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lundi 12 janvier 2026 à 05:04

Les vœux : plaisir, obligation, tradition

Ou ringardise assumée en 2026 ?



 

Chaque début d’année, c’est le même rituel. À peine les bulles du champagne ont-elles fini d’exploser que surgit la grande question existentielle de janvier : à qui doit-on présenter ses vœux, comment, et jusqu’à quand sans passer pour un goujat ? La pauvre Claudine en a parfois ras le bonnet en fausse fourrure.
En 2026, entre messages copiés-collés, cartes reçues en retard et silences éloquents, les vœux oscillent entre plaisir sincère, corvée sociale et folklore un peu poussiéreux. La Claudine tente de faire le point sur le sujet, peut-être avec un léger soupçon de mauvaise foi, parce qu’on est à Montceau, quand même.

Bien entendu, on peut comme la Claudine considérer que d’un côté les vœux c’est une tradition noble et indispensable. À l’origine, les vœux avaient du panache. Dans l’Antiquité déjà, on échangeait des souhaits de prospérité au moment du passage à la nouvelle année. Rien de très original, certes, mais l’intention était claire : souhaiter que l’autre survive à l’année qui arrive, ce qui, à l’époque, n’était pas gagné. Au fil des siècles, les vœux deviennent un marqueur social. On présente ses vœux à ses supérieurs (en baissant un peu la tête), on les reçoit de ses inférieurs (en hochant gravement la tête), on envoie de belles cartes, calligraphiées, parfois parfumées, toujours pleines de bons sentiments.

Pendant longtemps, la carte de vœux a été un objet sérieux, presque sacré. Elle trônait sur la cheminée, restait exposée jusqu’à Pâques, et prouvait que quelqu’un, quelque part, avait pensé à vous avant de retourner nourrir ses poules. La Claudine en a une pleine boîte à chaussures dans un placard.

Même aujourd’hui, la Claudine le reconnaît, recevoir un message personnel, un vrai, avec votre prénom correctement orthographié, ça fait plaisir. Les vœux sont alors ce qu’ils devraient toujours être : un petit geste inutile mais profondément humain.

Mais la Claudine se dit aussi que d’un autre côté les vœux sont parfois une obligation pénible et franchement datée.

Eh oui, nous sommes en 2026, les vœux ont muté. Fini le temps des enveloppes et des timbres léchés. Place au message groupé envoyé à 00 h 03, exactement le même à 42 contacts, avec parfois un GIF de chat en bonus. La Claudine se demande s’il s’agit là du sommet de la modernité : « Bonne année !!! », sans signature, sans âme. sans vergogne.

Il faut bien le constater, les réseaux sociaux ont tout bouleversé. Un post public remplace cent messages privés. On souhaite une bonne année à tout le monde et à personne. Celui qui n’a pas répondu ? Il a vu. Il a liké. Ou pas. Mystère.

Mais pire, cela navre la Claudine, les vœux deviennent une pression sociale. Ai-je répondu à tante Jacqueline ? Dois-je rappeler mon ancien collègue de 2009 ? Est-il trop tard le 17 janvier ? (Oui. Non. Ça dépend.)

On en arrive à cette situation absurde où ne pas envoyer de vœux est perçu comme une déclaration de guerre passive-agressive, alors que les envoyer relève parfois du pensum administratif. La Claudine se dit en son for intérieur : « Soyons honnêtes », en période de crises multiples, souhaiter “une excellente année” peut sonner comme une plaisanterie douteuse. On appuie sur “envoyer” avec la même conviction que sur “j’accepte les conditions générales”.

Oui, non, peut-être, « j’en sais rien en fait », les vœux sont ringards ? Peut-être… mais pas morts

Alors, faut-il enterrer les vœux ? Les classer entre le Minitel et la cassette VHS ? La Claudine penche pour une position intermédiaire, les vœux ne sont ni totalement dépassés, ni totalement indispensables. Ils ont simplement besoin d’être réinventés.

Sans doute moins nombreux, mais plus sincères, moins automatiques, mais plus incarnés. En fait, songe la Claudine, un message court mais personnel vaut mieux qu’un paragraphe pompé sur internet. Un appel inattendu peut remplacer dix notifications. Et une carte manuscrite, aujourd’hui, relève presque de l’acte de résistance poétique et d’une certaine élégance assise sur un certain savoir-vivre.

Du coup, la Claudine décide qu’en 2026, les vœux ne sont plus une obligation sociale figée, mais un choix, un petit luxe relationnel, un moyen de dire : “Je pense à toi, et pas parce que le calendrier me l’ordonne.”

Finalement, le vrai problème n’est pas de savoir si les vœux sont ringards, le vrai problème, c’est comment leur redonner du sens.

Alors pour accompagner le mouvement initié par la Claudine, si, cette année ou pour 2027, on tentait quelque chose de radicalement subversif ? Des vœux simples, honnêtes, sincèrement souhaités… Quitte à choquer.

 

Gilles Desnoix

 

 

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