa sécurité. Critiquer Washington sur un dossier périphérique comme le Venezuela aurait un coût politique immense.
Alors l’Europe choisit une voie étroite, elle se réjouit du résultat, elle se tait sur les moyens, elle regarde vers l’avenir.
Cette dramatique affaire, ce séisme géopolitique nous disent quelque chose, ils ne nous parlent pas seulement du Venezuela, ils nous parlent d’un monde plus dur, d’un retour assumé des rapports de force, d’empires qui ne disent pas leur nom, d’une Europe qui n’est pas un pôle de puissance, mais une zone d’influence protégée.
Ce n’est pas un monde rassurant, certes, mais ce n’est pas un monde incompréhensible. La peur n’est pas une boussole, la lucidité, oui.
À Montceau, dans ce bassin minier façonné par le travail et les rapports de force, nous savons que l’histoire ne se subit pas, elle se comprend. Cette culture ouvrière du recul et de la lucidité reste une force précieuse face aux bouleversements du monde. Comprendre, analyser, mettre en perspective : c’est aussi une manière de rester debout.
Gilles Desnoix



2 commentaires sur “Venezuela : l’arrestation de Maduro et le grand silence européen”
Si vous étiez vénézuélien et plus si vous étiez un français qui viviez sous le joug d’ une dictature, est ce que vous applaudiriez si l’ Amérique venait à votre secours ?
C’ est un peu ce qui s’ est passé, n’ est ce pas, il y a 80 ans me direz vous.
C’est aux vénézuéliens, au peuple, à disposer d’ eux même.
Je suis bien d’accord avec vous Scutinet, mais vous savez comme moi, certain Français ont la mémoire courte ou des pertes de mémoire